Voivod


Katorz


The End Records / Grau


rock/metal


2006




Denis D’Amour s’en est allé durant les enregistrements de "Katorz", laissant groggy un groupe dont l’aura, partiellement, s’était construite autour des guitares acides, métalliques et friandes d’expérimentations de cette personne aujourd’hui regrettée. Personne ne pourra oublier cette œuvre gigantesque que Piggy laisse, et qui amena récemment une autre très forte tête à intégrer la formation. Récemment, Voivod s’était en effet adjoint les services du bassiste Jason Newsted, parti aujourd’hui fonder Supernova, ce qui lui avait conféré une splendeur particulière sur l’album éponyme précédent, un essai très rock signant aussi le retour du chanteur Denis Belanger. Si les deux derniers enregistrements de Voivod (ce dernier compris), ne figurent pas parmi les plus expérimentaux mais reviennent au contraire à un propos plus classique, reste que Voivod y montre encore un certain jus et une envie. La disparition de Piggy a sans doute créé une dynamique autour du négatif, et les voix acerbes de Belanger poursuivent sur "Katorz" le fantôme du disparu tout le long de ces structures musicales typées et organiques. Si ce nouvel album n’atteint pas les splendeurs du bizarre touchées en leur temps par "Nothingface" ou "The Outer Limits", reste que le groupe y fait montre d’une volonté certaine d’en découdre ("Mr Clean", "After all"). Cette ténacité et l’opiniâtreté que le collectif survivant a mis dans la bataille de la finition de l’album forme la plus belle des survivances et l’hommage le plus sincère à un homme qui a laissé en legs à ses amis plusieurs heures de guitares préenregistrées. Elles permettront a priori - et selon les dires du groupe lui-même, finalement décidé à poursuivre l’aventure - d’alimenter les futurs ouvrages de Voivod. Condamnant peut-être le line-up amputé à de longues œuvres de souffrance et de souvenir en studio, elles seront aussi - on l’espère – de nouveaux points de repère essentiels du futur métallique. D’ores et déjà, les projets ne manquent pas : intégration possible d’Andreas Kisser (Sepultura) à la guitare pour les concerts, réédition de "Angel Rat" et "The Outer Limits" par The End Records, réalisation par Sam Dunn (responsable du dosumentaire A Headbanger's Journey), d’un film sur "Katorz" et la vie de Denis D'Amour…
Mais pour l’heure, le resserrement de style opéré sur le précédent opus se poursuit, donnant du son de Voivod un aperçu plus physique et moins spatial (à l’exception du groove psychédélique, planant et tendu présent sur "Silly Clones"). Très crû, pesant ("No Angel"), le ton ne donne dans aucune théâtralité, aucune tentation mortuaire.
La vie se poursuit, autrement sans doute.
Il le faut.

R.I.P., Denis.


1. The Getaway
2. Dognation
3. Mr Clean
4. After all
5. Odds & Frauds
6. Red my Mind
7. Silly Clones
8. No Angel
9. The X-Stream
10. Polaroids