Strommoussheld
Halfdecadance
Metal Mind Records
dark ambient metal
2005
Comparer Strommoussheld à Samael est apparemment un réflexe dans toutes les chroniques écrites au sujet de cet EP anniversaire (le groupe célèbre ses cinq ans). C'est un réflexe commode et injustifié. Quoi Samael ? Le Samael en état de grâce de « Passage » ? Rien à voir. Le Samael en disgrâce d'après « Passage » ? Rien à voir. Il est trop facile de se laver les mains d'un disque embarrassant à décrire en y placardant une référence universelle, comme si elle expliquait tout. Comme si le raccourci Samael dispensait d'une fouille au corps, à la recherche des arguments sur mesure. Assurément, « Halfdecadance » n'est pas la sensation avant-gardiste de l'année, mais il ne mérite en aucun cas le traitement périphérique dont d'aucuns semblent se contenter.
Après un « Behind the Curtain » très space-opéra qui avait déjà provoqué quelques chatouillements intrigués dans les milieux avant-gardistes, le trio poursuit son entreprise de démantèlement du paradigme voulant que la Pologne soit vouée à ne briller sur le front de la scène metal que par ses rolls-royces du death brutalo-technico-épique (cf. Vader, Behemoth, Yattering
). « Larva and Butterfly » synthétise presque à lui tout seul le catalogue des aptitudes du groupe. Annoncé par trente secondes improbables entre piano théâtral, ambient « viande froide » et hélium à la Sigur Rós, le morceau éclate sa coquille sur un riff mid-tempo joufflu et enrobé d'une sorte de blizzard sonore (en fait des chorals down-tunés au maximum), avant d'être visité par des synthés en nébuleuses plein écran et les blips indissociables des paysages évoqués. Un chant dark classique mais sans faille vient pimenter les ryhtmiques plus que proposer sa propre direction. Au fil des minutes, on perçoit de plus en plus que la guitare va faire les frais de l'opération, son traitement pas minimaliste mais presque ayant du mal à faire contrepoids face à l'épaisseur du matelas électronique. « Larva and Butterfly » remplit tous les critères d'un opener efficace, mais on attendrait que le vrai zénith du EP se situe ailleurs. Espoir déçu.
Après une bonne plage de transition à la Ulver vs. Lustmord dans l'hyperespace, « Mezzanine » recycle le schéma de « Larva and Butterfly » sur une trame plus flegmatique, dont les percussions en écho et les synthés lancinants ne sont pas sans évoquer le travail de Thee Maldoror Kollective sur leur dernier opus en date. Intéressant et charmeur, sans conteste, mais pas encore le déclic qui ferait dire qu'on tient un gros filon. Passée « Mezzanine », on délaisse les formats assimilables à des « chansons » pour pénétrer définitivement en territoire barré. Les vocaux démissionnent en tant que porte-drapeau de l'action pour devenir des signaux furtifs sans essence corporelle. Le scénario du disque s'apesantit d'autant, trop tôt peut-être, dans des expérimentations sans colonne vertébrale qui auraient sans doute été mieux exposées si elles avaient été intégrées à des structures plus tentaculaires et plus contrastées sur la longueur.
Mais avant même ce constat de déséquilibre du tracklisting, la musique de Strommoussheld souffre en soi de ne souffler ni le chaud, ni le froid. L'objectif du groupe est manifeste : créer un metal imbibé d'electro dans toutes ses strates, et embrassant une empreinte mystique qui ne puisse être reléguée au statut de gadget. Impossible de leur dénier la concrétisation de l'entreprise dans la forme malheureusement, que ce soit dans ses envols hymniques ou dans ses limbes synthétiques, « Halfdecadance » se prend le tampon du vacuum sidéral dans lequel ses molécules sonores organisent/désorganisent leurs collisions. Il manque à ces morceaux un liant, une nécessité, un pourquoi qui transformerait le « c'est bien fichu
» en « c'est la classe ! ». L'album qui se profile à l'horizon 2006 sera le révélateur qui nous dira si Strommoussheld sont condamnés à rester prophètes en leur pays, ou si leurs épaules sont taillées pour la dimension européenne la dimension Arcturus en l'occurence
1. Larva And Butterfly
2. Enceladus
3. Mezzanine
4. Era Depression
5. Restless Souls (...From The Bruised Nest)
6. Horisun