Secret Discovery


Pray


Drakkar / BMG


electro gothic metal


2003




« Slave » n’aura donc pas signé la fin de Secret Discovery. Après quelques mésaventures vécues sur un autre projet plus Electro (Alice2), revoici le groupe teuton armé d’un nouvel album : celui de la résurrection ? « Pray », autant le dire tout de suite, ne décevra pas les fans de la dernière heure. Les autres, c’est moins sûr. Sur « Darkline » entre autres, et sur le reste de ses premiers essais, on se rappelle que Secret Discovery lorgnait plus sur le Gothic sur le Metal, ce qui changea concrètement par la suite, au fur et à mesure que le groupe construisit sa discographie. Alors qu’on garde encore en tête les mélodies suaves et simpl(ist)es du très efficace et Cyber-Cold Metal « Slave », SD a choisi de placer son retour davantage sous le signe d’un retour aux ambiances gothiques qui firent sa renommée dans les premiers temps, sans évidemment délaisser les grosses guitares qui atteignirent le meilleur équilibre avec les parties gothiques sur « A question of time » (1996). Si SD revendique sans faillir sa filiation « gothique », on ne peut s’empêcher de penser qu’il le fait d’une manière très… teutonne. Là où les autres groupes gothiques européens cherchent à fondre les ambiances, à « couler » le son (les anglais sont des spécialistes), SD produit une musique très mécanique, finement arrangée, mais qui met l’accent sur la lourdeur et l’épaisseur. Si le mix de l’album est admirablement équilibré, la subtilité n’est jamais vraiment recherchée dans la performance : les rythmiques frisent le martial, s’impliquant dans une démarche au final plus « métallique » que véritablement « gothique ». Les suites d’accords peuvent certes rappeler le Gothic originel (« Down », d’une efficacité redoutable en entrée, un des morceaux les plus héroïques du disque) ; mais dans l’ensemble, Secret Discovery emprunte davantage au spleen du Goth qu’à sa plastique. A l’instar de Paradise Lost ou Moonspell, le groupe insuffle l’esprit du mouvement à une musique calibrée, sombre et efficace : cette règle s’applique à la première partie de l’album, sur laquelle, l’empreinte du Gothic est la plus palpable et donne des résultats allant d’un rock ambiancé (« To the moon », « Sieh nicht zurück ») à une tension plus caractéristique de leurs efforts précédents (« Some of this », où Kai Hoffmann rentre les effets de voix avant de laisser débouler les guitares). Plus loin, « I turn to you » revient sur les traces du morceau « Hello Goodbye » (1996) et pousse au paroxysme spleen et puissance, arrangements de piano en sus, avant de laisser SD débuter la seconde partie du disque dans une optique plus Metal, speed, et classique : sur « New day », le combo couple vitesse et transitions ambiancées Cyber sur les refrains. Le champ s’ouvre, et on a comme l’impression de découvrir le prolongement de « Slave », ce qui se confirmera sur le mid tempo de « More than I love you ». Sur le morceau suivant « New day », SD met en place une structure métallique et spatiale, très forte en basses : « The tragedy within » est une des chansons les plus efficaces du disque (et tend vers Moonspell dans les arrangements de voix gutturales). On ne s’empêchera pas de sourire à l’écoute du morceau écrit en français (il fallait oser, c’est fait) : les arrangements Electro y sont percutants, les guitares franchement énormes, et la plastique musicale ne souffre pas de l’emprunt inattendu de notre langue, mais… les textes laissent à désirer (l’ensemble du disque ne fait d’ailleurs pas preuve de génie à ce niveau). Sur « Another exit », la référence plus implicite au Goth refait surface mais souffre d’un refrain un peu convenu qui précède le morceau le plus faible du disque (le seul, d’ailleurs) : on ne pardonne pas à « Close as you are » son refrain pour midinettes (le reste tient la route), quelque chose qui casse un peu l’élan du disque avant « Pray », morceau final, pesant et typique du style mélancolique et puissant de Secret Discovery. Au final, le disque demeure saisissant par le soin apporté à la production. Sa construction laisse place à un Metal très inspiré du Gothic sur la première phase, pour ensuite laisser des formes plus hybrides faire surface, sans toutefois bouleverser le concept développé dans les trois derniers albums. Secret Discovery est de retour, en belle forme et délivre un disque qu’ici, on considère meilleur que « Slave ». Plutôt bien, non ?