The Smashing Pumpkins


Zeitgeist


Warner Bros


metal pop


2007




Ainsi donc, il a fallu que se produise le revival. The Smashing Pumpkins, enterrés après quelques années 90 et début des 2000 de bons et loyaux services au chevet de la musique pop (version gonflette), renouent. Reste à savoir si c’est pour le meilleur, le pire, ou autre chose encore.
Enfin… on dit "renouent", euh… oui et non, hein. Billy Corgan, maître à penser de l’affaire, fait évidemment partie du voyage, escorté par l’exemplaire batteur originel Jimmy Chamberlin. Sans le crâne à blanc, l’aventure n’aurait rimé à rien, et c’est d’ailleurs Corgan qui s’est empressé, par voie d’annonce officielle, de prendre l’initiative. Sans doute l’intention de renouer avec la gloire passée a-t-elle joué dans cette idée-là, sans doute la maison de disques n’était-elle pas spécialement contre. La nostalgie a du bon, paraît-il.

Amputé (tout de même !) de la moitié de son line-up originel, The Smashing Pumpkins ressemble davantage en 2007, sur le plan du personnel impliqué, à un "Zwan période II", ou (mieux) à un prolongement des essais solo de Corgan (sur lesquels officiait plus modestement Chamberlin). Exit donc le fidèle mais pas assez discipliné guitariste James Iha. Exit de même D’Arcy, bassiste d’origine mais dont le remplacement n’est pas une nouveauté puisque les dernières apparitions du groupe accueillaient à la basse une certaine Melissa Auf Der Maur. Cette fois-ci, ce n’est point la longiligne rousse qui s’y recolle en concert mais Ginger Reyes, et dont la présence bonus est complétée par celle des guitares de Jeff Schroeder et de la claviériste Lisa Harriton.
Autant dire, et impossible de ne pas le dire : le Smashing Pumkins crû 2007 a évidemment ce petit quelque chose de la marque déposée qu’on ressort pour exhumer l’heure de gloire, renouer avec le port du flambeau. Il faut dire aussi que l’aventure avait stoppé en pleine démonstration de force (l’excessivement chargé et – croyait-on alors – final "Machina – The Machines Of God"). Le risque était alors : soit de répéter en moins bien ce qui a déjà été fait ; soit – pire – ne pas arriver à générer la surprise. Or, c’est bel et bien ce qui se produit sur "Zeitgeist". La nouvelle formule de The Smashing Pumpkins y révèle des plans finalement assez conformes ce qu’on attendait de sa reformation : les retrouvailles avec un son rock et musculeux, direct et… déjà entendu (forcément ?). Pour son retour en groupe, Corgan ne s’est nullement ou très peu risqué aux expérimentations, il a canalisé le propos, évitant au nouveau line-up de s’embourber dans la quête d’une nouvelle identité. C’en est alors peut-être fini d’"Adore". L’avenir le dira, s’il en est un. Aucune véritable surprise n’explosera à la face à l’écoute de "Zeitgeist". Pour autant, le degré de prévisibilité et l’absence de paquets-cadeaux fait-il de ce dernier un disque raté ? Pas sûr. Pas sûr du tout, même.

