Porcupine Tree
Nil Recurring (EP)
Porcupine Tree / Peaceville
progressive rock / metal
2008
Après le plus que lumineux "Fear Of A Blank Planet", Steve Wilson et ses progressifs Porcupine Tree avaient annoncé la venue d’un format court dont voici aujourd’hui paraître le menu : "Nil Recurring", collection de quatre compositions non comprises sur le dernier album en date et constituant pas moins de trente minutes de musique inédite.
Enregistré en plusieurs étapes depuis octobre 2006 et notamment aux studios de King Crimson (Discipline Global Mobile), "Nil Recurring" confirme les orientations que l’écriture de Wilson et ses sbires a prises depuis quelques années. Ce travail laisse transpirer une sensibilité heavy ayant très largement pointé sur ses essais récents, et particulièrement sur ce "Fear Of A Blank Planet" à propos duquel on ne cessera de tarir d’éloges pendant encore longtemps… à l’inverse de ceux qui regrettent la pose plus claire de Porcupine Tree sur ses anciens albums.
En conséquence de quoi, il est sans doute logique, naturel même, de voir arriver dans le paysage cette compilation de titres inédits dont la durée moyenne (sept minutes) ne rejoint pas les ambitions extrêmement progressives que portaient les dix-huit minutes de "Anesthetize" sur le dernier album du quatuor. Sur le plan strictement instrumental par contre, ainsi que sur celui de la production, Porcupine Tree ne quitte pas les sphères gagnées récemment, démarrant le format par un instrumental qui donne son titre au EP et sur lequel apparaissent les très expressives guitares d’un certain Robert Fripp (King Crimson). Elles créent au dessus des rythmiques magmatiques du groupe un flot lead tortueux et vibrant, dans la grande tradition du Crimson. Il confère alors aux tournures de Porcupine Tree une dimension quasiment schizophrène. Développant de très beaux contrastes et tirant le drap vers un lit métallique, l’instrumental introduit un propos prolongeant l’optique du dernier album par un remake de "Sentimental", "Normal", sur lequel la superposition des guitares acoustiques aux textures de violon rappelle le feutre du "Damnation" de Opeth.
Porcupine Tree renoue avec une optique "chant" dès "Normal", infusant d’une poésie pop des armatures versant encore dans des réflexes rock, et auxquels succède l’assise médium de l’atmosphérique "Cheating the Polygraph". Ce dernier contient certaines surprises en termes d’arrangement, jouant sur crescendos et effets plaqués sur les voix, effets dont les halos "hygiaphoniques" se voient contrebalancés par la brillance des texturations de claviers. Au cœur de ce titre, certains échappatoires laissent entrapercevoir de manière très pure les pouvoirs atmosphériques de la formation. Tout se termine avec "What happens now ?", hypnose percussive au-dessus de laquelle les guitares organiseront avec les voix un tourbillon psyché, dans la veine de ce que Porcupine Tree peut offrir de plus typé.
Si on ne garde pas en mémoire de ce format court la même impression d’intensité que celle que dégage "Fear Of A Blank Planet", il reste que Porcupine Tree y maintient un propos de classe très supérieure et qui, sans renoncer aux atmosphères, déroule un exposé musical pointu, très en dehors des poncifs rock. Si le groupe n’a plus grand-chose à prouver sur le plan technique, il reste en tout cas capable de générer une émotion en musique, au fil d’une production dont peut regretter certains lissages. En dépit de tout, elle met en valeur ici, et de A à Z, un savoir faire consommé.
1. Nil recurring
2. Normal
3. Cheating the Polygraph
4. What happens now ?