No Tears


Obsessions


Str8Line Records



2008




Fondée en 2001 par le multi-instrumentiste Paul Fiction (claviers, guitares, programmations), la formation française No Tears redéploie son style après un premier album intitulé "Borderline", sorti en 2004. Les contours ont trouvé une ampleur, une assise s’inscrivant dans le confort d’une Cold Wave très maîtrisée. No Tears, clairement, est un groupe qu’on peut dire "de culture". Habité, émotionnel, l’ordonnancement musical se nourrit depuis 2006 de la participation de nouveaux membres : D_Lex et Olivier Rhein, qui succèdent respectivement au guitariste Dominique Oudiou, un ex-Neutral Project, et au batteur Fernando Million. D_Lex et Rhein s’agrègent à un trio ayant fait ses armes depuis plusieurs années et comprenant, outre Fiction, Kristian Demoncourt (Bunker Strasse, Renaissance Noire) et Vincent K (un ex-membre de la formation dark française Cyanhide). Ensemble, ils ont joué, joué. Ils ont reconstitué l’atome, dessinant leurs propres dynamiques collectives au service d’un projet qui a survécu aux départs.

Le son du groupe, s’il reste dans des territoires voisins de ceux du premier album, est comme transformé.
"Obsessions" a une matière, une brillance. Quelque chose de profondément habité, incandescent, et même... flamboyant oui. Quelque chose qu’en tout cas, la mémoire n’avait pas imprimé aussi fortement à la suite de l’écoute du premier essai. La cohésion est aujourd’hui au rendez-vous, bien plus qu’auparavant, la formation écrivant en ce qui nous concerne ses premières lettres de noblesse. Si l’optique reste old school et campe sur une esthétique sonore largement fondée dans les années 1980, il reste que la production, claire et soignée, cumulée au désir manifeste de jouer ensemble, donne une fluidité toute particulière à cette expérience auditive froide.
Lancinante mais sachant aussi se donner quelque aération de type cold pop (l’efficace "Afraid of"), l’ébauche vise un rendu obsessionnel ("A wonderful Day"), rappelant dans ses suspens harmoniques et ses basses bouclées le Cure des débuts ("Paradoxe"). Anglais et français se côtoient avec bonheur comme sur "12 Drummers drumming", ou le beat électro perce un amalgame au relents tribaux et lancinant, remémorant vaguement un certain "Short Term Effect", mais dans une forme plus contenue. Le texte, tout au long du disque, aborde d’abstraites thématiques pour autant de tourments (prise de l’âme, via "Possession"). No Tears fait alors siennes les pesanteurs de la Cold Wave, tout en se parant d’une acidité de guitares tirant sensiblement vers le Death Rock (le très beau "Réincarnation", un des moments les plus forts du disque). Prouvant sans peine que la langue française s’accommode mieux des labyrinthes émotionnels du mouvement cold que du bruit du Rock, Kristian Demoncourt installe par la gravité sans excès de son timbre un vrai climat, entre malaise et mélancolie pure. Il y croit, et nous emmène. La voix n’est cependant pas seule, elle trouve en l’instrumentation bien plus qu’un décorum : un véritable environnement, plus expressif et physique que massif, et qui saura déployer puissance comme réfréner les pulsions. Il parviendra alors, dans ce dernier cas de figure, à un rendu plus intime (une histoire de renaissance sur le court et expérimental "Sabbat", minute de convocation rituelle).

Obsessions est un disque de poids. Autour de basses monolithiques typées (In[can]décence) et d’un travail de section rythmique allant à l’essentiel mais avec maîtrise et fermeté, No Tears ébauche un renouveau des froideurs eighties. Il fait œuvre de mémoire, mais s’installe aussi dans le paysage. Et au-delà du simple ancrage historique et de la conscience d’un certain héritage, le quatuor impose au cœur des scène hexagonales un ton dont l’indélébilité, à partir d’aujourd’hui et vu d’ici, ne fait plus de doute.


01. Afraid of
02. Joie minimale
03. Possession
04. A wonderful Day
05. Paradoxe
06. Réincarnation
07. Sabbat
08. Drummers drumming
09. In[can]décence