Wire
Send
Pink Flag / Chronowax
industrial punk
2003
On avait adoré retrouver la fureur de Wire sur le e.p. "Read and burn". Il nous tardait donc de voir arriver "Send", un disque annoncé comme le retour à des préoccupations plus anciennes. Si Wire ne replonge pas directement aux sources, "Send" n'en forme pas moins le disque qui donne le plus d'actualité au propos qu'il développa initialement, au carrefour du Punk et de l'Industriel bruitiste : Ce nouvel album est un disque au sein duquel les rythmiques claquent, et où leurs relents électroniques et blafards ("You can't leave now", ténèbres ultimes) donnent à Wire une nouvelle jeunesse : quelque chose qui ne s'exprima qu'au début, et qui se dilua par la suite dans une mixture plus ouverte, plus claire aussi, mais dont la force d'évocation avait un peu perdu de sa superbe. "Send" est bouleversant : s'il ne contient pas que des morceaux inédits (on retrouve sur cette tranche nombre de chansons du e.p. précédent, comme "In the art of stopping" ou "Comet"), l'album regorge de rythmiques typées, froides et linéaires, sur lesquelles les guitares noisy, saturées et opaques, appliquent un dictat imparable, engloutissant ces voix si particulières, désenchantées et à la limite, parfois, de la déclamation. Wire a oublié toutes les recettes : "Send" revêt quelque chose d'avant-gardiste. Le groupe refuse en effet d'enfermer sa musique dans des formats, et même si la plus grande partie du disque s'inscrit dans des formats courts et rapides ("Mr Marx's table", "Read and burn", "Half eaten"), le clou du spectacle reste bien l'ambiance dernière et charnière de "99.9" : une hypnose électro-industrielle s'y empare du rock sur sept minutes, sans relâcher la prise, comme s'il devait y avoir là quelque velléité finale. On a fini abasourdi devant tant de précision, tant de facilité à conjuguer la dureté à l'émotion. Au final, il nous restait nos yeux, et des larmes de bonheur plein le ciel, plein la nuit.