Virgin Prunes
The Moon Looked Down And Laughed
Mute
batcave culte
1986
En septembre 2004, ressort le dernier album studio officiel des Virgin Prunes, enregistré en grande partie à Dublin où le groupe s’était formé au milieu de l’année 1977.
L’esprit du punk, alors, est déjà mort : les groupes se ressemblent, l’individualisme prôné, le goût du risque se sont réduits à une musique où son de guitares, vitesse de batterie et thèmes abordés sont formatés. Certains groupes se lancent à leur tour dans l’aventure, chargeant le genre de leur affect et culture. On parlera de post-punk, de new-wave… Les Virgin Prunes en font partie. On doit mentionner à quel point l’amitié entre ces jeunes gens était primordiale. L’instinct prime pendant les séries de performances données durant trois ans. Vient enfin la conception du projet « A New Form Of Beauty », puis de « Heresy » et la sortie d’un premier album plus classique : « If I Die I Die ». A partir de 1983, la messe alternative est dite et le groupe se fissure. La quête d’une spontanéité perdue les épuise, leur réputation les précède et devient un carcan de plus en plus difficile à briser. Un album est alors mis de côté sous le titre « Sons Find Devils ». En 1985, la compilation « Over The Rainbow » voit le jour et la mort du groupe est prévisible. En 1986, sort en catastrophe sur Baby Records, le label du groupe, « The Moon Looked Down And Laughed », l’album enregistré en 1984 par Flood, et produit par Dave Ball de Soft Cell.
C’est l’un de ces disques dont les paroles révèlent des mondes inconnus (« I know all your secrets, please little girl. Il like the way you frightened, it makes me feel secure »), les chansons sonnent comme autant de coups de poignard (« I have no need for your sweet world, no need for your hell, I have no need for anything I am God »), les viols incestueux, les filles abusées par des hommes (« Our Love Will Last Forever »), le rejet et l’attirance pour l’âge adulte (« drink to our fathers for they are real men and we are just boys »), la volonté d’ivresse pour éloigner la perte des virginités, l’échappatoire dans la jeunesse éternelle, les déguisements de la malle des voisines… Tous ces thèmes nous entraînent dans un univers psychanalytique entre robes à la Bowie et théâtre-panique, punk et dérision. Réévaluation de la folie et de la beauté, les « Virgin Prunes » désignent ces personnes freaks et déviantes que le groupe approchait afin de découvrir leur vérité, mélange d’un regard d‘enfant sur un corps d’adulte.
Musicalement, c’en est fini de la batcave du premier album, finies aussi les expérimentations industrielles ! Mené désormais par Gavin Friday, le groupe ose les violons, part vers du déconstruit à la Zappa, expérimente les valses de folie tourbillonnante (pire qu’Alice grandie trop vite, l’évanouissement avant de dormir), l’ambiance de cabaret (qu’on retrouvera par la suite sur le premier jet solo de Gavin Friday « Each Man Kills The Thing He Loves »), la chanson de crooner (« Betrayal ») et même une chanson d’arrière-salle le long de la Route 66, un blues dézingué à la guitare dissonante, verres brisés sur cuivres rutilants pendant que les autres clients poursuivent leur partie de billard, à peine importunés par la souffrance de l’ivrogne du fond (« Deadly Sins »). On retrouve tout de même les basses hypnotiques et monotones, agrémentées d’un chant en japonais (« True Life Story »), le jeu de demeuré sur un piano martelé avec guitare en accord unique (« Just A Lovesong », procédé qui sera pillé par les Prunes),
Liberté, poésie, littérature (on pense aux « Lettres Persannes » en lisant « Uncle Arthur’s Lonely World ») sont des notions sur lesquelles reviendra souvent Gavin. C’est cet esprit joyeux, exubérant, racé, cette absence de limite, ce grotesque et cette audace qui se moquait du qu’en dira-t-on (le drame de l’amour abordé sans aucune gêne, étalé sans misérabilisme dans « Betrayal ») que le mouvement gothique qui suivra aura totalement oublié. Il faudra attendre l’arrivée des Cinema Strange, grimés en elfes à salopettes marron, pour retrouver cet abracadabra de cirque dans le milieu du rock sombre.
Avec le temps, on regrettera les discrets chœurs de walkyrie de « Betrayal », on pensera que « The Tortured Heart » est aussi putassièrement « niouwave » que l’était « Baby Turns Blue », deux très relatives fausses notes dans un disque plus que riche : indispensable.
Guggy quitte le groupe puis Dik, enfin, c’est au tour de Gavin Friday de saborder le navire. Reste à sortir un live inégal « The Hidden Live » en 1987 et place au Prunes tout court dont nous n’explorerons pas la peu concluante discographie.
1. Heaven
2. Our Love Will Last Forever Until The Day It Dies
3. I Am God
4. Alone
5. Sons Find Devils
6. Uncle Arthur’s Lonely World
7. True Life Story
8. The Tortured Heart
9. Betrayal
10.Just A Lovesong
11. Deadly Sins
12. Day Of Ages
13. The Moon Looked Down And Laughed