Sophia
De Nachten
The Flower Shop Recordings
2002
Il y a une fracture qui ne s’est jamais effacée avec The God Machine. Avec deux albums qui, en 1992 et 1994, ont rouvert nos plaies les plus profondes pour finir dans l’agonie cérébrale de Jimmy Fernandez, bassiste, débouchant sur la mort. La mort, venue condamner à jamais les promesses de beauté tenues en germe par une formation brillante et éphémère. La mort, l’un des thèmes parcourus sans ambages ni facilité par Sophia, extraordinaire formation acoustique emmenée par Robin Proper Sheppard, ex-pilier du God Machine. Sophia est un sacrifice, une survivance nécessaire. Le sacrifice des ambiances lourdes et d’outre-tombe gravées par la Machine. La survivance d’une beauté ineffable, baignant dans la lumière, se jouant des peurs du passé pour mieux les affronter. « De Nachten », conclusion par l’expérience scénique des deux premiers albums de Sophia, est une pièce d’anthologie. D’une clarté exceptionnelle en studio, le son des cordes trouve une chaleur nouvelle en concert : la voix de Robin Proper Sheppard prend son envol au dessus des violons (« The sea », ma-gni-fi-que), et derrière la mélancolie des comptines, elle tombe le masque : la mort, toujours elle obsède encore Proper Sheppard. Les stigmates de la douleur, et le manque aussi, offensent le présent (« So slow »). Le trouble, insidieusement, envahit l’espace : Sophia touche au plus profond de ce qu’on est, ou de ce qu’on a été. Au final, sur « The river song », la saturation refera une apparition, sorte de come-back ultime, résurgence d’un passé si beau, si fort. Un passé qui, tout le long de « De Nachten », rejaillit inévitablement des cimes de la mémoire. Une mémoire que la mort n’effacera pas. Pas encore.