Zeraphine


Blind Camera


E-Wave Records / BMG (Import)


modern gothic pop rock


2005




"Blind Camera", troisième album des gothic-rockers allemands de Zeraphine, n’a pas fait dans la demi-mesure. Si le second opus n’avait pas laissé grand monde de marbre, le nouveau groupe de Sven Friedrich (chanteur au sein des regrettés Dreadful Shadows) fait une nouvelle fois aboutir sur ce chapitre un songwriting acéré et pour le moins prolifique : pas moins de quinze titres (parmi lesquels trois instrumentaux transitionnels intitulés "Blind Camera") composent ce travail, lequel associe les deux langues chères à Friedrich : l’allemand natal (qui confirme par la présente son adaptabilité au romantisme de ce rock là, esquissé sur le premier album "Kalte Sonne") et l’anglais qui donna le succès international à Dreadful Shadows.

Il n’est pas de révolution réelle dans l’écriture par rapport au précédent enregistrement de Zeraphine. Le groupe donne toujours dans cette association entre Gothic Rock moderne et Pop luxueuse (le très sautillant et léger "Die macht in dir") produite avec goût, puissance et sobriété par le coutumier de l’expérience Thommy Hein. Les guitares ont toujours été moins métalliques chez Zeraphine que chez Dreadful Shadows, et le groupe ne se départit pas de son optique plus féminine et romantique même si son propos tend à prendre de l’épaisseur parfois ("Hollow Skies", efficacité épique). Le premier titre, "I never want to be like you" installe d’emblée un Gothique furieux, proche du rock de seconde génération formulé par des formations telles que Rosetta Stone. La voix de Friedrich est bien sûr au rendez-vous, toujours parée de ce charme indéfinissable vibrant entre léger crooning et maniérisme goth hérité des eighties. Supportée par des guitares qui n’en font jamais trop mais suffisamment pour esquisser une pointe d’héroïsme propre au goth originel ("Die Welt kann warten", "Jede Wahrheit"), elle épouse des formats relativement variés. Dominés par une approche "rock", il subissent de nouveau le saupoudrage bienvenu de programmations fines (ou plus grasses comme sur "River of you") signées aussi Friedrich ("Kaltes Herz").
Si la mélancolie digérée de l’ensemble laisse planer ave elle la menace de la linéarité, le très grand soin porté au rendu et aux arrangements fait le disque s’écouler d’une seule traite sans qu’on n’y voit jamais une resucée eighties. C’est bien ce qui fait la force, double, de Zeraphine : l’héritage revendiqué mais dont l’ancrage au présent passe par un adoucissement du propos originel, sans pour autant que s’affaiblisse le pouvoir d’évocation du style. Zeraphine ne s’en sort que mieux, et confirme les espoirs placés en eux par cette frange incompressible du public qui ne se console pas de la disparition du rock gothique originel.
L’assagissement n’est pas forcément synonyme de mort.


1. I never want to be like you
2. Die Macht in dir
3. Blind Camera 1
4. I feel your Trace
5. Die Welt kann warten
6. Kaltes Herz
7. Hollow Skies
8. I'm numb
9. Jede Wahrheit
10. Blind Camera 2
11. Falscher Glanz
12. River of you
13. When Walls arise
14. Blind Camera 3
15. Until I finally drown