The Gathering
Home
Psychonaut Records / Sanctuary
Melancholic Pop Sublime
2006
The Gathering ne fera jamais rien comme tout le monde. C’est certain. Ainsi lorsque les hollandais annoncent un retour aux guitares et une orientation rock pour leur nouvel album, il est vain de s’attendre à une quelconque facilité ou évidence que pourrait laisser sous entendre le terme de rock galvaudé aux yeux de grand public. Le moindre pégreleux en heavy rotation est rock en ce moment. The Gathering est ailleurs. Très loin de ça.
« Home » offre en effet le visage le plus sombre de la bande d’Anneke que nous ait soumis depuis le ténébreux et captivant « How to Measure a Planet ». Exit la relative fougue d’ « If_Then_Else » et les apparats electro du sublime « Souvenirs », The Gathering vient de nous livrer ce qui constitue peut être son album le plus intimiste, le plus intemporel et personnel. Autant dire pas le plus facile à appréhender mais d’une beauté tenace.
Retour aux guitares donc, mais dans une forme de maturité étonnante et singulière, travesties jusque dans la moindre harmonique pour n’en garder que l’essence noisy à l’instar de l’inquiétant « Alone », format court mais très dense appelant les progressions dignes d’une époque lointaine référencée « Mandylion », break ambiant ouvrant le champ sur une entrée discrète des nappes synthétiques, batterie électronique à l’aplomb sur le chant superbe d’Anneke, se multipliant tous azimuts pour décupler les mélodies.
Retour au rock pour ce côté cru et presque sale par instant, la production vit par les craquements, par ces saturations naturelles qui se télescopent avec une musculature électronique éparse, occupant l’arrière plan et donnant le volume tandis que les guitares de René Rutten dessinent le squelette (« Shortest Day » qui se livre au fur et à mesure).
Et de rendre tangible une mélancolie qu’on n’imaginait plus tirailler The Gathering, les démons reviennent prendre l’espace, « Waking Hour » s’étirant en longues volutes, piano en pierre de voûte et basculement vers des arpèges légers, l’enchaînement « Fatigue » -« A Noise Severe » pour huit minutes atmosphériques ornées de sonorités de clavier d’une époque révolue, dans une idée de « How to Measure a Planet » remanié par l’évolution des hollandais, en un mot sublime. Même « Your Troubles are Over » se permet un regard vers le passé, introduction de voix et mélodies d’un autre The Gathering, celui qu’on connut au milieu des les années 1990 avant de regarder vers le soleil, le rock devenant brillant le temps d’une éclaircie.
Et sous ces formats temporels que d’aucun qualifierait de classiques, The Gathering n’a peut être jamais été aussi progressif, aussi expérimental en repoussant ses limites, frôlant Radiohead sur le captivant et intense « Box », parvenant à mêler tristesse et lumière en moins de cinq minutes, exercice périlleux réservé aux experts dans le maniement des émotions. Le classique immédiat « In Between » et ses guitares sirènes, sa basse porteuse n’en sera qu’une preuve à charge de plus.
Il semble redondant mais pourtant essentiel de noter le travail vocal une fois de plus exceptionnel d’Anneke, véritable orfèvre de lignes épurées mais vibrantes. Un chant dénué de tout maniérisme et ne visant que l’essentiel, quitte à user de formules qu’on ne lui avait plus entendu depuis des lustres, sursaut de jeunesse salvateur, beauté toujours aussi limpide.
« Home » ou le contre-pied étonnant, frisant la perfection. Frisant car on reste de marbre devant l’étrange « Solace » au mixage peu commun, samples vocaux très en avant et dénaturant quelque peu le rêve éveillé dans lequel on s’était lové.
Contre-pied car réfutant une évolution directe pour revenir en arrière piocher dans ce qui fit la légende du groupe, depuis « Mandylion », en passant par « How to… » tout en gardant un pied dans cet espace qui leur est propre et qu’ils nous ouvrent un peu plus à chaque album. Etonnant par cette facilité hors norme à assembler les sentiments les plus forts et à sonner comme si cet album faisait partie de nous depuis toujours.
« Home » ou un album intemporel qui se découvre et s’appréhende. The Gathering semble avoir mis toute son intelligence, son Art et ses émotions dans cet album. Il est normal que l’effort soit de mise pour en savourer l’essence.
01. Shortest Day
02. In Between
03. Alone
04. Waking Hour
05. Fatigue
06. A Noise Severe
07. Forgotten
08. Solace
09. Your Troubles Are Over
10. Box
11. The Quiet One
12. Home
13. Forgotten Reprise