The Cure
Wish
Fiction / Polydor
cold noisy pop rock
1992
"Wish", assurément, constitue un des disques les plus troubles et ouverts stylistiquement de Cure. Il rejoint "Disintegration" par sa noirceur, "Kiss me kiss me kiss me" par ces échappées poppy qui cassent une tendance à la déprime.
Le tout se déroule dans un état d'esprit qui privilégie les guitares : celles-ci font bloc sur tout "Wish", même si leurs accents noisy ne dominent pas tous les morceaux. Et le rendu est très émotionnel : les choix de mixage et de production de Robert Smith et Dave Allen aboutissent à un son touffu et dense à la fois, capable de rendre l'espace des guitares les plus psychédéliques (le dantesque "From the edge of the deep green sea") comme le groove froid de la section rythmique : "Open" ouvre le bal dans un glacis grondant de caisses claires et de basses saturées et surexposées (Simon Gallup, ir-ré-pro-cha-ble). Le morceau, au-delà de son efficacité et de sa qualité instrumentale exceptionnelle, donne le ton d'une partie majeure de l'album : mélancolique et puissant, il lève le rideau sur les blessures, au moins autant que le fit "Disintegration", voire plus
comme sur le terminal "End", où Smith hurle son refus de l'amour tout le long d'un titre étouffant, un des plus terribles et noirs jamais posés sur bande par le collectif.
Le leader de Cure déclara lors des séances de présentation de l'album homonyme de 2004 que les meilleurs disques du groupe jouaient sur le contraste. Assurément, "Wish" est de ceux-là : à côté de perles de mélancolie telles que "To wish imposible things" ou le très beau "Trust", Smith brise les vagues de ténèbres qui se propagent sur le disque par l'intrusion de titres sautillants (le curieux et brillant "Doing the unstuck"), voire
niais ("Friday I'm in love", évidemment). Smith aime les paradoxes, et sa prostitution consiste à nier "Pornography".
L'optique marketing de Cure pour ce disque fut assez étrange, si on y réfléchit bien : alors que la majorité des titres présente un groupe blafard, Smith s'est débrouillé pour n'organiser la reconnaissance publique de l'album que sur des singles très aérés et Pop (le typé mais passable "High"). "Wish", à sa manière, est une grande arnaque, un calcul : tout le monde l'acheta en croyant assister à un "The head on the door" ou un "Kiss me" Part II, pour au final se retrouver avec une sorte de
"Disintegration" noisy. Cure se faisait alors la main et rattrapait tout la vague Noise anglaise, pour la dépasser en inspiration et inévitablement - en style : qu'aurait pu faire les excellents mais jeunes Ride contre un titre comme le bouillant "Cut", contre ces guitares wah-wah qui faisaient se rejoindre la fureur du rock et des formats anglais restés trop timides ?
Rien. Comme Cure eux-mêmes, finalement, qui ne survivraient pas au départ de Porl Thomspon, lequel enregistra pour "Wish" certaines de ses parties de guitare les plus lyriques. Après le disque rouge, Cure allait entrer en crise, devoir retrouver la combinaison. Personnel épuré, faillite artistique : le catastrophique "Wild mood swings" prouva la panne quatre ans plus tard : Cure y perdit l'élasticité et le pouvoir d'envoûtement unique de ses guitares pour revenir à une musique extrêmement légère, mécanique et le comble ! - fade.
Pour l'heure, ce sont les réjouissances. En 1992, ceux qui suivent Cure pour le noir plus que pour les baskets du leader, se retrouvent assez bien dans "Wish", un disque partiellement somptueux, un disque qui fait encore croire à la sombre grâce d'un groupe qui écrivit la fameuse "trilogie glaciale". Ceux qui découvrirent et aimèrent Cure entre 85 et 87 eurent, c'est évident, plus de difficultés. Ces derniers allaient devoir attendre ledit "Wild mood swings" pour reprendre un "bain de jouvence".
Bien leur en fit-il ? Pour nous, ce fut un désastre émotionnel. Complet. Le sentiment d'avoir perdu l'objet de nos rêves, l'icône la plus belle de notre collection privée.
"Wish" reste assurément le dernier grand disque de Cure des années 90, le seul d'ailleurs. Il releva tout de même un défi de taille : celui de faire survivre le groupe au crucial "Disintegration". Il porta en outre dans la lumière un collectif parvenu au summum de sa puissance (ce que sera loin d'atteindre le pourtant assez beau "Bloodflowers" en 2000), avant qu'il ne parte défendre ses propres paradoxes durant une de ses tournées les plus importantes. Une des plus bruyantes en tout cas, figée par les bandes son et vidéo du live double "Show" et du sublime CD simple "Paris", qui épousèrent dans une certaine pefection l'immatérialité magique des émanations des anges aux cheveux ébourriffés. Ceux-là même qui, en 1992, se brûlèrent les ailes par l'accomplissement d'un bruit venu tout ravager : un bruit définitif, une Bourrasque Infernale.
1. Open
2. High
3. Apart
4. From the edge of the deep green sea
5. Wendy time
6. Doing the unstuck
7. Friday Im in love
8. Trust
9. A letter to Elise
10. Cut
11. To wish impossible things
12. End