PREMIERE PARTIE :
Donc, et pour faire court, Slipknot m'a toujours ennuyé. Pour ne pas dire pire. J'ai long'>
Slipknot
Vol. 3 : (The subliminal verses)
Roadrunner Records / The All Blacks B.V.
metal
2004
Votre dévoué n'a jamais employé le terme "je", il le déteste. Aujourd'hui, il se sent clairement obligé de le faire, tant l'unanimité journalistique passée sur l'affaire Slipknot a forgé autour d'elle une adoration collective, exposant donc ma personne à critique par rapport à ce que JE vais avouer dans la première partie de la présente chronique. Allez. Il faut bien.
PREMIERE PARTIE :
Donc, et pour faire court, Slipknot m'a toujours ennuyé. Pour ne pas dire pire. J'ai longtemps considéré ce groupe comme le berceau d'un défouloir linéaire, vulgaire et insistant, destiné à des ados à peine pubères, abrutis par leurs p*** de frangins aînés les ayant initié en toute stupidité à cette crétinerie de Neo-Metal. "Slipknot a des c ", entendait-on dans les cours de récré. Moi, les c***, Slipknot ME les brisait MENU. JE concède n'avoir vu jusqu'ici dans Slipknot qu'un collectif de théatreux clownesques : à peine drôles, ces mecs déployaient une phénoménale énergie dans le déversement d'un vague gloubiboulga vaguement Death / Neo, certes jouissif d'un strict point de vue sonique car produit magnifiquement mais qui, au-delà de la vague de décibels promise et de la technicité non contestable de ses musiciens, ne possédait qu'un lyrisme d'ordre PHYSIQUE. Jusqu'à l'album "IOWA", JE n'aime pas Slipknot, et encore, JE suis très gentil.
Voilà. Première partie terminée. Les mails d'insultes peuvent être envoyés à emmanuel@obskure.com, je ne répondrai à aucun, car je m'en fous comme de l'An Quarante. Mon avis sur la première période de vie de Slipknot n'a pas changé, il s'est même aggravé avec l'âge.
DEUXIEME PARTIE :
Voici venu aujourd'hui "Vol. 3 : (The subliminal verses)". On dit souvent que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis. Je ne sais alors pas si je suis sorti de mon imbécilité ou si j'ai simplement "changé d'avis", mais ce dont je suis à peu près sûr, c'est que Slipknot, eux, abordent un nouveau cycle.
Le troisième album est toujours un cap difficile. C'est le moment où le groupe, qui a consolidé son style sur le second chapitre, se répète ou trouve l'alternative. Dans le cas présent, il y a bien mutation, même partielle. Non que le combo ait abandonné ses velléités de puissance. Car le mix de Rick Rubin écrase tout sur le troisième opus de Joey Jordison et de ses huit sbires : les guitares restent monstrueuses, techniques, et dominent un ensemble abrasif ("Before I forget"), syncopé à mort ("Vermilion pt. 2"). Mais là où franchement Slipknot prend de l'envergure, c'est sur le strict plan de l'incorporation de (vraies) mélodies et sur un désir concret d'expérimentation. Là où JE trouve la recette "putassière" (pardon, mais JE ne puis me retenir sur la sémantique) sur le travail de nombre de formations Metal américaines "actuelles", Slipknot ME semble donner à sa musique de nouvelles respirations, quasiment Pop, qui lui offrent un contraste et donc un peu plus d'intelligence, de crédibilité. L'introduction du disque, "Prelude 3.0", est un petit chef d'œuvre d'atmosphère et de modernité, avant que l'abrasion des guitares vienne dominer le disque jusqu'au titre 6, "Circle" : une ballade acoustique gorgée de cordes au creux desquelles la voix se noie dans l'écho, et jusqu'à ce qu'une rythmique vengeresse matinée d'effets électroniques frise le psychédélisme en conclusion. La guitare acoustique, le groupe nous l'avait promise et vous vous la tenez, les gars, car elle reviendra sur le très contrasté "The nameless". Si un jour on avait pensé voir Slipknot apprivoiser le calme l'espace de quelques minutes (le final "Danger keep away", voix plaintives matinées de basses lunaires), on aurait peut-être eu du mal. Mais visiblement, ces mecs sont capables de tout, même de torcher des mélodies de refrain à la Red Hot Chili Peppers ("The nameless", toujours). Ca va-t'y jaser chez les fans d'origine ? On s'en tape, et carrément.
Slipknot a sans doute décidé d'ouvrir sa musique, et bien lui en a fait : l'énergie du collectif en ressort grandie. D'un seul coup, la violence trouve une justification : la puissance ne devient plus une règle mais un outil, quelque chose qui se module au gré de l'intention. Une intention ne peut être linéaire, la vie n'est PAS linéaire, et Slipknot pas plus que quiconque ne pouvait se targuer de victoire dans l'acte de l'autoparodie. Aujourd'hui, cette mise en scène en a pris pour son grade : Slipknot, sans perdre une once de bizarrerie dans ses agencements kitsch et morbides, trouve une vraie fraîcheur. On l'en remercie très grandement, car vu le niveau de ces types, le parcours de ce groupe et l'image qu'on s'en fait méritaient bien mieux que ce qu'il nous avait offert jusqu'ici. Il lui restait à trouver une épaisseur artistique, c'est désormais en bonne voie.
En concert, c'était "atomique" parait-il. Là, ça va devenir crédible. Et ça risque de faire mal, d'autant plus.
Tout le monde ne dira pas "bravo" ? Peu importe. A défaut de devenir fan intégral, JE tape dans mes mains, avec gratitude. Encore un pas comme ça les gars, et j'oublie vos débuts. Avec tous MES remerciements.
1. Prelude 3.0
2. Blister Exists
3. Three Nil
4. Duality
5. Opium of the People
6. Circle
7. Welcome
8. Vermilion
9. Pulse of the Maggots
10. Before I Forget
11. Vermilion, Pt. 2
12. Nameless
13. Virus of Life
14. Danger - Keep Away
15. Danger, Keep Away