Unkle
War Stories
Pias
melancholic & organic trip hop/rock
2007
"War Stories" est l’histoire d’une mutation engendrée pour partie dans le désert par James Lavelle, leader historique, et sa cohorte d’invités/sujets venus comme à l’accoutumée soutenir Unkle dans l’accouchement. Celui de "War Stories", concrétisation en grandeur nature des ébauches présentées via le EP limité "Nights Temper", a l’air de s’être passé sans douleurs excessives, hormis celles de la patience. Les albums d’Unkle restent longs à venir, ils imposent une maturation. Or, la cuvée est bonne. Ce troisième essai lorgne vers des contrées plus rock, plus organiques tout en conservant ce glaçage hérité des "années Abstract Trip Hop" originelles.
Il s’offre une efficacité que connaissaient moins les desseins précédents.
Le banc a accueilli de sacrés écoliers, cette fois-ci. Certains coutumiers du fait, d’ailleurs : Josh Homme de Queens Of The Stone Age, qui prouve en premier lieu et encore plus fort qu’auparavant qu’il est prêt, et dans les grandes largeurs, à casser les barrières du Hard Rock. En l’occurrence, le génial songwriter se fait exécutant mais sa prestation montre que Josh reste des plus aptes à investir des espaces très éloignés de la saleté de ce Blues dont il revendique la destruction. Homme n’est pas un fan de la stricte notion d’héritage, sa démarche le prouve encore et toujours.
Derrière lui, 3D (Massive Attack) repart à l’assaut (le lunaire "Twilight", un des titres les plus subtils, froids et proches de l’auréole Trip Hop). Sa présence contraste avec celle des personnages tenants ici d’un rock plus émotionnel que véritablement moderne, et dont la participation permet à Unkle d’élargir la palette et d’acquérir une part de "traditionalisme". Ian Astbury (The Cult) fait bien sûr partie de ces participants qu’on attendait le plus sur le nouvel album d’Unkle. D’abord parce que son Cult reste muet depuis 2001 (plus pour longtemps) et ensuite parce que sa décision d’enrichir une démarche bien moins roots que celles des moyenâgeux Doors Of the 21st Century réserve forcément une part de surprise. Astbury, sur ce terrain, gère le risque et gagne le pari. Sa vibration sanguine investit naturellement un groove bondissant surplombé de guitares linéaires (le fabuleux single "Burn my Shadow"). Sa participation à deux titres (comprenant le final "When Things explode") s’avère in fine représentative de l’optique d’Unkle sur ce disque : tout cela s’inscrit nettement plus dans une optique "rock" que les précédents essais, aux contours modernes et froids mais aussi plus flous. Il y a en effet un groove qui imprime durablement l’écoute de "War Stories" (soit les "guerres de l’intérieur" selon Lavelle) et qui marque dès l’entrée en piste de "Chemistry", un instrumental nerveux et concis sur lequel les guitares jouent à se distordre, en texture comme en mélodie.
Par la suite, la rythmique renoue avec des espaces plus pop et planants. "Hold my Hand", ainsi, inaugure l’entrée de Lavelle au chant, fait inédit et qui marque d’autant plus un essai qui reproduira cet intéressant schéma à de maintes reprises (les paisibles cordes de "Price you pay" servant par exemple de refuge). Un essai qu’on retiendra aussi pour sa volonté de se maintenir dans une position plus chansonnière qu’expérimentale. L’expérimentation sert les chansons, ne les accapare jamais et fait en sorte que ce le fabuleux single "Burn my Shadow"traditionalisme le fabuleux single "Burn my Shadow" pointant ne domine jamais une démarche restant axée sur ;le travail des rythmiques et l’apport electro. Le but ne serait-il pas finalement de réinvestir la musique pop ? Ne s’agit-il pas là, finalement de donner une nouvelle intelligence aux formats de la musique populaire ?
Sur la globalité, pas grand-chose à redire à propos "War Stories". Voici très certainement le tout meilleur album d’Unkle paru à ce jour. Sans temps morts, il impose un vrai rythme mais se ménage des espaces atmosphériques. Sa plus grande réussite reste la cohérence du global, doublée d’une fluidité inédite. La multiplicité des invités (mention spéciale d’excellence décerné à Gavin Clark sur "Keys to the Kingdom") alimente ce projet de forme, auquel de trop belles choses sont promises pour qu’elles n’arrivent pas. Unkle, un jour, devra produire son "Mezzanine".
Il le peut.
1. -
2. Chemistry
3. Hold my Hand
4. Restless [feat. Josh Homme]
5. Keys to the Kingdom [feat. Gavin Clark]
6. Price you pay
7. Burn my Shadow [feat. Ian Astbury]
8. Mayday [feat. Duke Spirit]
9. Persons & Machinery [feat. Autolux]
10. Twilight [feat. 3D]
11. Morning Rage
12. Lawless
13. Broken [feat. Gavin Clark]
14. When Things explode [feat. Ian Astbury]