Mouth of the Architect


The Ties That Blind


Translation Loss Records


stargazing hardcore/metal


2006




Si « The Ties That Blind » était sorti quelques temps avant un certain « Oceanic », on peut imaginer qu’aujourd’hui on parlerait d’Isis comme d’un parmi les suiveurs de Mouth of the Architect, plutôt que l’inverse. Osé, d’autant plus que les deux albums ont leurs disparités. Mais vu que le raccourci hâtif reste de bon ton lorsqu’il s’agit de tout ce qui touche de près ou de loin à Isis, autant brosser une accroche de chronique qui annonce la couleur. Au fait oui, « The Ties That Blind » troue.

Après un « Time & Withering » porteur de promesses rocailleuses, le quintet basé en Ohio a sorti le burin pour nous dresser un champ de mégalithes à faire passer Carnac pour une gentille carrière de gravats. « Baobab » enfile les gros sabots pour un accueil jurassique, rythmique doomcore et beuglées sans nuance. Mais l’une des bottes secrètes du groupe réside dans les enchaînements, et le terrain aride des premiers instants ne tarde pas à voir éclore une végétation prospère. Le mouvement s’aère et s’accélère, on passe à l’état stoner, encore deux minutes, puis les courants fusionnent à l’initiative d’un riff colossal qui relie en trois secondes racine plombée et réponse à fort coefficient cinétique. Plus loin, la houle retombe et nous laisse brasser une sérénité maritime plus typée post-hardcore. Justement, à l’opposé de la plupart des groupes (de post-hardcore, donc) qu’on pourra leur opposer, Mouth of the Architect choisissent de ne jamais faire durer l’inertie très longtemps. Ils ont plein d’idées à faire valoir alors il faut que ça rentre. Et ça rentre ! Si bien que, malgré une densité de motifs différents supérieure à la moyenne du genre, aucune trace d’écriture brusquée, de partie écourtée. Le cloisonnement intra-morceaux est tout simplement équilibré et les transitions payantes. « No One Wished to Settle Here », seul morceau à culminer au-delà du quart d’heure, est un nouvel exemple de cette cohabitation fructueuse entre décibels et low-fi, béton et velours. Un moment fort chasse l’autre et lorsque la mélodie pivot, belle et absorbée, fait l’objet d’une reprise en fin de morceau, elle est augmentée d’un très propice contrepoint arpégé.

Les caractéristiques qui font le succès contemporain des « enfants de Neurosis » sont connues. Mouth of the Architect en tirent un meilleur profit que la plupart de leurs challengers actuels. L’introspection n’est pas forcée, les éruptions n’ont rien de mécanique, le dosage est, objectivement, parfait. Album d’une franchise irréprochable, « The Ties That Blind » donne tout ce qu’on attend de lui sans se réfugier derrière climax convenus et sous-entendus en roue libre, il s’écoute de façon on ne peut plus naturelle, sans que d’autres groupes ne s’immiscent à tout bout de champ en référence. Dans l’histoire récente du post-hardcore, c’est probablement l’album qui définit le meilleur équilibre entre la rudesse de l’appareil metal et le facteur méditation. D’ailleurs le groupe ne cache pas compter King Crimson parmi ses influences, et si un parallèle direct semble hasardeux, on retrouvera chez ces deux groupes le même penchant pour une esthétique en mouvement et la canonisation du trip atmosphérique total. En écho, le final cathartique du joliment nommé « Wake Me When It’s Over » vrille un désordre émotionnel pas possible sous le crâne. L’envie d’y retourner sera plus forte.


01. Baobab
02. No One Wished to Settle Here
03. Carry On
04. Harboring an Apparition
05. At Arm’s Length
06. Wake Me When It’s Over