Shakaponk


Loco Con Da Frenchy Talkin


Edel / Wagram


rock métisseur réussi


2006




Ah ! Un chouilla de Senser dans le flow de ces lyrics envoyés avec un percuteur vocal (« Eh Là Mala Lama Laico »), mais, suprême bonheur, par-dessous coule un groove remuant. C’est la force des Shakaponk qui empruntent au funk sa pertinence chaude (« Hell’O » imparable), au metal ses riffs puissants et efficaces (Tekno Kills), à l’électro sa danse robotique.
Pareil métissage n’était pas entendu depuis disons-le, la Mano Negra. Ne riez pas. Même envie furieuse de jouer, même esprit européen (Berlin ayant été le ferment du groupe comme Barcelone le fut un temps pour les ex-Hot Pants), même partage des langues (portugais, espagnol, français et l’anglais de « My Boom Is Bumpin’ » titre plus doux en pause soul avant son attaque espagnole), même humour léger : « Body Cult » se gausse de l’univers des gogo avec un titre qui emprunte les codes musicaux, à la limite d’une EBM de bande FM. On se prend à trouver ça bien et très dansant, imaginant un Rammstein décalé à l’écoute des soubresauts qui titillent le titre. Ailleurs (« Watch’Ha »), c’est Daft Punk qui se fait étirer le portrait. Le bon gros rock reprend le dessus sans que ces incartades dans tous les sens ne perdent l’auditeur. Les membres du groupe MXD, précurseurs inventifs de ce non-genre melting pot rock, se voient donc rejoindre dans leur prometteuse démarche de touches à tout.
Les seize titres tournent les uns derrière les autres (avec quelques intermèdes qui permettent de faire jonction), évitant la redite et proposant un son monstrueusement contemporain (« Popa Buya Boosta Can ») ou des alternatives world mélancolique de grande valeur (« Spit »). L’impression est forte d’entendre le tube du futur été (« Disto Cake ») et on se dit que les Linkin Park ont loupé pareille évidence car sans faire dans la prostitution musicale, les cinq garçons de Shaka Ponk offrent un disque parfois trop riche : quelques titres paraissent superflus car simplement moins bons, peut-être aurait-il fallu faire le tri ou peut-être faudra-t-il plus de temps pour digérer tout ça, tout comme il nous fallu plus d'une écoute pour découvrir l'ensemble des richesses de « Ill Communication » des Beastie Boys.
L’autre grande force du gang tient dans sa communication visuelle par le biais du site : quelques clips en 3D avec un singé rasta, des extraits live, interview mythologique… Des Gorillaz bis ? Pas forcément aussi novateurs, mais délibérément plus rock et par là imprévisibles, ce n’est pas la moindre des choses. Soutenus par une major, leur éventuel succès ne pourra que faire du bien à des médias généralistes endormis devant une scène française pourtant bien éveillée.
A découvrir impérativement.


1. Eh Là mala Lama Laico
2. Tekno Kills
3. Skid 1
4. Disto Cake
5. Body Cult
6. My Boom Is Bumpin’
7. Watch ‘Ha
8. Dot.Coma
9. Da Teen Town
10. Hell’O
11. Spit Low
12. Skid 2
13. Fonk Me
14. A Popa Buya Boosta Can
15. Spit
16. Sonic