Ozzy Osbourne
Black Rain
Epic / Sony BMG
heavy rock / metal
2007
Ozzy Osbourne restera pour toujours le premier chanteur de Black Sabbath, celui dont le rôle dans le groupe doom/heavy a correspondu à une vraie "période de gloire", à savoir les quatre ou cinq premiers opus, assez révolutionnaires dans le genre et quasiment irréprochables sur le plan artistique. A vrai dire, la réputation d’Osbourne en solo s’est construite sur les bases de cet héritage. Cela étant, la carrière en solitaire du vocaliste du Sabbath n’a pas répondu à toutes les attentes et a généré une discographie parfois intéressante mais somme toute inégale, encombrée de ficelles FM trop grosses pour ne pas nuire à terme à la qualité du souvenir. Soyons honnêtes, l’attente autour de chaque nouvel album d’Ozzy découle plus des espoirs découlant de ce passé marquant que d’autre chose, et se retrouvent parfois déçus. En général, on reste en ce domaine largement en deçà de la flamboyance qu’évoque encore et toujours le nom "Black Sabbath".
Cette fois-ci, sans pour autant qu’on se retrouve écrasé sous l’effet de la surprise, c’est peut-être la bonne. "Black Rain", pratiquement délesté des réflexes types "La Boum" d’Osbourne, laisse dominer une approche extrêmement puissante en termes de rythmiques ("Not going away") et de rendu global ("The Almighty Dollar", époustouflant). Mike Bordin (batterie, ex-Faith No More) et Blasko (basse) assoient une droiture rythmique inattaquable, produite de façon énorme par Osbourne et Kevin Churko (le guerrier et impeccable "11 Silver"). Les guitares froides et volumineuses de l’habitué Zakk Wylde, très ancrées dans le Rock’N’Roll, jouent avec aplomb sur l’effet de masse et assurent au cœur du dispositif, et comme à l’accoutumée, un rôle essentiel. L’implication physique et la présence de Wylde laissent tout de même se greffer ci ou là des motifs synthétiques. Leur renfort, associé au traitement du son, nourrit un Heavy très modernisé et véritablement agressif, sanguin ("Civilize the Universe", et le très gros "Countdown’s begun" : des guitares et une voix à TOMBER). Ce n’est donc plus l’heure de "La Boum", ou plus trop. Quasiment aucune ballade sirupeuse sur le disque, ce qui évacue l’encombrant souvenir qu’on garde de cette partie (en particulier, mais à titre non exclusif) de la carrière de Sophie Marceau. C’est presque, mais presque seulement, un exploit qui survient en 2007 car dans le genre, Ozzy a pondu un paxon de ringardes rengaines. Et lorsque la lenteur réapparaît, c’est pour un climat froid et gorgé de synthétiseurs, gâché cependant par un refrain des plus gnan-gnan ("Lay your World on me"), ou pour des arrangements cordés sur (le très balochard) "Here for you".
Il ne peut décidément pas s’en empêcher, le bougre. C’est plus fort que lui.
"Black Rain" reste assurément le disque solo le plus important qu’Ozzy ait sorti depuis des années, le plus moderne aussi depuis cet "Ozzmosis" qui bénéficiait des basses d’un certain Geezer Butler. Plaisir pur donc, que celui de voir Ozzy et son équipe revenir en pareille forme, en espérant que pareil état se retrouve sur : soit de nouveaux enregistrements solo ; soit un tout nouvel album du Black Sabbath originel, ce qui ne paraît pas impossible, au vu des déclarations récente d’Osbourne, plus décidées qu’à une certaine époque à renouer enfin avec ses ex-collègues, pour l’heure enrôlés dans la tournée "Heaven And Hell" avec Ronnie James Dio.
Mais attention. Après tant d’années passées au service des duretés du Rock, il ne faudrait pas partir sur une impression mitigée.
Cette fois-ci, elle ne l’est pas. Et c’est déjà beaucoup.
1. Not going away
2. I don’t wanna stop
3. Black Rain
4. Lay your World on me
5. The Almighty Dollar
6. 11 Silver
7. Civilize the Universe
8. Here for you
9. Coutdown’s begun
10. Trap Door