The Birthday Party
Prayers On Fire
4AD
Post-Punk/Blues Torturé/Rockabilly
1981
Un nom en apparence anodin, un groupe mythique : The Birthday Party est tout bonnement la formation qui a vu les débuts de Nick Cave et son complice de toujours, le multi-instrumentalise Mick Harvey, et qui a permis de révéler leur imense créativité et leur audace musicale à la face du monde. Et pourtant, à l'écoute des premiers travaux du groupe, parus sous le nom "The Boys Next Door", on pouvait se dire que la partie n'était pas gagnée d'avance tant leur punk crade basique au possible était commun et inintéressant. Mais dès la sortie du mini-album "Hee-Haw" et le changement de nom du groupe, un potentiel indéniable commence à apparaître : le quintette (qui compte aussi à l'époque Rowland S. Howard à la guitare et au saxophone, Tracy Pew à la basse et la clarinette et Phill Calvert derrière les fûts) y développe des sonorités post-punk particulièrement extrêmes, dans une approche presque brutiste, portées par les hurlements déchaînés d'un jeune Nick Cave déjà impressionnant de maîtrise. "Prayers On Fire" est le premier véritable album du groupe, et déjà l'audace musicale et la créativité du groupe sont en train d'atteindre leur zénith.
En schématisant, on peut distinguer deux formes de violence : la violence physique et la violence psychologique. Probablement indécis quant à la forme d'agression qu'ils comptaient infliger à l'auditeur, les Birthday Party ont opté pour une combinaison des deux. Au programme donc : des pièces qui alternent entre la sauvagerie des meilleurs moments de "Hee-Haw", en encore plus extrême, et d'autres qui préfèrent jouer avec nos nerfs à l'aide de rythmiques lentes et obsédantes, basse d'une gravité à faire peur, et chant complètement dément, entre la débauche de brutalité et la détresse la plus totale d'un fou furieux se cognant aux murs de sa cellule capitonnée. Tout un programme me direz-vous ; toujours est-il que cette agressivité démente, peu de groupes de post-punk auront réussi à l'exprimer de façon aussi authentiquement radicale. Si on y ajoute des musiciens qui ont énormément gagné en bagage technique et une production remarquable (le son de basse est vraiment énorme !) qui donne à la musique un côté organique qui faisait cruellement défaut sur les opus précédents, vous comprendrez qu'on se retrouve face à un disque d'une qualité rare. En fait, tout est si extrême ici qu'on a plutôt l'impression de se prendre des gnons en pleine tête de façon continue, sans trop comprendre ce qui nous arrive. Mais en persévérant et en dégageant les nuances de chaque composition, on ne peut qu'être stupéfait de la combinaison remarquable que la bande à Nick Cave et Mick Harvey a réussi entre agression pure et dure et sophistication racée. Car loin d'un "bête" post-punk, la musique présente sur "Prayers On Fire" emprunte nombre d'éléments, de gimmicks et de phrasés tantôt blues, tantôt rockabilly, dont le groove reste intact sous la pluie de décibels. Et que dire de ces lignes de cuivre malades, ciselantes, qui parfois vont jusqu'à voler la vedette aux guitares, le tout dans une cohésion irréprochable ? Il est clair que les Birthday Party ne cèdent jamais à la tentation de la facilité, se jouant de la réputation de sales gosses bruyants qui courait sur eux à l'époque.
Tenter de décrire les compositions présentes sur ce disque serait difficile, tant chaque pièce est dense et chargée. Les premières écoutes seront probablement plus subies qu'appréciées, mais "Prayers On Fire" révèle une richesse insoupçonnée à première écoute et toujours plus importante au fur et à mesure qu'on revient dessus. En tout cas, des pièces comme "Zoo-Music Girl", "Nick the Stripper", "King Ink" ou encore le génialissime "Pull Day" sont autant de perles qu'on se plaira à déguster sans modération. Et dire que le pire en matière de jusqu'au-boutisme restait encore à venir de la part du groupe...
01. Zoo-Music Girl
02. Cry
03. Capers
04. Nick the Stripper
05. Ho-Ho
06. Figure of Fun
07. King Ink
08. A Dead Song
09. Yard
10. Dull Day
11. Just You and Me
12. Blundertown
13. Kathy's Kisses