The Cure


Paris


Fiction / Polydor


dark pop


1992




"Paris" est sûrement un des disques "live" de Cure les plus touchants.

Peut-être d'abord parce qu'il est le dernier disque en concert officiellement publié par une des meilleures formations de Cure, armée alors de la frappe sèche et groovy du regretté Boris Williams (remplacé par la suite par le très sage Jason Cooper) et du jeu de guitare lyrique et enflammé de Porl Thompson. Tout au long de cet enregistrement réalisé au Zénith de Paris lors du Wish Tour, le groupe est au summum de ses capacités d'interprétation. Il faut dire que l'écoute de l'album "Wish" laissait augurer du meilleur. Le groupe y développait un son dense, énorme, dressant des murs de guitares devant la noirceur du propos.

Ce soir, la voix de Robert Smith vole au dessus d'un marécage de guitares et de claviers mortuaires. C'est LE grand retour : "Apart" envoûte certes, mais "At night" atteint une véritable dimension dramatique, dans une version qui renversera tous les adeptes de la période "Seventeen seconds" : Cure a mûri, étoffé le son. Le groupe a appris à jouer des effets et a enveloppé ses claviers. C'est à une véritable métamorphose qu'on assiste, un moment hors normes dans l'histoire de la Pop sombre.

"Paris" a marqué les esprits, en outre, par l'originalité de son tracklisting : le concert part en effet des abîmes totales ("The figurehead" et "One hundred years" dans deux versions dantesques et restées inégalées) pour rejoindre progressivement les teintes plus mélancoliques (les singles "Charlotte sometimes" et "Lovesong", planants et beaux à pleurer) puis carrément pop (finir par "Close to me", quand même…). Ce live renferme ainsi tout le paradoxe de Cure, cette capacité à allier sur un seul disque noirceur totale et pop quasi-mièvre (l'album "Wish" n'avait pas échappé au sort avec son "Friday I'm in love" bêta, perdu dans un océan de noirceur noisy).

Alors, certes, "Paris" montre Cure sous un jour assez passéiste (bien plus que son jumeau, le double-live "Show"). Mais ce clin d'œil revêt une forme qui prouve que, définitivement, le groupe de Smith est devenu plus exigeant, plus aguerri musicalement. "Play for today" et "In your house" retrouvent un vrai élan, un tranchant.
Et Cure, pendant une heure, laisse exploser le potentiel de sa musique en concert, un instant dans lequel on se replonge avec délectation même après avoir vu le collectif développer ses sets les plus typés et réussis depuis 1992 sur l'extraordinaire tournée "Bloodflowers".


1. The figurehead
2. One hundred years
3. At night
4. Play for today
5. Apart
6. In your house
7. Lovesong
8. Catch
9. A letter to Elise
10. Dressing up
11. Charlotte sometimes
12. Close to me