Veils of Perception
Under My Skin
Autoproduction
Black/Death Symphonique
2008
Inutile d’insister sur le fait qu’il est extrêmement difficile de faire du Black Metal Symphonique lorsque les moyens et/ou délais d’enregistrement d’un EP sont trop restreints. Pour que le charme visuel opère, c’est malheureux mais c’est ainsi, la démesure sonore doit être à la hauteur de la démesure des idées.
Le fantasme lyrique du Black Metal Symphonique a pu atteindre son paroxysme par le biais de formations aux approches différentes, mais se rejoignant sur un plan : la puissance, la vraie puissance. Si Limbonic Art a touché la grâce noire et Wagnérienne avec un « In Abhorrence Dementia » légitimement ovationné en travaillant un son grésillant et authentique ornementé de symphonies empoisonnées, si les premiers Graveworm et Dimmu Borgir s’enivrent d’envolées orchestrales parfaitement produites et reposant sur un son riche – dans tous les sens du terme –, c’est parce qu’ils pouvaient réellement atteindre leur but. C’est triste, le pragmatisme, mais matériellement, ils avaient à leur disposition de quoi rendre digne hommage à l’emphase des idées.
"Under My Skin" ne doit pas être écouté comme le premier EP venu de Metal extrême à vocation atmosphérique, on pourrait même bel et bien aller jusqu’à dire – symphonique, parce qu’il s’affirme déjà au dessus de la moyenne. C’est le tout premier enregistrement de ces montpelliérains tous issus d’autres formations. Et forcément, vouloir donner dans le symphonique lorsque les moyens sont réduits, ce n’est pas facile, c’est même un gros défi à relever. La personnalité ne manque pas, pourtant. Elans progressifs qui fleurent bon l’écoute d’Arcturus, envolées de piano, nappes mystiques…les ingrédients qui peuvent faire de belles compositions de Black/Death atmo/sympho sont là, et techniquement, chacun des musiciens semble bel et bien être au niveau. Mais évidemment, il y a un « mais ». Forcément. Le son : il manque cruellement d’emphase ! Et l’emphase, c’est précisément ce que l’on recherche en écoutant du Black Sympho. La production est trop plate, les guitares et certains riffs plus Death manquent d’amphétamines, les claviers sont parfois cruellement cheap ("Lethal Art Of Life") ; il faudrait conférer à l’ensemble plus d’élan pour être conforme à toute la véritable passion que cache ces jeunes gens au demeurant extrêmement talentueux.
Les bonnes idées sont presque systématiquement au rendez-vous, se succèdent. Le chant masculin lyrique possède un beau timbre que la production devrait traiter avec de discrets échos et mettre en avant, les rythmes sont changeants et toujours très efficaces ("Worldwide Horror"), le chant Death/Black est maîtrisé et nuancé, l’assise rythmique est précise…les qualités sont bien là, mais c’est un Metal romantique, violent et raffiné que joue Veils Of Perception, un Metal pour qui une riche production est vitale. Ce n’est qu’à la fin de "Wordwide Horror" que l'ont parvient à surmonter ces carences, parce que tous les éléments s’assemblent avec une grande intensité, le solo de guitare est très créatif, les claviers se fondent très bien avec le tout. Un bel univers sombre qui ne demande qu’à se développer : ce premier EP est un passage obligatoire et est détenteur de plein de promesses au Black Symphonique hexagonal. Les compositions encore un peu timides laissent présager des choses très intéressantes, progressives et émotionnelles, puissantes et orchestrales ; l’entreprise est de taille.
Ils ont toute notre confiance.
1. Imbrium Immortalis
2. Under My Skin
3. Lethal Art of Life
4. Worldwide Horror