Norma Loy


One Psychic Altercation


Infrastition


Cold-wave bruitiste


2007




Fameuse réédition que propose là le label Infrastition, spécialiste en la matière. Dans un ensemble cohérent se côtoient le premier disque de Norma Loy (avec « Romance », « Crazy Soul », « Glance In Your Eyes » et « Tragic Venus ») sorti initialement en 1982, le célèbre maxi « Psychic Altercation » qui date de 1984 et les deux anciens titres « Romance 2 » et « Christmas » remaniés à l’occasion de la sortie en 1987 de la compilation « 82/84 ». A cette belle offre s’ajoutent en prime quatre inédits dont l’ancêtre « D.Troyes Blues » signé de Metal Radiant !

Metal Radiant… Lorsque Usher et Chelsea se rencontrent vers 1977, ils souhaitent se lancer dans des performances artistiques à la façon des collectifs punks de l’époque. Beaux-Arts et défonce : la musique n’est qu’un élément des décors nocturnes. Graphisme, photos, écrits et correspondances allumées sous les flux croisés de la beat generation, des prémisses du punk, de la factory Warholienne et des échos des expériences industrielles sous piqures Throbbing Gristle ; il s’agit de construire un climat dans lequel on trouvera peut-être une route. Les hommes et femmes se mêlent, les artistes et les musiciens convolent, les formations se succèdent au grès des rencontres et des opportunités de concert. La version de deux minutes que nous avons de « D.Troyes Blues » affirme la place que prend alors le duo, renforcé de Captain Cyrrhose, le Kawai 100F utilisé comme boite à rythmes : violent, nihiliste et en même temps conscient d’une lignée qui fait se télescoper musique noire de l’âme (blues) et bruit blanc des usines automobiles déshumanisantes (Détroit), tout en maniant un humour « d’époque » puisque le groupe joua alors dans la belle ville déprimante de Troyes.
Puisqu’il est si facile de se moquer, on saluera de même le bel effort du livret qui, en plus d’autres documents visuels et des paroles, nous ressort quatre photos en pantalons bondage et bandanas surplombant des regards maquillés… Toute une époque !

Le groupe se fédère ensuite entre Dijon et Paris autour de quatre personnes, Usher, Chelsea, Christine et Michel P. Après un morceau (la version initiale de « Crazy Soul » restée encore inédite et parue sur les Electriques, une compilation insérée dans le n°3 de « Style »), les Norma Loy sortent un premier disque, sous un line-up stabilisé (Anne a remplacé Michel P.), jouent du synthé à la Suicide (hommage rendu dans les inédits avec une reprise maison). Ça frotte et ça tourne en boucle (« Crazy Soul »), ça varie pour faire mal ou pour faire pleurer dans les chambres d’ados (« Romance »). Un piano Fender saturé post-punk supporte la voix aiguë de Chelsea (« Glance In Your Eyes » qui gagne une puissante batterie en live mais perd de sa grâce) et la poésie est sombre, creusant la mort des êtres chers et l’absence de support religieux : « In another world we might find / Maybe another god to believe in / Maybe another girl – maybe a new scene / But I think I will stay here / Yes I think I will stay / With my Tragic Venus ». Mélodie lancinante et surtout un objectif : faire du bruit, préparer des festins empoisonnés.
Toute une époque, disais-je, certes ! Il est du coup difficile pour moi d’aborder la suite chronologique : « Psychic Altercation » a bercé mes jeunes années. Morceaux sensuels, alambiqués, cold et batcave à la fois (« 1964 Shadows »), berceau de fantasmes qui peuvent paraîtrent si joyeusement innocents désormais (ces adolescentes lesbiennes rasées, adeptes d’un culte vaudou !), ballade morbide où l’amour n’est qu’un désir d’abandon à l’autre, pop musique pour attardés mentaux suicidaires, belle et tragique, claustrophobe et accueillante. Norma Loy (du nom des actrices Mirna Loy et Norma Jean Baker puis du jeu avec Norme et Loi ; plus tard naît le mythe de l’anagramme de Nom Royal, mythe entretenu par Reed013 / Chelsea) fut un creuset vers des univers de reptation auditive. Avec « Play » de Clair Obscur, le passage français vers les sonorités industrielles, le goût du bruit dysharmonique (« Mental » toujours aussi impressionnant !). Ensuite, Norma Loy se fit groupe à part entière, privilégiant une harmonie, une direction. Les concerts se firent volcaniques, le Buto fit son apparition, le propos se densifia et parallèlement se justifia. Restent deux titres, à l’aube de ce changement, « Romance 2 (Closed Girl) », cold synthétique encore et la berceuse en forme de blague de mauvais goût – mais qu’est-ce qu’on aimait ça ! « Christmas ». Piano fabuleux de simplicité, voix qui se superposent en harmonie totale. Un direct au cœur.

Une réédition culte qui efface la moins bien réussie (sur un strict plan chronologique) de Eurobond en 1988.


Psychic Altercation
1. 1964 Shadows
2. Lesbiche Voodoo Teenagers
3. Shiny Dream
4. Mental (Church&WordsLiftingParanoïa)
82/84 EP
5. Romance 2 (Closed Girl)
6. Christmas
LP One : Norma Loy
7. Romance
8. Crazy Soul
9. Glance In Your Eyes
10. Tragic Venus
Unreleased Tracks
11. Glance In Your Eyes (live 30/04/1983)
12. Ghost Rider 84
13. Replicants 84
14. D.Troyes Blues