The Nefilim


Zoon


Beggars Banquet


cult thrash death & ambiented gothic music


1996




Lorsque les visions du charismatique chanteur et parolier Carl McCoy ne se satisfirent plus des services de ses collègues musiciens de Fields Of The Nephilim - pourtant auteurs d'un troisième album anthologique ("Elizium", 1990) -, McCoy prit la poudre d'escampette. Il annonça d'emblée la dislocation du groupe gothique culte, avant l'amorce d'un virage. Dangereux. La bête, immonde selon certains, devait se nommer "Nefilim", de la traduction phonétique de l'hébreu correspondant au nom originel personnifiant les Anges déchus. Elle accouchera d'un album incroyable, "Zoon", dont l'épreuve explosive est restée malheureusement unique jusqu'à aujourd'hui.

Les périodes de transition sont le germe de la remise en question, des difficultés à elles inhérentes. Et cet album se sera fait attendre. Longtemps, certes - mais moins que le prochain opus – très attendu, depuis 1998 - de la nouvelle mouture du groupe originel, muté aujourd'hui en The Nephilim.
Entre l'annonce de ses nouveaux projets au début des années 90 et la parution de "Zoon" (en 1996, et avec trois ans de retard), The Nefilim n'aura laissé s'échapper de son antre qu'un premier titre démo, "Chaocracy", sur une compilation – assez fameuse, au demeurant - du label Beggars Banquet nommée "Deafening Divinities With Aural Affinities". Cette composition, sans constituer quelque chose d'aussi achevé et construit que le futur opus, définit avec solidité et dans un premier temps l'orientation générale de The Nefilim.

Caractéristiques sonores inédites, donc. En forme de dédain du gothique originel, pour gagner de nouvelles terres et du coup, finir de déstabiliser les fans encore abasourdis par l'arrêt de Fields Of The Nephilim. Le son de la nouvelle formation, d'évidence, épouse les contours d'une ultra-violence toute métallique que FOTN, restés ancrés dans un gothique lugubre et empli d'atmosphères pénétrantes, n'avaient jamais effleurée.
The Nefilim, dès le départ, s'est ainsi révélé plus physique que Fields Of The Nephilim. Symboliquement, on peut alors voir le nouveau projet de McCoy comme une passerelle entre l'héritage gothique de FOTN (certains des titres présents sur "Zoon" s'y référant plus ou moins explicitement) et un avenir dont les pans se dessinent, dans l'imaginaire chargé de McCoy, sous la forme d'une musique plus abrasive et extrême que celle de son premier combo. Baignant autant dans le Thrash et le Death que dans les textures les plus modernes du Metal Industriel – certains oseront la comparaison avec Slayer ou Ministry - The Nefilim tisse un univers obsessionnel, mais substitue à la poésie mystique, lugubre et âpre de FOTN une approche plus moderne et physique qui fera déserter certains des adeptes originels.
Pourtant, "Zoon" (dérivé du grec pour "animal", synonyme de l'anglais "beast"), au-delà du débat qu'il a généré sur l'orientation artistique de McCoy, n'en reste pas moins une pièce maîtresse. Au même titre que des albums tels que "The Nephilim" ou "Elizium", affirmons le clairement et assumons le. Si le personnel n'est plus le même, McCoy a su s'entourer de gens tout aussi talentueux que ses illustres et ex-compères, sans qui – et là, soyons très clairs – rien n'aurait été possible entre 1984 et 1991. Pour l'heure, il n'est point de bon ton d'évoquer le "glorieux passé", tout reste à construire. Dans le clan "Nefilim" s'alignent ainsi, autour de Carl : Paul Miles (de Sensorium, à la guitare), Cian Houchin (bassiste émérite et programmeur, qui fondera plus tard l'excellent projet Electro-Metal Saints Of Eden), et Simon Rippin (batterie, qui sortit en 2004 en compagnie de Tony Pettitt, bassiste de FOTN, le premier opus du projet gothique NFD).

