The Black Crowes


Warpaint


Silver Arrow / PIAS


classic blues rock


2008




Annoncé depuis quelques mois, le retour des classic-rockers The Black Crowes, disparus de la circulation après un "Lions" mou et plus que dispensable, a finalement eu lieu avec "Warpaint".
Un line-up réinventé prend aujourd’hui place autour des fondateurs Chris et Rich Robinson (chanteur et guitariste), Steve Gorman et Sven Pipien (section rythmique), accompagnés par deux nouvelles recrues permanentes : Adam MacDougall et Luther Dickinson.

Pour tout dire, The Black Crowes nous aura passionnés pour ses deux premiers albums, un autre assez intéressant ("Three Snakes And One Charm") et celui qui, sous-estimé, laissera du groupe l’image de sa plus grande force physique : l’extraordinaire "By Your Side". Avec lui, The Black Crowes s’étaient trouvé une forme physique qu’ils n’ont plus jamais retrouvé, englués dans un référentiel sudiste, blues et psyché rébarbatif. Un focus très regrettable sur la mollasserie, après qu’ils eurent montré toute la force dont ils étaient capable.

Alors on attendait "Warpaint" avec un espoir : celui que ce retour ramènerait un peu de cette folie et de ce sang-là sur le tapis. Qu’au moins, ce revival serve à ça, qu’il offre une réjouissance, même simple.
Or, ce nouvel album, pour aussi soigné qu’il soit, ne s’adonne pas vraiment à l’exercice de style qu’on attendait. Fermement cantonné à des référents blues plus ou moins gras, le Black Crowes sauce 2008 n’est pas celui de l’effusion mais de la fidélité aux racines. Un choix comme un autre mais qui donne un disque en demi-teinte : très bien interprété, irréprochable en termes de jeu, mais dont la forme n’explose jamais vraiment. "Warpaint" est un disque clairement nostalgique, comme tout essai signé par The Black Crowes. Mais il se montre incapable de retrouver la vindicte saturée du fameux essai bleu de ---- . Il lui préfère une perspective teintée d’acoustique (la très fade ballade américaine "There’s Gold in them Hills", piano-bar pour nostalgiques forcenés du Grand Ouest), quand il ne sombre pas dans la flatulence country ("Whoa Mule", horrible). Une horreur, et une manière comme une autre de ne pas s’aimer (ou du moins d’en donner l’impression) : mal finir un disque.
Heureusement, il se sera passé un certain nombre de choses plus positives auparavant : une entrée en matière réjouissante, à travers l’exergue d’un Rock tenu, empli de guitares slide comme on n’en fait plus trop sous peine de taxation passéiste (le jouissif "Goodbye Daughters of the Revolution"). Et puis un Blues gras auquel on aurait bien rajouté de l’huile, mais… allez, c’est encore bien ("Walk Believer walk"). "Oh Josephine", là, c’est un peu le début des ennuis ; le moment où l’on saisit que le disque ne visera pas la flamme mais le confort d’un mid (voire d’un low) tempo. Une belle ballade, oui, quand même. Lumineuse, tout ça. Mais les grandes lames de saturations ne sont toujours pas de retour. Bon, et après ? "Evergreen", douce syncope mutant vers des crescendos plus tendus. Intéressant, tout comme la petite morsure du cuivré "Wee Who See The Deep" ou la rythmique piquée d’un "Wounded Bird" sur lequel l’insistance uniforme de la voix et du lead de guitare sur le refrain agacent un brin. Plus tard, il y aura bien l’assise d’un "Movin’ on down the Line" dont l’introduction psyché aura finalement trompé son monde. Pas mal non plus, vivant aussi.

Tout cela ressemble in fine à une soupe globalement assez bonne, mais qui aurait pu être bien meilleure, pour peu que les frangins se soient réveillés au lieu de se reposer sur leurs doux lauriers. The Black Crowes sont restés d’excellents instrumentistes, des types portés par un héritage et dont on attend qu’ils le défendent. Simplement, leur nouveau line-up n’a pas choisi d’en proposer les aspects les plus puissants, et ce qu’on attendait en 2008 comme l’opposé salvateur de "Lions" ne restera finalement qu’un essai en demie teinte, fier d’un passé dont on attendait plus d’éclat.
"Warpaint", définitivement, n’est pas le nouveau grand disque des Black Crowes.


1. Goodbye Daughters of the Revolution
2. Walk Believer walk
3. Oh Josephine
4. Evergreen
5. Wee who see the Deep
6. Locust Street
7. Movin’ on down the Line
8. Wounded Bird
9. God’s got It
10. There’s Gold in them Hills
11. Whoa Mule