Schleprock
Learning To Fall
I Used To Fuck People Like You In Prison
punk-rock classiquement seventies
2005
Pas vraiment connus, ces Californiens pourtant auteurs de quatre albums et de nombreux singles. On a plus vu le nom du groupe formé depuis : The Generators.
Première apparition en 1990 avec « Do It All », un 45 tours sorti chez Nemesis et un nom à la limite du prononçable en provenance du dessin animée « La Famille Pierrafeu ». La vague grunge est là et faire du punk-rock de base ne permet pas de faire les Unes. Période creuse en attendant le succès relatif de Rancid. Les Schleprock, au regard de cette chronologie, ne peuvent être accusés d’opportunisme.
Alors, cette ultime compilation permettra-t-elle de rendre honneur à un grand groupe injustement méconnu ? Il est vrai que les morceaux ont cette énergie et ces raclements de guitares dignes des Pistols et du rock briton de 1976, que la voix de Doug Kane n’est pas désagréable. Reste-t-on dans de la bonne copie ? Non, et vingt et un titres le prouvent. Les Schleprock furent un bon groupe, coupables de compositions personnelles, pas novatrices dans la forme, mais parfois renversantes dans le fond.
« Three Stories High » sonne comme un classique, un hymne et à peine remis, on prend en pleine face l’écriture de « Suburbia » qui allie rythmiques ska et chœurs pop-punk. Les No Doubt cartonnaient à l’époque, mais n’adoptaient pas aussi facilement le style des Clash. Les Schleprock jouent ensuite les cow-boys avec le final de « Outlaw », hors-la-loi, comme l’étendard de ce que fut le punk. « Waiting » voit Dean Wilson jouer de la basse avec entrain tandis que la voix profite d’un faible écho. Le refrain est une fois de plus imparable. On rend les armes avec plaisir et on savoure, le cœur au bord des lèvres. « Minute By Minute » semble issu d’une session avec les early Bad Religion, mélange réussi de punk et d’émo-core, la voix écorchée soutenue des deux guitares, de la batterie et des vocaux discordants et en même temps harmonieux du reste du groupe. « T.V Dinner » et son dub mix from Manchester vient klaxonner dans les recoins et revigore avec humour. Lorsqu’arrive « Smog », c’est carrément le fantôme de Birthday Party qui est convoqué pour un blues rock lourd et hurlant à la lune, le stoner en rempart sur lequel se frapper le front. « Long Time Ago » présenté sous forme de démo joue aussi dans la cour des grands. Le reste du disque reste cependant plus en retrait et on sent poindre l’ennui.
On voudrait accuser une promotion insuffisante en son temps. On y regarde mieux : avant de signer chez Warner Bros et après avoir quitté cette grosse maison de disques, c’est toute une histoire cachée de la scène punk américaine qui se dévoile via les sorties des 45 tours et albums de Schleprock. On salue donc le bon goût des différents indépendants qui les auront soutenus sans avoir rien à y gagner : Nemesis, Empty Records, Kool Records, Last Resort Records, Dr Strange, Break Even Point Records, Cool Guy Records…
Délicieusement rétro, le tort immense des Schleprock aura sans doute d’avoir été en retard d’une génération, ou, si l’on se réfère aux succès actuels de Green Day et autres Transplants, en avance d’une autre. Pour les membres du label People Like You, cette sortie est à la fois la mise à disposition d’une très bonne rétrospective (même si trop longue, mais qui s’en plaindra ?) et un pari décalé sur un groupe dont certains titres auront forcément marqué leur jeunesse.
1. Can’t Hold Me Down
2. Three Stories High
3. Suburbia
4. Outlaw
5. Sorry
6. Waiting
7. Happy Home
8. Minute By Minute
9. Tomorrow
10. Do It All
11. Freak Of Nature
12. Monster
13. Four Walls
14. T.V. Dinner (Manchester Dub Mix)
15. I Don't Know Why
16. Smog
17. Somber Song
18. Wrong Way Out
19. Drunk Again
20. Ten Speed
21. Long Time Ago