The Wicked


Sonic Scriptures Of The End Or Songs To Have Nightmare With


Spikefarm Records


Dark métal électro symphonique déjanté


2004




Avec leur premier album « For Theirs Is The Flesh » paru en 2002, le groupe finlandais The Wicked avait surpris plus qu’il n’avait conquis. Qualifiant eux-même leur musique de « Chemical Perversion Metal » terme plus pompeux qu’explicite, ils avaient montré sur cet album un penchant certain pour l’expérimentation et le croisement de plusieurs styles musicaux entre Death, Black, Electro et envolées symphoniques. Jeunesse oblige, le combo ne maîtrisait pas encore bien sa musique qui, tel un chiot découvrant les arbres pour la première fois, s’oubliait souvent dans les méandres de morceaux alambiqués et sans réelle unité. Mais la maîtrise technique impressionnante témoignait déjà d’un potentiel qui ne demandait qu’à être confirmé.

Deux ans plus tard, c’est l’heure des bilans avec ce « Sonic Scriptures Of The End Or Songs To Have Nightmare With », un intitulé interminable qui se rapproche presque de Bal Sagoth (maîtres incontestés des noms à ralonge), les titres des morceaux étant logés à la même enseigne.
Première constatation, le style pratiqué est toujours aussi éclectique et de nombreux breaks variés parcourent des pièces longues en moyenne de 7 minutes.
Une courte intro au piano rappelant Ulver période « Marriage » met le concept en place. Le narrateur en la personne de Lucius MK (chant) nous conte qu'il a récemment découvert un étrange livre dont il commence à saisir la puissance, d’où le titre « Sonic Scriptures ». L’album peut donc s’apparenter à ce livre, divisé en plusieurs chapitres tous aussi barrés les uns que les autres.
« Riddles without Answer And Celestial Mechanics » ouvre les festivités avec un beat techno, très vite rattrapé par une musique de cirque qu’Arcturus n’aurait pas renié. Puis la guitare fait son apparition et on se retrouve dans des structures typiquement Black Métal symphonique avec chœurs, avant de retomber dans cette ambiance de cirque macabre amplifiée. Soudain, tout se calme et on a droit à une sortie avec quelques sonorités industrielles sur fond d’ambiance fin du monde.
Ce canevas complexe se retrouve dans la plupart des autres titres, mais l’ambiance diffère radicalement. Seule « H8 Universal », véritable brûlot Black/Death court mais intense laisse place à quelque chose de plus conventionnel.

En ce qui concerne la technique, on nage presque en plein bonheur avec de très bonnes guitares rythmiques, quelques solis bien sentis et des passages au piano somptueux, tous assurés par un seul homme, Necroton (guitare et clavier).
Définitivement plus riche et mieux construit que leur premier méfait, The Wicked affiche avec cet album l’ambition de se rapprocher des pionniers du métal avantgardiste comme Diablerie (dont on attend toujours la confirmation), Arcturus (bien sûr) ou même Astaroth, groupe espagnol peu connu mais doué.
L’ensemble est très digeste et non dénué d’un certain humour, glauque cela va de soi. Vous vous souviendrez longtemps du fameux « Happy Unbirthday To Me » sur « Point Blank Avenue », morceau phare de l’album avec « To Kill A Friend » (et sa voix féminine assurée par Kimberly de Synergy), ou encore du « bouh ! » et le rire sadique qui suit sur « Lex Praedatorius ».

Niveau originalité, rares sont les albums où vous passez d’une musique intimiste style Amélie Poulain à une symphonie métallique Cradlefilthienne en passant par un petit break rappelant Rammstein voire Prodigy par moments.
Cependant, et c’est un des points noirs de l’album, je ne me suis à aucun moment surpris à penser "je n’ai jamais entendu un passage comme ça auparavant ». Et c’est bien le problème de The Wicked : original dans la forme mais pas dans le fond. On voit que le groupe a de nombreuses influences différentes mais à aucun moment il ne parvient à s’en détacher. Dommage.
Autre point noir découlant du précédent, l’album manque encore un peu de charisme notamment au niveau du chant, trop conventionnel par rapport à la musique et bénéficiant en outre d’une production assez pauvre .

Mais ne boudons pas notre plaisir pour autant. Les albums de ce calibre sont rares et la démarche audacieuse du groupe est en tous points louable. Les fers de lance de la scène finlandaise l’ont bien compris et certains membres de Synergy, Finntroll et Impaled Nazarene viennent prêter main forte sur certains titres.
Les amateurs de structures musicales conventionnelles et de morceaux formatés, vous êtes soit masos, soit en pleine déprime pour avoir lu jusqu’ici.
Les esprits ouverts avides de nouveautés, prêts à donner un peu de temps à un album intéressant, seront quand à eux recompensés par l’achat de cette galette.
Un groupe à suivre.


1.Epithimia gia athanasia
2.Riddles without answers & celestial mechanics
3.Phobos IV
4.Point-blank Avenue & unbirthday song - the ultimate ordeal
5.To kill a friend
6.H8 universal
7.Vaptisma tis gnosis
8.Digital satan
9.Lex praedatorius-eaters of the weak