Spear Of Destiny


One Eyed Jacks


Cherry Red


Post-Punk


2008




Spear Of Destiny est un groupe assez singulier : il peut se vanter d'avoir une solide base de fans qu'on peut comparer dans leur fidélité sans faille à ceux de New Model Army, mais contrairement à ces derniers qui jouissent d'une certaine popularité dans les sphères goth, punk et rock indépendant, la formation de Kirk Brandon n'a jamais vraiment réussi à s'imposer auprès du public. Et ce malgré le succès rencontré par le même Kirk Brandon, aux côtés de Billy Duffy (futur Death Cult puis The Cult) au sein d'une formation restée légendaire : Theatre Of Hate. Du fait du peu d'intérêt suscité par Spear Of Destiny, la réedition des premiers disques de la formation – pourtant de très loin leurs meilleurs – est restée très lontemps en suspens, jusqu'à ce que Cherry Red prenne les choses en main et décide de tout sortir en trois mois (de décembre 2007 à février 2008, pas moins de trois disques ont été réedités).

« One Eyed Jacks » est le deuxième album du groupe, et considéré par beaucoup comme son meilleur. Là où le premier opus, « Grapes Of Wrath », marquait une certaine continuité avec Theatre Of Hate (quelques titres comme « Aria » auraient même dû figurer sur leur second album), Kirk Brandon a ici entrepris un virage assez perceptible vers des sonorités plus accessibles. Commençons par les choses qui fâchent : le blond leader n'aurait peut-être pas dû chercher à marcher sur les traces de U2 ou Big Country avec des titres comme « Young Men ». Tout d'abord parce qu'il est très loin d'avoir les capacités vocales nécessaires, ensuite parce que ses paroles franchement pâlottes sont loin de procurer le souffle épique nécessaire à ce genre de musique pour s'apprécier. Ensuite, la tentative de reggae sur « Attica » fait plus penser à UB40 qu'à autre chose, ce qui dans ma bouche est très loin d'être un compliment.

En fait, là où Spear Of Destiny devient vraiment efficace, c'est quand le groupe cesse de tenter des choses au dessus de ses moyens et revient à un esprit plus punk : faire des choses efficaces avec 3 bouts de ficelle. « Everything You Ever Wanted » en est un bon exemple : Kirk Brandon y chante extrêmement faux, passant allègrement d'un octave à l'autre, mais il joue sur l'effet produit sur fond de ligne de basse poisseuse et d'orgues fantomatiques pour un résultat vraiment intéressant, agrémenté de touches de saxophone soprano pas dégueulasses du tout. Il y aussi le très théâtral « Playground Of The Rich », inspiré par un voyage en Yougoslavie, qui sous des sonorités relativement accessibles cache une rugosité bienvenue : un chant punk, un chouette pont piano / guitare saturées... ou encore le très catchy « Liberator » dont j'apprécie vraiment les breaks et les lignes d'orgue, encore une fois. Les meilleurs titres de l'album sont le « Rainmaker » qui ouvre l'album, et « Forbidden Planet ». Là où le premier bénéficie d'un bon souffle épique et de guitares très efficaces, l'ossature du second se fait sur la basse et le saxophone, le tout sur une rythmique lente avec un petit passage ternaire jazzy vers la fin du meilleur effet. Les bonus live qu'offre la réedition ne sont pas mauvais du tout, capturant une énergie décuplée qui parvient à donner un intérêt nouveau aux titres présents.

Mettons les choses au clair : Spear Of Destiny n'est pas un groupe indispensable, et sa très prolifique discographie contient pas mal de disques au mieux dispensables, au pire carrément mauvais. Mais ce « One Eyed Jacks », malgré quelques fautes de goût, est franchement agréable. Avec le précédent opus, « Grapes Of Wrath », il contient bien ce que la formation a fait de plus réussi.


01. Rainmaker
02. Young Men
03. Everything You Ever Wanted
04. Don't Turn Away
05. Liberator
06. Prisoner of Love
07. Playground of the Rich
08. Forbidden Planet
09. Attica
10. These Days Are Gone
11. Rosie
12. Grapes of Wrath (1984 Version)
13. Rainmaker (Live)
14. Don't Turn Away (Live)
15. Liberator (Dub)
16. Forbidden Planet (12" Mix)
17. Liberator (12" Mix)