Moonspell


Night Eternal


Steamhammer / SPV


goth/black metal


2008




Curieux paradigme que l’évolution récente des metallers portugais Moonspell.

Après une première partie de carrière ayant fait montre d’une velléité créatrice ayant fait fi des attentes publiques, la formation s’est échinée, postérieurement à l’expérimental et criard "The Butterfly Effect", à gonfler par une production toujours imposante certains schémas d’écriture. Leur jus principal sera sorti des quatre premiers fruits : de "Wolfheart" audit "Butterfly", en passant par ce très gothic-metal "Sin/Pecado" dont les préoccupations ambiantes avaient germé sur certains passages de l’explosif et marquant "Irreligious".

Depuis "Darkness & Hope", Moonspell est dans une position consistant à conforter son assise. Son Metal est resté beau certes, mais plus ou moins habité et passionnant en fonction des étapes. Ses ultimes soubresauts n’avaient pas changé la donne. Ils n’avaient pas été ceux du "sursaut de style", bien au contraire même. Les deux derniers "Memorial" et "Under Satanæ" revisitaient purement et simplement les fondements BM ayant alimenté les essais initiaux.

Et aujourd’hui, alors ? Eh bien Moonspell, en 2008, reste clairement adepte de l’approche abrupte qu’il avait retenue pour "Memorial" et "Under Satanæ". Point de surprise. Mais à coup sûr et dans le genre, "Night Eternal", album resserré en terme de style et de durée (neuf titres seulement) est le plus convaincant manifeste du dernier triptyque.
Alors, d’accord et on mettra ici un bémol, d’entrée : Moonspell semble définitivement avoir quitté ce qu’on aimait, finalement, le plus chez eux : cette capacité originelle à surprendre systématiquement l’auditoire, au risque de lui déplaire d’ailleurs. En cela, on ne peut plus éprouver le même degré de contentement à l’écoute d’un nouvel album des Portugais. "Night Eternal" est le travail d’un groupe agissant à l’instinct. Il apparaît alors, de prime abord, comme une démonstration de puissance supplémentaire ; quelque chose qui, sur le fond, ne surprendra guère ceux qui se sont confortés depuis deux ou trois ans dans l’idée que Moonspell resterait dans la revendication d’un style âpre, violent et noir. Toutefois, là où les deux derniers opus se cantonnaient, vus d’ici, à de rigoureuses démonstrations de style sans que la teneur émotionnelle y soit toujours, il y a une conviction et un engagement renouvelés qui traversent le nouveau "Night Eternal", et ce de manière plus manifeste qu’avec "Memorial" ou "Under Satanæ". Ces derniers, en comparaison, restent plus "hermétiques" ; mais aussi plus discutable, surtout en ce qui concerne le second. Moonspell, en l’occurrence, avait revisité le passé sur "Under Satanæ", refait ce qui avait déjà été fait. Le but restait principalement esthétique. Le groupe rendait simplement hommage à des idées dont il était antérieurement le responsable, sans pour autant en travestir la substance. Une manière de célébrer le passé, d’assumer ce qui avait été fait et d’affirmer que l’œuvre pouvait passer le cap du temps. OK. "Under Satanæ" avait fait gagner un relief à ce passé, et des atouts certainement plus charmants, voire séducteurs. Si la démarche pouvait être a priori vue comme de la tentation nostalgique, un abandon aux sirènes de fans aspirant à voir ces vieux titres bénéficier enfin d’un meilleur rendu, il reste qu’"Under Satanæ", quelque part, a joué un rôle important dans ce qu’est devenu Moonspell en 2008 : il a fondé, au moins humainement, la démarche entreprise sur "Night Eternal". Cet album de remakes a en effet permis à Moonspell de tester la collaboration avec le producteur Tue Madsen (collaborateur entre autres de The Haunted), nouveau partenaire régulier d’une formation qui, jusqu’ici, s’était largement reposé sur la personne du vaillant et reconnu Waldemar Sorychta. Lequel, entre parenthèses, n’a pas décroché de l’univers de Moonspell, puisqu’il a œuvré avec le groupe sur la pré-production du nouveau-né "Night Eternal".

"Night Eternal", produit donc par Madsen, saisira surtout l’auditoire en raison de ses arguments de forme. Richement orchestré, produit avec superbe, il est l’un des travaux des Portugais les plus brillants de toute leur carrière en terme de rendu. Chaque élément ressort avec grande précision d’un mix chirurgical autant qu’organique. Les voix de Ribeiro, focalisant malheureusement sur la déclamation au détriment d’une optique claire qu’on lui préfèrera toujours, posent la problématique. Voici venir en quelque sorte le "questionnement païen" de Moonspell, celui de notre rapport à la Nature et de la revanche qu’elle prendra tôt ou tard sur notre volonté de la maîtriser. Et le groupe de jouer sur plusieurs tableaux, jusque dans le texte, comme sur le très goûteux "Scorpion Flower", hommage déguisé à l’alliance abstraite de la beauté et de la furie, titre auquel apporte un concours non négligeable une certaine Anneke van Giersbergen (ex-The Gathering / Agua De Annique). "Scorpion Flower" est l’un des morceaux de "Night Eternal" qui rappelle au plus fort l’héritage gothique de Moonspell, les voix claires de Fernando se couplant à celle d’Anneke au fil d’un tempo medium et d’une mélodie émouvante, aérée et puissante. Cette optique sensuelle ne jaillira qu’à de rares reprises sur l’album, ainsi qu’en attestera l’autre seule vraie preuve : "Dreamless (Lucifer and Lilith)", ballade au sépulcre un peu moins marquant. Le reste, sur l’album, ne sera que furie et ampleur d’écriture retrouvée (l’introductif et progressif "At tragic Heights", entrée en matière très forte).

Anneke n’est pas la seule femme à intervenir sur "Night Eternal". Moonspell a fait appel à un véritable chœur féminin dans lequel on retrouvera entre autres une certaine Carmen Susana Simões (Ava Inferi). Les apparitions du chœur offrent sans excès une majesté à un ensemble restant ferme sur ses positions : sur le front, les guitares de Pedro Paixão et Ricardo Amorim font dans le concis et ne s’évadent que peu vers la "tentation du solo". Ouf. Si elles recourent parfois à quelque recette heavy, elles campent cependant sur une attaque sourde qui se superpose à un fond orchestral assez discret pour ne donner que de la coloration (l’épique "Moon in Mercury" ou le superbe et final "First Light"). Parfois, Moonspell éclaircit sensiblement le propos sur le plan des saturations. Par exemple en choisissant, à travers l’exergue d’une ligne de basse typée (et qui nous rappelle très fortement la tournure de basse des couplets du "Love under Will" d’un certain Fields of the Nephilim), l’installation d’un propos plus lancinant, dans le souffle ("Hers is the Twilight").

Mais pour l’essentiel, "Night Eternal" restera dans le développement de volumes chargés, épiques et qui, s’ils ne permettent nullement de redécouvrir Moonspell sur le fond, donnent en tout cas de lui l’image d’un groupe qui, en 2008, reste dans une forme physique reluisante.


01. At tragic Heights
02. Night Eternal
03. Shadow Sun
04. Scorpion Flower
05. Moon in Mercury
06. Hers is the Twilight
07. Dreamless (Lucifer and Lilith)
08. Spring of Rage
09. First Light