Veronica Lipgloss And The Evil Eyes
The Witch's Dagger
Gold Standard
Bay area deathrock
2005
A voir leur nom, on pourrait croire à un de ces énièmes combos de psychobilly / horrorpunk qui ne proposent rien de plus qu'une vague caution rock'n'roll à une énième repompe des Misfits. Détrompez-vous : Veronica Lipgloss And The Evil Eyes ne mangent pas de ce pain-là. Le quatuor, à l'instar de ses illustres collègues de la scène de la baie de San Francisco (The Vanishing, Sixteens, Black Ice et autres Phantom Limbs), propose en effet sur « The Witch's Dagger » une musique extrêmement personnelle. Loin des poncifs deathrock actuels qui tentent de se barder d'intellectualisme (Cinema Strange, Chants of Maldoror...), la formation ne fait pas dans la dentelle. Pas de références littéraires, de mises en scène classieuses, de violons ou que sais-je encore : ici, tout ce qui compte est vraisemblablement d'avoiner. Et rien ne nous sera épargné : chanteuse folle furieuse, batterie d'un groove remarquable, lignes de basse teintées d'électro et saturées à foison, guitares simples mais efficaces, claviers sales à souhait, et parfois même des touches de saxophone à la Birthday Party.
Vous me direz, non sans raison : les Phantom Limbs faisaient déjà ça il y a quelques années. Je vous répondrai que s'il est impossible de ne pas faire de rapprochement entre formations de la Bay Area, la musique de Veronica Lipgloss n'en dispose pas moins de sa propre spécificité. Une spécificité qui commence au niveau du chant, qui ne nous épargnera rien : cris hystériques sur le claustrophobe « Benny's Nightmare », dissonances hallucinées sur « Strip Mall Glass », mélodie basique mais timbre sulfureux sur « Let me see your eyes »... Rhandi Lee Remedes n'est pas une grande technicienne, mais elle se joue totalement de la technique pure, pour mieux se concentrer sur l'implication qu'elle balance dans ses morceaux. Tour à tour caressante, épique, furieuse ou sensuelle, elle parvient à insuffler une cachet vraiment unique au son du groupe.
Second grand atout de la formation : la faculté à poser des ambiances vraiment élaborées. Un exemple évident : le single « Strip Mall Glass ». Le clip inclus sur le CD nous met face à une cohorte de curieux clodos-zombies fluorescents qui bringuent comme si leur vie en dépendait au milieu d'une grande ville avant de grosso modo tenter de violer tous ceux qui leur passent à portée de main. Et bien le morceau, c'est exactement ça : une frénésie qui s'accentue de plus en plus sur un schéma rythmique répété jusqu'à l'absurde, pour finir sur une véritable explosion rageuse. Le tout donne un titre extrêmement évocateur, décadent, crade et sexuel. Même force de frappe sur le tubesque « Bleed To The Beat » et son break excellentissime au refrain. Changement radical d'ambiance mais toujours cette même exigence sur « Like Lead » ou « Benny's Nightmare », délicieusement claustrophobes, qui rappellent les meilleurs moments de The Vanishing. Le très syncopé « Mars » et son jazz perverti donne quant à lui un bon exemple de ce qu'aurait pu donner Autonervous avec un brin d'audace en plus : structure éclatée, saxophones pervers, rythmique hachée...
L'album se termine sur le long et très « dancefloor crétin » « Let Me See Your Eyes », où le chant est presque exclusivement clair et la mélodie kitsch et facile, mais tout à fait entraînante ; une version deathrock de Vive La Fête, en quelque sorte. Dernier titre de l'album, et malheureusement également de la carrière du groupe, qui splittera l'année suivante. Un split qui fera de l'adjectif « météorique » le plus qualifié pour parler de ce « Witch's Dagger » : une déflagration intense qu'on prend la gueule, et dont l'intensité n'aura eu d'égale que la brieveté.
01. Driving Thru the Rain
02. Mars
03. String Mall Glass
04. Just for Fun
05. Flickering Reels
06. Rats
07. Like Lead
08. Unicorn Song
09. Bleed to the Beat
10. Benny's Nightmare
11. Let Me See Your Eyes