The Chant


Ghostlines


Shadow World Records


spleen rock / metal


2008




"Ghostlines", premier véritable album du sextet finlandais The Chant, est un petit pavé dans la mare des musiques métalliques et mélancoliques.
Fondé en 1999 par Jussi Hämäläinen, Mari Jämbäck et Ilpo Paasela (rejoints ensuite par un membre des inventifs Diablerie, Kimmo Tukiaine, plus Markus Forsström et Roope Sivén), ce groupe n’avait fait parler de lui que dans la presse nationale, The Chant aura tout de même mis près de dix ans à accoucher d’une vraie carte de visite, même si divers enregistrements ont pu émerger entre-temps. Quatre démos tout de même : "Chant" (2001) et "Evening Lights" (2003), suivies des plus récentes "Sighs", en date de 2005, et "Breakdown" (2006). Ces deux dernières, remarquées par la presse nordique spécialisée, magazines comme radios, contenaient les premières versions de certaines des compositions présentes aujourd’hui sur "Ghostlines" : "Cold Comfort", "Wayfarer" ou "The Breakdown".

Précédé par le single "Ode to the End (Thank you)", "Ghostlines" est un disque dont le poids se situe entre Rock et Metal, et dont les orientations de voix et de guitares rappellent assez nettement l’optique développée par un Anathema ou un Katatonia dans les années 1990.
Très entouré et parvenant à un résultat plutôt reluisant, The Chant pose ici une musicalité assurée et bénéficiant de beaux arrangements (mandoline et accordéon au programme). On regrettera bien certains excès glamoureux mais qui, fort heureusement, ne dominent pas l’ensemble. Le glamour imprègne "Ghostlines", mais c’est bien tout ce qui fera sa sphère d’influence. Pour tout dire, vous n’assistez pas ici à l’arrivée d’un nouveau To/Die/For. Ouf. On respire, même si - c’est vrai - ça ne regarde bien que nous. Pas de dégoulinements de manières au programme, rien de tout ça. The Chant leur préfère la mise en place de saturations carrées emportant une masse rythmique lourde et concise. Elle se laisse crocheter par des agréments lead se situant dans la directe lignée des groupes de Metal dit "atmosphérique" de la décennie passée. L’approche vocale, elle, ne s’attirera critique que sur un de ses flancs. Elle s’avère, parfois, un peu forcée sur les refrains, donnant l’impression de voir ici un surplus de masse se poser là où il n’était pas forcément nécessaire. Certains de ces mêmes refrains ne méritaient pas, de la part d’Ilpo Paasela, tant de cris (le très dynamique "Cold Comfort"). Pour le reste, l’approche du chanteur est impeccable, sentie et juste. Ses plus belles vibrations resteront celles optant pour un style "rentré", presque intimiste.

La création atmosphérique domine l’album, The Chant semblant affectionner les tempos posés et les sons clairs. En forme belle démonstration le sensible "Ode to the End (thank you)", dont la construction finale (au même titre que celle du dantesque et final "The only Friend", neuf minutes et demie) permet de saisir la manière que The Chant a de gérer ce qu’on nomme classiquement un "crescendo de guitares". En la matière, Jussi Hämäläinen et Kimmo Tukiaine défendent leur territoire.
Sur l’autre versant du disque s’affirme un son plus physique (le plus que chantant "The Breakdown"). Il constituera ce qu’on préfère réellement chez cette formation. L’entrée en, matière, "Green Waters", s’impose d’emblée comme un classique "Spleen Metal" (allons-y de notre étiquette, tiens), suivi de près par un "Wayfarer" aux relents épiques mais dont les couplets en clair offrent à la formation l’opportunité de poser une percussion retenue et roulée. Cette dernière contraste d’autant plus avec les développements saturés préalables aux refrains, sur lesquels se fait sentir le poids de très sobres claviers. La maîtrise est consommée, on vous dit.

Produit en juin et juillet 2007 aux studios Jive par Ville Sorvali, bassiste et chanteur des pagan-metallers Moonsorrow, "Ghostlines" renvoie l’impression d’une production pensée et soignée. A titre très ponctuel, elle se pare d’une allure guerrière ("Secret Societies", dont les élans païens des guitares succèdent à un très bel arrangement de cuivres). Et même si quelques lourdeurs de style apparaissent ci ou là, The Chant impose une esthétique et de beaux volumes. Leur optique inclue une dimension acoustique et s’adressent prioritairement aux amateurs de musiques métalliques émotionnelles, voire romantiques. Les amateurs d’extrémités passeront donc leur chemin, assurément. Les autres devraient s’attarder sans voir le temps passer sur un premier album dont l’honnêteté et la finition se remarquent. Les lendemains pourraient chanter.


1. Green Waters
2. Footmen
3. Ghostlines
4. Ode to the End (thank you)
5. Cold Comfort
6. Wayfarer / Ghostlines Reprisal
7. Crown
8. The Breakdown
9. Secret Societies
10. The only Friend