Rosa Crux


In Tenebris


Rosa Crux (auto-production)



2002




Jamais la musique de Rosa Crux n’aura été aussi forte, jamais son pouvoir d’évocation n’aura atteint de cimes si élevées. « In tenebris », nouvelle plongée dans les profondeurs de l’âme, est un album apocalyptique. Il renferme quelque chose de définitif, comme l’aboutissement ultime d’une formation qui, depuis ses début, n’a jamais renié ses fondamentales et en propose le plus beau des prolongements tout le long de ce nouveau chapitre. « Adorasti », morceau d’introduction, pose un ambiance martiale et dantesque : Rosa Crux, redevenu un duo, revient à la vie au travers d’un son époustouflant, toujours aussi typé. On ne rencontre, à travers « In tenebris », aucune véritable « révolution » au sens artistique du terme. Mais le groupe, cette fois, nous amène directement au cœur des choses. Irrésistible, le son de l’album a quelque chose de fascinant, quelque chose que nous ne trouvions auparavant que dans les prestations scéniques de Rosa Crux. Les précédents disques avaient un peu de mal à rendre avec fidélité l’impression de folie et, quelque part, de grandiloquence de la musique qui surgissait de l’expérience directe. Obsessionnel, jamais brutal, le regard que porte Rosa Crux sur les questions de la Vie et de la Mort, des peurs qui jalonnent le chemin de l’Homme vers la fin, reste indécis, voire interrogateur. Plus que jamais, Olivier Tarabo et Claude Feeny affrontent les abysses ; sur le fil du rasoir, leurs pas progressent sur un chemin en forme de point d’interrogation, un chemin qui, même s’il n’existe que la nuit, s’ouvre à la lumière lorsqu’on comprend qu’in fine, il n’y a de solution que dans l’acceptation de certains mystères. « In tenebris », ses rythmiques martiales, ses pianos glaciaux, ses guitares planantes et ses voix aiguës sorties d’outre-tombe, ne sont que le porte drapeau de nos inquiétudes, un renvoi incessant aux questions de l’existence, de son pourquoi et de ses mystères. Un disque qui nous oblige à faire face, à affronter ce que nous sommes, et ce que nous serons ou ne serons plus. En un mot, essentiel.