Virgin Black


Requiem Fortissimo


The End Records


doom metal


2008




Projet ambitieux que celui de Virgin Black de publier coup sur coup trois albums séparés, représentant autant de parties de leur "Requiem". En voici la seconde épreuve. Elle surgit avant la dernière partie ("le Requiem Piano") et après un "Requiem Mezzo" ayant laissé une impression mitigée.
Mitigée non pas sur le plan de sa propre musicalité, mais sur celui de la capacité du groupe à maintenir un niveau de tension émotionnelle comparable à celui du chef d’œuvre "Elegant… And Dying". Le fameux "album blanc".

Produit par le "binôme pensant" de Virgin Black, Samantha Escarbe (guitares) et Rowan London (chant), "Requiem Fortissimo" a pour ambition affichée de présenter les facettes les plus rudes de la musicalité de la formation doom avant-gardiste australienne. Sur le plan de la forme, cette optique aboutit à un ensemble très organique, roots, quoique traversé de fulgurances "opératiques" (l’approche des chœurs sur "Silent").
S’y impose alors et sans grand mal un son lent et rude, dont les quelques orchestrations ne bouleversent pas la donne : peu de sophistication, peu de notes, simplement un poids de saturations, dont le front restera dépourvu de toute approche claire sur le plan vocal. Ces dernières rappellent d’ailleurs, avec le reste de l’instrumentation, l’optique première d’un My Dying Bride : une élégance rêche et ne renvoyant du romantisme que les noirceurs premières.

Alors s’il s’agissait de retrouver l’essence du genre Doom telle que ses pères fondateurs en fixèrent la "version nineties", le pari est gagné. Et c’est ce que l’on retiendra principalement de ce "Requiem Fortissimo", une fois passée la déception de voir le groupe se maintenir dans ce purisme que ses travaux précédents rejetaient. Car non, "Requiem Fortissimo" n’atteint pas la densité émotionnelle du second opus studio de Virgin Black. Non, il n’est pas dans cet effet de sidération et de captation émotionnelle que générait "Elegant… and Dying". Son impact, plus sourd, est dans cette dureté qui évoque moins le rêve mais qui permet aussi à Virgin Black d’élargir le panel de ses possibilités. Si le groupe avait su imposer une vision inédite, un ressenti unique via son sens de l’orchestration et les jeux noirs de ses guitares et de la voix de London, il expose aujourd’hui le squelette de ses ambitions. Histoire, peut-être (?), de liquider un héritage que masquait jusqu’ici la sophistication de son écriture.

C’est le point de non retour.
La teneur purement orchestrale annoncée du "Requiem Piano" pourrait servir de rebond ultime avant une redéfinition de son propre style par le groupe. Le "Requiem" fut certes une opération ambitieuse, et nous n’attendrons pas sa conclusion pour poser l’enjeu. Les deux premiers exposés de cette phase massive de création, au-delà du mérite intrinsèque qu’elle suppose, n’ont pas réussi à introduire de nouvelle respiration dans la discographie du groupe. Il reste désormais à Virgin Black à faire plus fort, et renouer avec l’excellence. C’est-à-dire, sur le principe : se porter ailleurs, vers d’autres beautés, une autre vibration, un frisson.
Le défi vaut la peine d’être relevé.


1. Fragile Breath
2. In Winter's Ash
3. Silent
4. God in Dust
5. Lacrimosa (Gather me)
6. Darkness
7. Forever