Premier écueil évité par Corgan : l’amoncellement de couches. Si les chansons de The Smashing Pumpkins relèvent d’un talent évident en termes de songwriting, elles ont souvent souffert, par le passé, d’excès en tous genre. Production étouffante (l’horripilant et trop long "Mellon Collie And The Infinite Sadness"), couches et surcouches de guitares masquant le propos et finissant par nuire à son efficacité, bref : Corgan en a souvent fait trop, et les seuls disques sur lesquels on se retourne aujourd’hui spontanément et sans crainte de s’agacer restent ses plus basiques, "Gish" en tête, "Siamese Dream" juste après. Encore qu’en ce qui concerne ce dernier (considéré comme l’album de l’explosion), la course commençait à avoir une drôle de mine. Corgan commençait déjà et très sérieusement à planquer dans son short moulant des produits interdits au peloton. Bref. Et aujourd’hui ? En 2007, le Metal est de retour au cœur de la Pop, mais Corgan concentre mieux ses attaques : guitares à l’unisson, épaisseur plutôt que fouillis noise, The Smashing Pumpkins développent un nouveau sens de la rythmique et gagnent en cohérence sur ce plan par rapport à ce que le groupe originel parvint à faire par le passé. Finalement, Corgan n’a jamais mieux contrôlé ses troupes, et l’on se risquerait presque à dire que ce Smashing Pumpkins-là gagne en puissance en économisant les moyens, là où la version antérieure du groupe s’évertuait à étaler les choses, et avec des résultats inégaux. En 2007, ça bavarde moins et ça va plus à l’essentiel, tout au long d’un disque visant tout de même à renvoyer un certain éclat. Corgan aime assurément cette épate qui fait le fond du Rock n’Roll, il ne peut pas s’en empêcher. The Smashing Pumpkins se doivent de renvoyer une forme de flamboyance, c’est par essence un groupe démonstratif. Au final, ça prend assez bien sur "Zeitgeist", un essai chargé en guitares mais assez varié et – le comble – sonnant de manière assez spontanée.
C’est peut-être d’ailleurs sa force principale, au-delà des constats de forme. On a réellement l’impression que le groupe réinventé en est vraiment un, ce qui n’est jamais gagné lorsque les choses repartent de zéro puis s’échafaudent sur une ou deux petites années. Rien ne remplace le fait de jouer ensemble, la cohérence est à ce prix-là, professionnalisme ou non. Nulle trace ici de faiblesses collectives, les musiciens sont évidemment aguerris et délivrent un disque pensé, bien arrangé même si on aurait apprécié ci ou là davantage d’épure. Il y a là un semblant de chimie. Les batteries typées et dynamiques de Chamberlin insufflent une vitalité organique à un son qui retrouve nettement ses penchants saturés (le single "Tarantula" ou les dégoulinements de soli de "Bring the Light"). Pour "Zeitgeist", Corgan a gardé davantage le pied dans le Metal que dans les influences cold et new wave qui baignèrent la confection de son album solo "The Future Embrace" (2005). Certes, tout n’est pas effacé. Elles resurgiront peut-être le temps d’un assez bigarré "For God and Country".

Il résulte de tout cela un essai qui ne restera pas parmi les plus sombres de Corgan mais certainement parmi ses plus… "vitaux", sur le plan de la forme comme du symbole ("(Come on) Let’s go !"). The Smashing Pumpkins, humainement rénové, est revenu en "groupe de Rock" ("Doomsday Clock" l’annonce), sûr de son fait. Armé de tubes en veux-tu en voilà, il porte des beautés comparables à celles de certaines de ces fables tirées des origines ("Bleeding the Orchid"). Ce "groupe" n’est plus tout à fait le même, n’essaie d’ailleurs pas forcément de l’être (le contraire eût prêté à sourire) mais renoue immanquablement avec certains gimmicks (l’amusant "Starz"). Les voix et guitares de Corgan, reconnaissables entre mille réveilleront à coup sûr les passions enfouies en mémoire. Alors, les thanatopracteurs peuvent ranger le matériel. Corgan a nettoyé le corps tout seul, et même si pour l’heure rien ne s’annonce de plus que cela, c’est bien le réveil de la Bête. "Zeitgeist" n’est pas spécialement osé mais clairement, il a son efficacité.
En fonction des attentes de chacun, ces augures permettront de dénicher un message à variables : le "bon à prendre" / la simple "conformité aux attentes" / la déception claire.

Allez, il est l’heure.
Choisissez votre camp.


1. Doomsday Clock
2. 7 Shades of Black
3. Bleeding the Orchid
4. (That’s the Way) my Love is
5. Tarantula
6. Starz
7. United States
8. Neverlost
9. Bring the Light
10. (Come on) Let’s go !
11. For God and Country
12. Pomp and Circumstances