"Still Life". L'album commence par un mouvement cinématographique. Bruissements d'hélicoptères au loin, ambiance de traque gagnée par des guitares vrombissantes et annonçant la survivance de McCoy sous couvert d'une nouvelle entité/identité, porteuse(s) de thèmes similaires à ceux de FOTN mais se substituant à eux sous des formes musicales plus inextricables et sombres encore.
La suite est une déflagration : McCoy est hors de lui, et a poussé la puissance du mix à un niveau inouï, prenant le parti évident d'une optique plus qu'éloignée du son très feutré qu' "Elizium" avait échafaudé en compagnie du producteur Andy Jackson en 1990. Ca n'est sans doute pas pour rien, d'ailleurs, si McCoy s'est séparé de Jackson après les premières séances d'enregistrement de Nefilim, ce dernier ne captant pas - a priori - le niveau d'énergie que McCoy souhaitait voir transparaître de l'enregistrement de ce qui devait – et allait - devenir "Zoon". La première partie de l'album, quoi qu'il en soit, démontre cette volonté de démonstration : "Xodus" (armé d'un beat énorme sur la version remixée par Cian Houchin pour le EP "Penetration") affirme encore une tendance impressionnante d'agressivité. Le single "Penetration", au fil d'un pont transitoire, est le second morceau après l'obsédant "Shine" (final dantesque, gorgé des voix claires et possédées de McCoy en arrière-plan) à véritablement lorgner vers le passé, via des ambiances et arpèges typés "FOTN". La preuve, au passage, que le guitariste Paul Miles a ingéré le germe gothique des Fields au point de prolonger fidèlement, dans la nouvelle œuvre de McCoy, certaines des formes stylistiques engendrées par la formation première. C'est sans doute l'incursion passagère de ces passages plus aérés et directement inspirés de l'héritage des années 80 qui font qu'on ne peut percevoir "Zoon" comme un projet séparé entièrement de l'héritage FOTN. L'enregistrement laisse plutôt la trace d'un labyrinthe conceptuel, d'une violence inouïe et au sein duquel les premières incarnations, révélées à McCoy au début des eighties, se meuvent encore. Les Anges Déchus se relèvent. Des guitares aériennes reviendront ainsi aérer le propos sur la dernière partie du triptyque "Zoon" ("Wake World"), tandis que l'album trouve une fin abyssale en l'exergue d'une atmosphère cinématographique effrayante, empreinte de rêves obscurs et de mort ("Coma"). Entre-temps, The Nefilim aura eu le temps de développer un son empreint de Thrash ("Pazuzu", et un véritable assaut titré "Venus Decomposing") et gouverné par l'envie très ferme de McCoy d'en découdre avec ses démons. Comme si le leader n'affrontait plus simplement ses démons intérieurs, mais matérialisait cette lutte dans l'espace. Car là où la puissance confinée de "Elizium" représentait une torture tout introspective, "Zoon" ressemble davantage à une arène dans laquelle se déploient les Forces d'un autre Temps. Un cauchemar devenant réalité, et progressant verts l'inéluctable. Certains y virent la perte de poésie dans l'écriture du cowboy apocalyptique, d'autres y perçurent un exorcisme total et définitif, l'aboutissement terminal d'une démarche débutée dans le mythe, pour finir dans le Rien.

Le projet Nefilim aura connu destinée bien funeste. Alors que McCoy, au mépris des attentes collectives, venait de redéfinir son propre art, la mésentente avec son label Beggars Banquet et de supposés problèmes psychologiques (démentis par McCoy sur le tard) aboutissent à l'arrêt de The Nefilim en pleine tournée de promotion pour "Zoon", quelques jours avant une date prévue à la Locomotive (Paris) et organisée par l'association française Sanctuary. McCoy disparaît alors de la circulation.
Il refera miraculeusement surface en 1998, armé de la ferme volonté de faire renaître Fields Of The Nephilim de ses cendres ; une renaissance difficile, le groupe ne parvenant – dans une forme hybride nommée "Fields Of The Nephilim AD" et regroupant l'ex-bassiste de FOTN Tony Pettit et McCoy à deux ex-Nefilim à la guitare et la batterie – qu'à donner quelques concerts en 2000. A la suite de ce retour sur scène (plus qu'efficace musicalement), le "groupe" entre dans une période de léthargie publique qui ne verra sortir qu'un single, nommé "One More Nightmare". Les attentes sont un peu déçues par un simple remix électro-métallique de la vieillerie "Trees Come Down" et une nouvelle version, très ambiancée et hypnotique de "Darkcell", titrée "Darkcell AD". Ces soubresauts artistiques sont le curieux prélude à un retour "studio" officiel via la publication d'un album de démos intitulé "Fallen", renié par McCoy qui accuse Jungle Records d'avoir publié ces enregistrements (partiellement réalisés, en réalité, par The Nefilim) sans son assentiment.

Curieuse destinée, alors que le nouvel album de The Nephilim, attendu depuis des lustres, est officiellement terminé et attend une parution chez SPV en 2005. Pour l'heure, aucune information sur les membres du nouveau groupe de McCoy n'a filtré. Reste donc à souhaiter que ce line-up (inédit ?) donne une suite au projet culte au moins aussi passionnante que ce "Zoon" incroyable, hallucinatoire et terrifiant.

Les Anges déchus sont bientôt de retour.
Préparez-vous, car ils reviennent nous prodiguer les secrets de la Connaissance.

Ils n'en finissent plus de renaître.


1. Still Life
2. Xodus
3. Shine
4. Penetration
5. Melt [the Catching of the Butterfly]
6. Venus [decomposing]
7. Pazuzu [black Rain]
8. Zoon [Parts 1 & 2] [Saturation]
9. Zoon [Part 3] [wake World]
10. Coma