Type O Negative


Life is killing me


Roadrunner / The All Blacks B.V.


doom metal


2003




2003. "Life is killing me", nouvelle crise sonique du collectif de Peter Steele.
Il y a quelque chose d'étrangement phénoménal autour de Type O Negative : chacun de ses retours, dans le monde du Metal, fait l'objet d'une attention et d'une attente toute particulières, quasiment messianiques. Sans doute faut-il y voir l'attente superstitieuse que crée l'héritage culturel décalé du groupe et de son leader. Car personne mieux que ces gens, peut-être, n'a su remettre au goût du jour les ténèbres qu'engendra le Doom des années 70. Les sauver des flots sans se référer aux choix et aux techniques de production de cette époque, leur donner de ce fait un avenir possible, un échappatoire sur lequel emmener une génération née sur le tard. "Life is killing me" n'a pas quitté le référentiel de Type O Negative, et s'inscrit dans la lignée des albums les plus mélodiques du combo. Mais il fait davantage référence à des pans de culture Punk : ceci est particulièrement sensible sur les morceaux les plus... rapides de l'album ("I don't wanna be me", la reprise de "Angry inch" ou "I like goils", particulièrement significatifs), sans limiter ces derniers à ce strict qualificatif. Pour l'essentiel, ce nouvel enregistrement, hormis ces trois morceaux, fait la part belle à des teintes plus directement "gothiques" que celles esquissées par son prédécesseur, le très troublant et crucial "World coming down". S'éloignant de l'approche destructurée entamée sur ce dernier, Peter Steele et ses compères choisissent aujourd'hui de revenir à un son plus velouté et mélodique : le titre éponyme combine ainsi des phases rythmiques mid tempo à une approche ambiante et synthétique, sur laquelle les riffs les plus lents s'inspirent toujours autant du Sabbath ou de St Vitus. Sur "Anesthesia", Type O Negative se rapproche très sensiblement du gothique syncopé, feutré et assez lent d' "October Rust". Approche confirmée par la suite avec "The dream is dead", sa basse ronde et chorussée en boucles, ou plus loin avec le meilleur morceau dédié à la mère actuellement souffrante de Steele : "Nettie", dont les complaintes centrales formeront le point d'ancrage des auditeurs passionnés par l'époque "Bloody kisses" - "October rust". Le reste s'avère plus inégal : certains arrangements et lignes de voix très Pop nuisent à la cohérence du propos : "Todd's ship gods", à l'ensemble au demeurant excellent, souffre d'arrangements douteux en forme de "ouh-ouh-ouh" tapageurs et sans grand intérêt, suivis par le très pénible et ennuyeux "(We were) Electrocute", sans doute le morceau le plus faible du disque. Si le centre de l'album s'avère ainsi former son talon d'achille, la suite remet Type O Negative en selle : "A dish better served cold" offre ainsi la seconde meilleure mélodie de l'album après "Nettie", par une longue complainte sombre et tendue sur le fil de laquelle Peter Steele pose des vocaux parmi ses plus inspirés et concis, entrelacés par de simples intermèdes de guitare acoustique... à pleurer. Les penchants psychédéliques du Maître se trahissent enfin sur le court instrumental "Lard and queer", qui n'abrège pas la référence à l'époque "October Rust", dont les couleurs viennent tâcher "How could she" sans y évacuer le retour ponctuel du Rock. Un Rock décidément toujours tenu en haute estime par Type O Negative, dont ce "Life is killing me" revient en terre conquise pour mieux finir de la brûler. En bon Attila, Steele verse sur ce disque ses derniers regrets, avant d'entamer une période trouble. Les premiers problèmes de Type O Negative seront administratifs : il s'agit aujourd'hui de signer sur un nouveau label. Mais au vu de cet ultime album réalisé chez Roadrunner, on ne doute pas que les avions renifleurs se penchent sur leur carcasse, tant qu'elle est encore chaude. Un disque en forme de sortie, en toute classe.