Nightrage
Sweet vengeance
Magic Arts Publishing / Century Media
death
2003
Marios Iliopouloqs (Exhumation) a eu une riche idée en créant l'entité Nightrage. "Sweet vengeance", le premier album de ce nouveau projet, contient en germe tout ce qui fait que le Death Metal a trouvé une parade à ses instincts basiques. A l'instar de formations telles Dark Tranquillity, Nightrage a fait le choix de redonner au Death une couleur très mélodique et un son brillant et moderne, sans que les guitares perdent le haut du pavé pour autant. Si elles restent en avant, c'est aussi pour privilégier des rythmiques plus bondissantes que le tribal gras inauguré par le genre dans les années 80, lequel revient en force sur certaines parties (l'entrée de "In my heart" trahit les racines). Les soli de guitare contribuent aussi à donner une dimension plus mélodique à l'ensemble, plus héroïque presque : ils empruntent en effet davantage au Heavy Metal ("The glow of the getting sun" ou "Elusive emotion", une ambiance de final dantesque), tout comme la contribution vocale au chant clair de Tom S. Englund (Evergrey). Et les souvenirs, finalement, remontent : lors de l'écoute attentive de ce (fantastique) premier album, on ne pourra que se remémorer le premier At The Gates : si la présence de Tomas Lindberg (At The Gates, The Great Deceiver) contribue forcément à cela, on s'étonnera tout de même de voir à quel niveau Nightrage a su hisser les schémas brutaux développés par le groupe pré-cité : si certaines introductions frisent le Black Metal ("Macabre apparition"), on retrouve ici ces rythmiques si syncopées, typiques, si inspirées et puissantes qu'elles donnent aux guitares ce souffle poussé par des cymbales frondeuses et une double grosse caisse utilisée parcimonieuse et intelligente ("Gloomy daydreams") : ainsi, si Nightrage n'expose que peu de gimmicks, ses morceaux restent typés, sans concession. Ils donnent au Death une actualité et une fraîcheur inespérée, car finalement, Nightrage aime jouer sur les extrêmes : exposant la rage la plus forte jusqu'à l'aboutissement du disque en forme d'ambiance ("The howls of the wolves"), le sextet explose le genre. Ce premier album, fruit d'un travail exigeant et faisant l'objet d'une production soignée, incarne quelque chose d'inédit dans le paysage du Death Metal, et semble infirmer davantage encore les craintes qu'on pouvait éprouver à l'évocation de sa survie.