Tweaker
2 a.m. wakeup call
Imusic / Playground / PIAS
industrial pop ambient rock
2004
"2 a.m. wakeup call" est le second opus de Chris Vrenna (N.I.N.) en solo. Son premier album sonnait peut-être un peu plus expérimental, mais ce nouvel essai parvient à donner une dimension à la fois mélodique et aventureuse au projet hybride de Vrenna. On reconnaîtrait entre mille ces textures électroniques provenant de l’Industriel pour se projeter, mutantes, en d’autres espaces.
Indéfinissable, la musique de Tweaker est sombre et subtile, rythmique tout en installant des ambiances amères qui laissent à une foule d’invités le temps d’imprimer leur marque (Mellowdrone, Nick Young, Johnny Marr parmi quelques personnes clefs). Toutes les personnes présentes au chant ont de près ou de loin participé à l’écriture du morceau les concernant, mais le disque ne souffre pas au final de l’hétérogénéité des intervenants. Les rênes de Tweaker, finalement, sont tenues par un seul homme. Et Vrenna donne le ton. C’est un chef d’orchestre, à la manière de 3D (Massive Attack), qui installe une ambiance sourde tout le long de ce disque qui porte bien son nom : le disque est comme un coup de fil qui nous tire d’un sommeil profond : tout y paraît lointain, les voix sortent de nulle part et butent sur l’implacabilité des rythmiques, se fondent dans leurs méandres Trip-Hop ou se perdent définitivement dans les ténèbres ambiantes : à cet égard, les morceaux construits par Chris Vrenna seul sont d’un très beau calibre, et donnent au disque une vraie continuité, sans gommer les pointes de spécificité dessinées par chaque intervenant extérieur.
Le corps du disque est mouvant : son cœur bat irrégulièrement, épousant une acoustique cotonneuse ("2 A.M.") ici, retrouvant les ténèbres là : sur le très typé "Cauterized", on devine aisément pourquoi Trent Reznor a travaillé avec Chris Vrenna. Mais Tweaker a son bout de gras à défendre, il est capable d’installer aussi bien que ses pairs une musique électronique puissante et envoûtante : Robert Smith en fait l’expérience en chantant (merveilleusement) sur le glacial et tendu "Truth is" (une miette de Cure avant un grand moment en 2004 ?), préalablement à l’arrivée sourde des boucles électroniques de "Remorseless", qui transportent dans un cauchemar sans fin : une perte de repères complète progresse, dessinée par des basses sub impitoyables et des motifs en suspension, psychédéliques et inquiétants.
Sur "2 a.m. wakeup call", outre un travail ouvert et très affiné, explose le potentiel de l’ "esprit Vrenna". Le disque revêt une personnalité forte, installe une poisse dont on sent qu’on ne pourra pas s’extirper. Ce disque revêt une dimension obsessionnelle, prend des chemins détournés sans jamais jouer l’insistance. Il y a là comme un rêve qui se déroule devant nous, quelque chose dont on reste spectateur et qui nous happe sans crier gare. Ce disque formule une obsession, nous y entraîne par l’hypnose. Chris Vrenna, bien épaulé, vient peut-être d’écrire ici ses premières lettres de noblesse.
1. Ruby (feat. Will Oldham)
2. Cauterized
3. Worse than yesterday (feat. Mellowdrone)
4. Truth is (feat. Robert Smith)
5. Remorseless
6. Pure Genius (feat. David Sylvian)
7. It’s still happening (feat. Hamilton Leithauser)
8. 2 a.m.
9. Movement of fear
10. Sleepwalking away (feat. Nick Young)
11. The house I grew up in (feat. Johnny Marr)
12. Crude sunlight (feat. Jennifer Charles)