Queens Of The Stone Age


Songs for the deaf - Limited edition CD+


Interscope Records



2002




Les rythmiques élastiques de Kyuss ont disparu de l’univers de Josh Homme. Queens Of The Stone Age, survivance de Kyuss, forme aussi son dépassement. Les guitares des Queens ont la rudesse que Kyuss délaissait au profit d’une lourdeur sale et gorgée de psychédélisme. Les temps changent. Sur « Songs for the deaf », le psychédélisme n’est qu’un argument non pas mineur mais secondaire. Il se distille tout le long d’un disque très ouvert rythmiquement : le boogie de « No one knows », un tantinet « couineur », déchante un brin. Mais il succède sans peur ni reproches aux coups de boutoir de « You think I ain’t worth a dollar… », en prélude aux réminiscences de l’introduction de « A song for the dead », comme si Kyuss tentait de survivre une dernière fois à la précision du Queens. C’est pourtant définitif. Josh Homme, a grandi, indéniablement. On n’oubliera jamais Kyuss et leurs « Blues for the red sun » ou « Welcome to sky valley », mais The Stone Age incarne bien plus qu’un énième prolongement du rock. La batterie de Dave Grohl (autre forme de survivance) insuffle à l’ensemble une assise réellement percutante. Sa sécheresse supporte sans mal la lourdeur des guitares, lesquelles enchaînent tornades de saturations et tromperies psyché (« The sky is fallin’ » ou « A song for the deaf », introductions en trompe-l’œil avant les hachures rythmiques). Queens Of The Stone Age est une usine à cadences et alternatives, ses ouvriers sont rock et punk, garage et drogués, consciencieux mais déjantés, rêveurs mais autant pragmatiques que pointus. Leurs moments d’apaisement sont des faux semblants (« Hangin’tree ») : derrière eux se profilent les desseins d’une folie à peine contenue. Et le DVD live accompagnant l’édition limitée de l’album, trop court, en résume parfaitement l’essence. Sur « Songs for the deaf », The Stone Age a semé une graine vorace et a, sans aucun doute, trouvé certains remèdes : l’exutoire n’a jamais revêtu apparats plus étincelants, et la détresse qui découle de ces guitares n’aura raison que de certains souvenirs. The Queens sont promis au statut iconique. L’avenir leur appartient. Du coup, le rock en prend pour son grade.