Depuis le milieu des années 80, on n'a plus réellement cru en Simple Minds, hormis le temps d'un "Street Fighting Years" plus tenu mais navigant en eaux troubles. Les derniers albums studio du "collectif" ont ensuite signifié l'entame d'un saccage artistique, une forme de sacrilège au regard de la tenue de la discographie originelle ; autant de ratés que ceux d'une formation plus ou moins désagrégée qui n'arrivait pas à retrouver - et de loin - la flamme de ses premiers enregistrements.
Dès la parution de ce petit nouveau "Black & White 050505", les premiers échos ont fait feu de tout bois. Il s'agissait du "grand retour" de Simple Minds. Autant vous dire qu'on restait bigrement dubitatif, et que la méfiance semblait s'imposer. Pourtant, à l'écoute de ce nouvel opus studio, certaines des ébullitions verbales ci et là constatées paraissent assez justifiées.
Le "grand retour" ?
A considérer qu'il s'agit du meilleur opus de Simple Minds depuis "New Gold Dream", pas de doute là-dessus. Là est sans doute la meilleure surprise : celle de voir que l'espace de quelques titres, Jim Kerr et les siens ont gardé une aptitude qu'on croyait envolée à jamais, à retrouver un rock teinté de new wave et très "spleen". Ainsi la première partie de l'album ébouriffe-t-elle son monde : les quatre premiers titres, du rock ambiancé et tendu qui gouverne "Stay visible" et "Home" en passant par les voix possédées et les guitares planantes de "Stranger" (sans doute la perle de ce disque), parviennent à porter haut le niveau d'inspiration d'un collectif qui a retrouvé de la cohérence et de l'envie.
Mais hors de la production elle-même (un mixage signé Bob Clearmountain, d'une grande beauté), l'essai reste loin de la perfection attendue et pressentie. Simple Minds faiblit de régime le temps d'un "Different World (Taormina.me)" synthétique et ingénieux en termes d'arrangements mais qui signe une emphase aux prises avec l'affaiblissement. Très dommage, et à partir de "Black and white" (une ballade plutôt bien faite mais dispensable sur le fond), il se confirme la dégringolade du tracklisting vers des formats plus (trop) convenus. Ce n'est pas "Kiss the Ground", armé d'un groove plus tendu mais assez prévisible qui satisfera ceux qui attendent un réel regain de tension de la part des Ecossais. La fin de ce court album (neuf titres pour quarante et une minutes) installe une forme de léthargie dont les aplats trouvent tout de même une superbe certaine sur le lancinant, froid et final "Dolphins" : une conclusion qui fait l'album se terminer avec les honneurs, mais loin de la flamme qu'annonçaient les titres initiaux.
Simple Minds n'est donc pas totalement redevenu ce qu'il a été il y a longtemps, restons honnêtes. Mais aujourd'hui et contrairement à hier, ses éclats de fierté et de lyrisme laissent à penser que certains espoirs sont permis. Les Ecossais croient toujours en eux, et il est des Irlandais qui feraient bien de s'en inspirer.
1. Stay visible
2. Home
3. Stranger
4. Different World (Taormina.me)
5. Underneath the Ice
6. The Jeweller (Part 2)
7. Black and white
8. Kiss the Ground
9. Dolphins