New Model Army
High
Attack Attack / Bad Reputation
rock
2007
"Carnival", en 2005, sortit juste après le décès du batteur historique Robert Heaton, et fut aussi le dernier album studio sur lequel officia le guitariste Dave Blomberg. Double deuil, au détail près que l’acceptation du départ de Blomberg a obéi à des impératifs moins dramatiques, tout de même, que ceux que dicte le carnet de la Dame Blanche. Blomberg voulait retrouver une vie de famille. Dès lors, le rythme des tournées n’était plus trop fait pour lui. Il aurait pu y laisser sa carcasse dans les bras d’une autre dame, nommée Mélancolie ou Dépression au choix. Il a fallu accepter le départ. Pas évident, d’ailleurs. Dave faisait partie du paysage et son apport, conséquent dans l’œuvre de NMA, s’était trouvé particulièrement mis en valeur sur l’album live de 1999 associant le troubadour Justin Sullivan et Blomberg : "Big Guitars In Little Europe". Dès 2005, il allait falloir faire sans lui.
Donc acte.
"High" est un nouveau départ. Revigoré par l’arrivée du musicien Marshall Gill (un guitariste qui, des dires de Sullivan lui-même, reste ancré dans un background blues), le nouveau line-up parvient à une alchimie toute naturelle sur le nouvel opus "High", produit par Chris Kimsey (The Rolling Stones, Killing Joke, The Cult). "High" est d’ailleurs, certainement, un disque plus contrasté et captivant que son très classique prédécesseur. Une nouvelle énergie fait se combiner les guitares, Marshall Gill réinjectant un peu de la chaleur crasse du Blues dans le son de NMA sans en faire pour autant le porte-flambeau du genre. NMA garde bel et bien ce "sang rock". La furie n’a pas quitté, et de loin, les intentions de Sullivan ("Nothing dies easy", ou l’ouverture "Wired"). L’agacement et la révolte marquent tout le disque, New Model Army vit. La matière sonore se laisse comme à l’accoutumée traverser par d’épars accents folkloriques et autres atmosphères ténébreuses : l’intimiste et percussif "Breathing" opère ainsi la gestion de belles explosions sur les refrains.
Derrière, ça ronronne furieusement : les basses sobres, précises et terriblement groovy de Nelson, sont serviles mais savent escalader d’autres terres que celles, escarpées (le final et sémillant "Bloodpsorts", futur classique), du rock de NMA. Sur le magnifique et envoûtant "Rivers", elles créent un phrasé des plus coulés qui s’enroule autour des ballets et enrobe les motifs sinueux de guitare.
Tout va donc aussi bien que possible dans ce monde nauséeux que nous décrit Justin Sullivan. Armé d’un groupe gardant tout son à-propos, il poursuit son bout de chemin et, au fil d’un son organique, conserve sans surprise une approche des plus classiques mais aussi chaleureuses. Le violon d’Anna Esslemont fait même resurgir ces orchestrations à l’ancienne qui marquèrent certains pans de "Thunder And Consolation" ou "Impurity" (le formidable, acéré et froid martèlement de "All consuming Fire"). Il contribue, du même coup, à renforcer cette image qu’on avait du groupe depuis belle lurette : celle d’une entité véritablement inusable, invaincue sur son propre terrain. Voici porté avec honnêteté et fierté le flambeau d’un rock qui ne veut pas mourir.
Héroïque, pour ainsi dire.
1. Wired
2. One of the Chosen
3. High
4. No Mirror, no Shadow
5. Dawn
6. All consuming Fire
7. Make it wit Chu
8. 3’s & 7’s
9. Suture up your Future
10. River in the Road
11. Run, Pig, run
12. The Fun Machine took a s**! & died