Snowblood


Being And Becoming


Lawgiver Records


post-(rock, metal, hardcore, doom, ambient, etc.)


2005




Lorsque le rire des enfants délaisse le pavé et que le ciel descend en dentelles de plomb sur les toits de Glasgow, le promeneur tardif redécouvre l’écho de ses sens, autrement annihilé par l’inévitable focalisation sur l’endroit des choses. La succion mate de ses semelles heurtant la chaussée, les courtes vibrations qui remontent le long de ses mollets, le clapotis fantôme de l’eau de pluie dans les rigoles, le souffle imperceptible de la lumière qui frôle son profil aux abords d’un réverbère, puis s’enfuit. La section rythmique la plus organique qui soit est en place. C’est dans ce type de terreau essentiel que le groupe écossais Snowblood cultive une musique observatrice avant d’être actrice, gravitant à l’extrémité low-fi de la galaxie Cult of Neurisis.

Pouvant se reposer sur une production soignée qui enrobe idéalement les basses, Snowblood choisissent néanmoins de ne faire ronfler la mécanique que par à-coups et à de très larges intervalles. Dans leur univers, c’est l’auscultation consciente et attentive de la mélancolie urbaine qui prévaut à renfort de somnolences minimalistes étirées que les aspérités ne suppléent qu’en ultime recours. Sans retourner les tripes comme elles le devraient.

Car l’album ne parvient hélas jamais à exploiter ce déséquilibre, ce qui le rend mou et terriblement neutre au détriment de la profondeur introspective recherchée. On peut même grimacer devant les fautes de goût navrantes qui affleurent ici et là, en particulier ce chant clair « miaulant » des plus désastreux qui torpille plusieurs entames, mais aussi les hésitations embarrassantes de la batterie au moment d’opérer certaines jonctions (« meubler » serait le terme le plus juste). On reconnaît en marge de l’écoute plein d’ingrédients qui pourraient sonner juste et quelques idées qui mériteraient d’être cimentées à coup de riffs décidés ou de montées émotionnelles concrètes, mais à l’arrivée les intentions du groupe ne rencontrent qu’un écho stérile. Une minute chasse l’autre, et on s’emmerde. Même le très bref « The Year of the Bastard », qui présente enfin un Snowblood sensiblement excité, est un morceau plutôt quelconque, d’autant qu’il débarque comme un cheveu sur la soupe au milieu d’une tracklist plus cotonneuse qu’un lever du jour sur les Iles Shetland.

Snowblood vont sans doute profiter à plein de l’effet boule de neige pour se faire un nom dans une scène pétillante, espérons qu’ils sauront en tirer matière à élever considérablement le niveau pour leur prochaine réalisation. En attendant ça vaut pas Switchblade, ça vaut pas Overmars, ça vaut pas Corrupted, ça vaut pas Dirge et pour tout dire ça vaut pas grand chose. Peut-être qu’avec un soupçon de cornemuse…


01. Disappearance
02. Aubade
03. Out Of Harm’s Way
04. Call Of The Search
05. The Year Of The Bastard
06. Young
07. Black Stars Over Glasgow
08. Appearance