Tulus
Biography obscene
Indie Recordings
Black 'n' Roll raffiné
2007
« Biography obscene », quatrième album seulement pour Tulus, marque le retour du groupe après huit ans d'absence (« Evil », 1999), absence que Blodstrup et Sarke (resp. guitare/voix et batterie) ont passé avec Khold. Avec une formation en 1993 en plein territoire norvégien, il est clair que Tulus connaît plus que bien l'histoire et les ficelles du métier de black metaller. Il connaît les différents courants, quelles tendances sont plus ou moins à la page. On ne saurait donc lui reprocher une orientation vers ce fameux black 'n' roll journalistique. Car Tulus pioche là où il veut, sans mélanger les genres. Il ne s'agit pas d'un paradoxe, seulement d'une réalisation maîtrisée. Le fond est crade, issu d'un black 'n' roll (allons-y) furieux, se voulant malsain par essence. La forme est bien plus propre, avec une production très bonne, et une richesse insoupçonnable des interventions et des intentions. Un raffinement qui nécessite la présence d'invités, ici un piano ou un violon, là un chant féminin, et même un saxo! Mais, dans l'utilisation, on est très loin du symphonique ou de la surcharge classique souvent vu dans le genre. Les voix féminines sont déclamées, torturées, en doublage de la voix lead saturée, cette voix est dérangée et à des lieues d'une énième voix cristalline (« Biography obscene »). Le saxophone, improbable, et la plupart du temps utilisé à tort et à travers dans ses rares apparitions dans le black, est ici inséré à la perfection (« Demise »). Appropriation de l'instrument par l'ambiance, le son est grinçant, presque dissonant et volontairement torturé. Côté black, Tulus lorgne de très près ce qu'à pu faire Vreid ces derniers temps (« Kraft » en référence); on blast de-ci de-là, on groove machiavéliquement le reste du temps, on tranche les structures et on sature partout.
« Biography obscene » est un disque très riche. Il pêche par quelques riffings peu inspirés (« Chamber's disgust »), ou utilisés de manière trop répétitive (« Stories untold »). Dommage. Autre fait étonnant pour le registre, à force de ciseler Tulus s'écarte de l'optique première du black; un son sale et malsain. On reste bien ici dans le noir et le grésillement, mais on n’est jamais vraiment mal à l'aise. Il manque cet aspect dérangeant, que peu finalement atteignent. N'est pas Shining qui veut.
Tulus est de retour, et il tient à ce que ça se sache. Il couche sur « Biography obscene » un métal glacial et sophistiqué. Si quelques détails sont à parfaire et si l'esprit n'est pas complètement maladif, il faut bien dire que musicalement, le niveau est posé, et en impose. L'atmosphère est là, Tulus n'autorise aucune lumière. Qu'il continue son chemin de croix, la crucifixion est proche.
01 Prelude
02 Natal day
03 Stories untold
04 Victim
05 Chamber's disgust
06 Allow no light
07 Morbid curiousity
08 Demise
09 Biography obscene
10 Torches quenched