Picore est un O.V.N.I musical, c’est avéré. Le précédent album « Discopunkture » est la première p'>

Picore


L'Helium de Peuple


Jarring Effects


Alter Abstract Noisy Trip Hop


2006




Découvrir un nouvel album de Picore et en parler confine au même plaisir que celui de photographier des O.V.N.I. Un phénomène rare par essence, voire qui n’existe que dans la tête de certains. Mais quand on croit avoir imprimé sur la pellicule une de ces mystérieuses entités, on court partout en montrant ladite photo à tout le monde, quitte à passer pour un fou tellement on y croit.

Picore est un O.V.N.I musical, c’est avéré. Le précédent album « Discopunkture » est la première preuve à charge dans le dossier psychiatrique du groupe, qui sera à n’en point douté lourdement chargé. « L’Helium du Peuple » s’apparente à la fausse rémission du patient.
Moins ouvertement touche à touche, moins disparate, Picore a orienté et unifié le mouvement, en associant de manière inextricable toutes les composantes de son trip-hop déglingué, les lyonnais ont trouvé le point de fusion. Ca parait moins fou mais ça l’est tout autant sinon plus, corrompre le système de l’intérieur en acoquinant Massive Attack et Dälek, ambiances feutrées et sublimes enfoncées à coup de tatanes par un souci quasi maladif de noise, le tout enrobé d’une démence singulière à la Hint. .
Les guitares sont travesties et sèches comme des coups de trique groovy (un « Cocoboy Caramel » pivot) et assènent leurs plaintes à l’envi, déchirant un saxophone emphatique, désorientant les samples et les sonorités electro (« 7 rue de la Brevenne » sublime).
La redondance n’existe pas, les mouvements se font amples mais brusques, on progresse à tâtons pour appréhender ce contexte hallucinatoire constant. « L’Homme Moderne» en point d’orgue, pilonnage d’octets à contre temps sur contre-chant possédé digne d’un Arcturus baroque.
Juste de quoi est pris d’une envie irrépressible de se jeter avec classe sur des murs, le plaisir de se laisser happer par la transe du groove en arborant un sourire de méchant dément prêt à tout (« Final Fauteuil » envoutant).
« Marx, c’est toi dans le noir ? »
Et comme pour ajouter à la pertinence musicale, les textes de Picore sont une aventure en soi, décryptage amorcé et fusion des idées alter consuméristes, français anglais peu importe du moment que tout coule de source, jusqu'à un « Procapitalist » jusque-boutiste arrivant en apnée suite aux cris d’alarme du plus profond des tripes d’« Agroindustrie ».

Picore n’est pas un truc qui passe comme ça. Plutôt une sorte de sublime fuite en avant musicale dont on sait que fatalement elle explosera en plein vol tant les forces qui l’animent sont contraires, tant l’énergie contenue est immense. On succombe ou pas mais qui n’adhère pas ratera quelque chose de monstrueusement intense. Et tant que cette entité sera capable de nous livrer des comptes-rendus d’expérience de la trempe de cette galette, pas un poil de gras et pas une seconde de creux, on les supportera jusqu’à en crever la gueule ouverte.

« L’Helium du Peuple » est le meilleur album de Picore depuis « Discopunkture ». Et c’est déjà phénoménal en soi.
Indispensable


01. France
02. La Teigne
03. 7 rue de la Brevenne
04. 3 Euros
05. Cocoboy Caramel
06. Sauvage Central
07. L'Homme Moerne
08. Somptueuse Education
09. Abdolescence
10. Final Fauteuil
11. Agroindustrie - Procapitalist