The Cult


Ceremony


Beggars Banquet


hard rock & indian atmospheres


1991




De la période "hard rock" du Cult, on peut affirmer que "Ceremony", imprégné de référents instrumentaux à la culture indienne chère à Ian Astbury, est l’œuvre la plus complexe et étrange du désormais duo qu’il forme avec le guitariste Billy Duffy.

Curieusement, le niveau de reconnaissance publique de ce travail studio - bien plus crû et intense que le boursouflé et précédent "Sonic Temple", produit par Bob Rock en 1989 – n’ira pas dans le sens de l’appréciation d’un Ian Astbury resté a posteriori insatisfait de la production opérée par Richie Zito.
Pourtant, ce dernier n’aura pas démérité. Loin de là. Le son de "Ceremony" est des plus tripaux, des plus sanguins et tranchants jamais obtenus par le Cult en studio. Histoire de corser l’affaire artistiquement, le noyau dur du groupe est alors armé d’une section rythmique très lyrique et dont les apports artistiques donnent au nouveau travail une finesse inouïe, à laquelle se rajoute une vraie complexité percussive, complexité qui ne fut pas jusqu’ici l’un des soucis primordiaux du Cult. Le batteur Mickey Curry fait ainsi face avec vivacité et force (mais jamais surcharge) aux basses de Charley Drayton, plus groovy et subtiles que celles de Jamie Stewart, qui a déserté la dynamique collective après "Sonic Temple". Mixées en léger retrait, elles laissent clairement dominer les guitares sur "Ceremony". C’est d’ailleurs le disque sur lequel les talents saturés de Billy Duffy s’expriment le plus, sur le plan des rythmiques comme des solis, jusqu’à friser parfois la surenchère. Enormément de couches en fait, pour une inspiration lyrique quittant les schémas rigides du rock US - retenus pour "Sonic Temple" - et qui rejoint une ambition certaine d’étrangeté. Duffy fusionne alors littéralement avec une section rythmique aventureuse et explosive ("Earth Mofo", final en forme de jam viscéral et sidérant d’expressivité rock), générant des tournures parmi les plus alambiquées ("Bangkok Rain", crescendo magistral après syncope dépressive) ou des coulées semi-acoustiques des plus planantes ("White").
Vocalement, Ian Astbury n’est pas en reste face à la cohésion instrumentale d’un groupe aussi aiguisé que celui de 1991. Notre homme possède son sujet, laissant se déhancher ce léger et typique éraillement à la lisière de déclamations puissantes ("Wild hearted Son", single parfait devant le très direct et chargé "If"). Et il étire ses octaves au-delà des gammes médium qu’il affectionne plus que tout, et sur lesquelles son émotion devient pure fièvre. L’ "Indien" ne pénètre jamais mieux l’arène que lors des débuts de combat, et le titre inaugural et éponyme fige l’incursion glorieuse d’un leader dont les exultations expiatoires s’envolent au-dessus de tournures d’orgue noyées dans les guitares, et signées Benmont Tench. Plus loin, les chaloupes d’Astbury comblent les suspensions rythmiques du groove maîtrisé et dur de "Full Tilt", donnant une ligne de cohérence à un titre jouant sur une légère fracture rythmique, et un second final en forme de jam après "Earth Mofo", mais en plus furieux.

Speed vénéneux, Metal en survolte et retour aux racines, The Cult joue à pleine puissance. Sans doute dans l’idée de laisser souffler l’auditoire, il renonce à la compaction maximale en ménageant quelques plages de repos. Le groupe joue ainsi l’apaisement sur un "Heart of Soul" un peu convenu, une ballade signant une faiblesse d’inspiration et qui aurait pu trouver sa place aux côtés d’un certain "Eddie Ciao Baby". Deux titres plu tard, la paix trouvera un havre plus honorable sur le très acoustique et dénudé "Indian" : violoncelle et guitare acoustique offrent ici un duvet de spleen à un Astbury très "dans l’affaire". Impliqué comme jamais, mais sans démonstration outrancière.

Au final, et alors que s’éteint "Wonderland" – tension suprême, titre d’apogée -, reste le sentiment que The Cult vient de poser sur bandes un de ses disques les plus corsés, les plus explosifs et chargés. Celui qui restera sûrement comme l’un des tout meilleurs sur le plan de la forme : aventureux, puissant, moins flatteur que les deux opus précédents, un "Electric" plagiant AC/DC et un "Sonic Temple" (malheureusement) trop produit. The Cult, alors animé d’une flamme animale et 70’s, flotte au-dessus de la mêlée du Rock.

Très haut.


1. Ceremony
2. Wild hearted Son
3. Earth Mofo
4. White
5. If
6. Full Tilt
7. Heart of Soul
8. Bangkok Rain
9. Indian
10. Sweet Salvation
11. Wonderland