Nick Grey & The Random Orchestra
Regal daylight
Sensitive Records
orchestral schizo pop
2004
On entre dans ce disque comme dans un rêve. Les squelettiques et lunaires ambiances de Nick Grey baignent dans la névrose, et leurs textures étranges - entre Pop, tendances néoclassiques furtives et Rock - construisent un paysage sonore au potentiel cinématographique certain.
Il n’est rien de commun en ce disque, toute une recherche y transpire et atteint son but en dépit parfois d’une production insuffisante ou qui, du moins, sonne trop lo-fi pour que les saturations s’en sortent bien (trop peu de tranchant pour le très beau "Intruders", dommage). Qu’importe, l’essentiel n’est pas là. Le résultat attendu des influences revendiquées (Björk, Gabriel Fauré, Radiohead, Aphex Twin, Gorecki) se devait de quitter les sphères du prévisible, il y avait là une obligation du Bizarre. Pari gagné. La force émotionnelle de l’ensemble y est qui apostrophe l’auditeur, défait les schémas, prend les attentes au piège. Non que la mélodie joue ici la dissonance : ses attraits se forment le long de sonorités voluptueuses (clarinette, piano, trompette) et épurées (phrasés mélodiques économes et placés). Mais de leur agencement découle un mystère, à travers un rendu mélodique sommaire dans la forme, mais assez intellectuel finalement. Le ténor Vasile Moldoveanu vient ci et là semer le grain d’une ivresse toute lyrique ("Thievesamongthorns", "Look like moses"). Ses voix puissantes et inspirées rendent le jeu des décalages plus impressionnant encore, car il tranche de l’intérieur sans jamais enlever au disque sa cohérence : sur "Song for Wyatt", il vient parfaire par des motifs implacables et désespérés l’écho des voix pleines de questions de Nick Grey, claires et gorgées de spleen. Les intonations de ces dernières rappellent d’ailleurs Phil Von (Von Magnet) ou Simon H. Jones (AATT), tout en se fondant dans un paysage fantomatique, brumeux, dont les mécaniques n’apparaissent qu’au fond.
Ce disque est peuplé d’ombres : les voix et cordes effleurent l’espace, le quittent aussitôt. Il y a quelque chose d’impalpable dans cette musique à la fois aérée et éthérée, quelque chose qui vous poussera à revenir au voyage, un sentiment que rien n’est vraiment fini au bout de cette heure là. La musique fixée sur un support peut faire voyager l’esprit, à chaque fois : c’est bien la plus grand force de ce disque curieux hors des modes et de leurs manières. Un disque hors du temps, précieux comme un souffle de vie.
NB : Hommage au Random Orchestra, qui se compose de : Chuck Thrill (guitariste corse adepte du heavy 70’s), Shaman Doria (clarinettiste jazz franco-suisse), Alina M. (violoniste concertiste basée à NYC), Peter Makonnen (percussionniste roots, bassiste dub), le trompettiste Favelito, les soeurs Shonnie, ou encore Lady Jasmine Pinkerton (pianiste arménienne de formation classique et soprano lyrique).
1. Thievesamongthorns
2. Look like moses
3. Song for Wyatt
4. Intruders (upon the family grief)
5. The zealot
6. Wepping chipsets workshop mess
7. (You can’t spell) parachute shops
8. Structure and faith
9. November fadeline
10. Obedient fathers
11. Hiding in seaweed