Red Voice Choir
A Thousand Reflections
Atakra Productions
Bay area deathrock
2007
Décidément, on dira ce qu'on voudra, la baie de San Francisco n'a pas fini de nous réserver des surprises. En plus de rengorger de formations innovatrices et créatives, elle est rythmée par des collaborations régulières entre membres de ses différentes formations, pour des side projects plus audacieux encore. Black Ice était un de ceux là, avant de se muer en véritable porte-étendard de la Bay Area, succédant avec brio aux Phantom Limbs. Et bien figurez-vous que trois membres de Black Ice, parmi lesquels l'exceptionnelle vocaliste Miss Kel (sur laquelle une immense partie de l'intensité dramatique du génial « Myopia » repose) ont eu l'excellente idée de s'associer à des musiciens issus de The Holy Kiss et Death Of A Party pour former un nouveau side-project dores et déjà passionnant : Red Voice Choir.
Je ne vais pas faire de mystères : « A Thousand Reflections » est vraiment une tuerie. Il combine l'aspect cinématographique doux-amer du dernier Black Ice avec des structures audacieuses qui n'ont plus rien à voir avec les plans deathrock conventionnels. « No Swan » qui ouvre l'EP est une entrée en la matière fracassante : toile impénétrable de guitares en son clair, basse rageuse, batterie sèche et martelante, claviers aériens, et toujours ce chant génial, soutenu par des choeurs extrêmement bien sentis. Le contraste entre les harmonies poussées et l'aspect agressif de la section rythmique produit un effet du tonnerre. Quand arrive « Needles And Pins », les guitares se font plus dures, le chant de Miss Kel moins brisé, plus inquiétant ; les choeurs très agressifs du guitariste et sa véritable prise de contrôle vocale du dernier pont apportent une dynamique bienvenue à l'ensemble, contribuant à accentuer la tension dramatique. « Coming Home » est plus conventionnel, plus proche des Phantom Limbs ou des débuts de Black Ice, mais très bien senti avec encore une fois une bonne complémentarité entre voix. « Glass Eyed » se révèle quant à lui moins immédiat, mais d'une efficacité égale, avec un chant encore une fois fort à propos. Le très bon « Plants » qui suit est un véritable maelström où les spirales de guitares complètent des boucles de basse synthétiques et déshumanisées au milieu d'un jeu de batterie très tribal et riche en cymbales. D'une intensité à la fois insurmontable et carrément jouissive. Enfin, « Dante's Waiting », moins éprouvant, revient un peu à la recette de « Needles And Pins », à cela près que la dualité des chants est d'avantage exploitée : masculin sur les parties plus rythmiques, féminin sur les accalmies, puis unisson pour la dantesque (c'est le cas de le dire) montée finale.
Red Voice Choir apporte vraiment quelque chose de frais à la scène deathrock américaine. Une sorte de volonté permanente d'innover, de ne pas se contenter des acquis obtenus au sein des expériences individuelles de leurs membres dans d'autres formations. Et une forme d'urgence, d'intensité du propos, qu'on a trop tendance à mettre de côté de nos jours dans ce genre musical. Clairement une formation à suivre de très près.
01. No Swan
02. Needles And Pins
03. Coming Home
04. Glass Eyed
05. Plants
06. Dante's Waiting