Suicide Silence
The Cleansing
Century Media / EMI
grind / death metalcore
2008
"Purée, ça déboîte", aurait pu me dire ce voisin grindeux qui, du temps de sa gloire, sentait ben bon sous les aisselles, s’il avait eu l’opportunité de jeter une oreille sur le premier album de Suicide Silence.
Malheureusement, la bière… aaaah, la bière, qu’est-ce qu’elle a fait de lui, la bière…
Paix à son âme. Mais il n’aurait pas eu tort, le bougre.
Suicide Silence, ça DEBOITE, oui. Ca gratte sous les bras, ça retourne les estomacs, ça plie les colonnes vertébrales.
Tout premier format album officiel à sortir après le EP éponyme paru il y a déjà trois ans (sur Third Degree), "The Cleansing" ne se contente pas de jouer la carte de l’artwork (Dave McKean en signature, sil vous plaît). Derrière, au moins sur le plan FORMEL, ça assure grave de grave, mémé. Ce Grind / Hardcore / Death / Metalcore est une dévastation pure et simple, l’une des choses les plus carrées qu’on ait testées dans le genre depuis quelque temps. On sent qu'on redevient gamin, oui mais s'il vous plaît, rien que trois quarts d'heure, trois PETITS quarts d'heure, rien que ça.
Alors "The Cleansing", Metal "nouveau genre" ?
Ouh là, mémé, attends ! Mais tu es FOLLE ! Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit hein... Le firmament, à ce niveau, c'est pas là.
Rien d’original dans "The Cleansing", non, rien de tout ça. Pas non plus le même venin que celui qui a pu secouer les franges boueuses du Metal lorsque le Death a émergé des végétations luxuriantes de la Floride. A l’époque, ça ne plaisantait, mais alors, vraiment pas. Aujourd’hui, Suicide Silence remet la violence au goût du jour, sans qu’on n’y sente couler le même venin que celui qui nourrit, en son temps, les racines du genre.
Mais sur la forme, purée oui, Vico a du souci à se faire. Ca avoine, ça pulvérise, ça disperse. Autant dire que ces gentils garçons ne font pas dans la musique folk, et que la seule notion d’acoustique semble exclue de leur philosophie de vie. Sur le plan testiculaire, OUI, redisons-le et insistons (de toute manière, ils insistent eux-mêmes très lourdement tout le long de "The Cleansing"), Suicide Silence fait dans le XXL et donne une image très masculine, jeune et assassine de la Californie.
Un son de guitares abasourdissant nourrit tout ce premier essai, un essai dont tous les éléments donnent dans l’extrême : les voix de Mitch Lucker (criard et lourd grunt au menu, sans phase transitoire ; pas de voix claires au menu, on vous DIT, aaaaaaaah mais), les guitares de Chris Garza et Mark Heylmun (clin d’œil au Doom sur le titre caché et final "Destruction of a Statue"), la frappe d’Alex Lopez. Du début à la fin de l’album, Suicide Silence joue l’assaut total, une charge en résonance avec ce que suppose clairement le patronyme collectif mais au risque de la répétitivité. Ce qui nuit à l'impact global d'un essai tel que celui-ci. Ca ne manque pas de jeu, mais quand même un peu de richesse, ça oui.
Si on en prend le parti, il n'y aura pas de quoi bouder son plaisir. Si vos tympans avaient besoin d’un petit décrassage, nul doute que Suicide Silence, au fil d’un vocable plutôt direct et visiblement assez sceptique vis-à-vis de l’existence d’un Dieu, leur fournira le meilleur détergent. Quitte à prêter le flanc à ceux qui, sans que cela puisse être véritablement contré, comprendraient ce disque comme recouvrant un but essentiellement formel, via une dissonance univoque.
Et pour tout dire, on n’est pas sûr que les buts de Suicide Silence dépassent cela.
Ces types sont des techniciens de surface, des éboueurs du calme, de nouveaux Rois de la Crasse. Nul doute que les adeptes de Metal extrême et moderne, à condition de ne rechercher ni refuge atmosphérique (ah si… sur l’outro de "Green Monster") ni raccrochage roots, ni contraste (le disque en manque réellement, et c’est son principal défaut) y trouveront leur compte.
Au bilan, deux options :
- Faire fi de la linéarité du genre, et en prendre plein la face ;
- ou alors, déguerpir à toute blinde face à cette surconsommation assez peu raisonnable d’électricité et de sirop pour la gorge.
Au choix.
1. Revelations [Intro]
2. Unanswered
3. Hands of a Killer
4. The Price of Beauty
5. The Fallen
6. No Pity for a Coward
7. The Disease
8. Bludgeoned to Death
9. Girl of Glass
10. In a Photograph
11. Eyes Sewn Shot
12. Green Monster
13. Destruction of a Statue [hidden track]