Dossier Kultüre]

RVB~transfert / Images de la scène indépendante française 1979-1991

DVD 2006
Infrastition / Optical-Sound / Gods And Beasts


Photo de RVB~transfert / Images de la scène indépendante française 1979-1991 1

Assurément, le DVD « RVB~transfert » ne doit pas être classé en musique mais plutôt en culture. Les images proposées et les parcours de la plupart des groupes assurent qu’il s’agit bien là d’une démarche qui sort du simple cadre de la compilation musicale ou de celui du témoignage historique.

A la vue de ces trois heures (à morceler en plusieurs fois pour rester éveillé) on oscille entre plusieurs sentiments :
On peut rire (c’est autorisé) de ces clips, extraits de concert, performances, films et autres incongruités (Lucrate Milk) sortis d’un grenier ; ils accumulent comme autant de preuves de savoir-faire les effets spéciaux de l’époque : retouche d’images, cadrages bancals, dessins sur pellicule, couleurs agressives (Vox Populi, rois du bleu et jaune), retombées acides des seventies (X Ray Pop). Oui, ça a vieilli et nous avec, alors autant en prendre son parti.
On est souvent saisi de mélancolie en retrouvant des ambiances, des époques : ce Cd s’adresse directement à notre vécu et revoir Mary Goes Round, chantre de la touching pop et résurgence coldwave en même temps, provoque un petit pincement. De même, on s’interroge sur l’identité d’inconnus ou sur le devenir de disparus ; on est saisi par la beauté fulgurante des jeunots Comte d’Eldorado et Denis Bortek ou par la grâce qu’avait le duo KaS Product…
On redécouvre l’histoire, on la remonte dans un ordre aléatoire (le sommaire est alphabétique et non chronologique) et on est souvent surpris de la richesse de ces scènes françaises. « Images de la scène indépendante française » : dans le sous-titre, c’est le singulier qui a été choisi par les concepteurs du DVD, certainement dans une optique fédératrice et parce que le faible nombre de spectateurs faisait qu’on retrouvait bien souvent les mêmes têtes aux concerts des uns et des autres. On perçoit cependant bien tout ce qui pouvait séparer, mettons Jad Wio et Le Syndicat ou Lucrate Milk et Collection d’Arnell-Andréa !
Plusieurs scènes, vivantes, exigeantes, en progression constante, malgré des moyens très faibles : voilà qui donne à réfléchir.

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Plusieurs tendances se dégagent.
On salue évidemment en premier lieu les jusqu’aux boutistes qui se gardent bien du commercial et des radios : Art & technique flamboyants et incinérés, un Jean-Louis Costes moqueur singeant un tube possible, In Aeternam Vale en hurlements et reptations, Neva qui, en revival batcave, s’adresse aux purs et à eux seuls, Pacific 231 et son ambient froide, Palo Alto et son rock free (précurseurs de la vague Prohibited, Hint), Ptôse et son second degré destructeur, The Grief et son étouffant labyrinthe claustrophobique…
On accompagne plus facilement ceux qui tentèrent en vain un lien entre qualité et espoir de toucher le grand public (Asylum Party, merveilleux de mélancolie), ceux qui œuvraient dans un rock sombre acceptable (End Of Data, noir de chez noir ; Les maîtres, goth de chez goth ; Marquis De Sade, les Police français…), ceux qui surent proposer une new-wave pop gentille (les Résistance, excellents n’eut été cette absence de refrain accrocheur), ceux qui firent flirter funk et coldwave (Vox Populi !)… L’amour qui nous lient indéfectiblement aux combats perdus d’avance.
Un troisième ensemble pourrait regrouper les artistes vidéastes véritables : le clip de Bernard Szajner avec Sapho et Dominique Pinon vient en tête. Le réalisateur Lefdup ressort grandi, version off et Hara-Kiriesque d’un Mondino (qui, lui, deviendra le clippeur in de ces années : Kni Crik lui vole d’ailleurs ses couleurs) puisqu’il est remercié ou participe à une bonne poignée des films présentés. Le clip des Dazibao est sans nul doute le plus abouti, le plus conforme à nos attentes contemporaines mêlant travail sur l’image (une pause longue en vidéo, une marionnette craquante, des collages) sans provoquer cette indigestion que donnent nombre des autres clips. Le film d’Etant Donnés explore à la façon des appareils Olga une certaine poésie et mérite des prix dans n’importe quel festival de films expérimentaux. F.J. Ossang prouve une fois de plus qu’il a une vision de cinéaste, même si l’extrait présenté ici se perd dans un narratif déconstruit. Passion Fodder et son dessin animé à la fois extravagant et bien sage…
Les esthétiques et propagandes du début du siècle se taillent la part du lion, exploitées souvent avec humour (Achwgha Ney Wodeï, DDAA, Geins’t Naït) ; la critique politique est régulièrement sous-jacente (Complot Bronswick, Le Syndicat, Minimata). L’envie de créer un art total était là, beaucoup plus respectable que ce que les caricatures ont voulu en laisser.
Un dernier groupe réunirait les performers et leurs spectacles fous. Clair Obscur bien sûr, mais aussi Costes dont le clip drôle est en retrait par rapport à ce que l’on connaît de lui, Joël Hubaut (père de qui l’on sait) qui dévoile avec New Mixage qu’il fut un bon chanteur parodique en plus d’être peintre, poète et plasticien, Norma Loy, en live à l’Elysée Montmartre, assez proches de Sprung Aus Den Wolken et autre Neubauten, Rosa-Crvx avec un documentaire vidéo-clip…

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Quelles mises en garde pourrait-on faire (car des reproches véritables, il n’y en a pas) ?
Souvent, la qualité des images n’est pas au rendez-vous. Loin de se satisfaire des clips existants, les concepteurs sont allés fouiner et déterrer des inédits, des extraits de concert (la palme du laid à Babel 17, filmés dans une salle minuscule, sans lumière digne de ce nom, par un cadreur fou !), les bandes VHS ont vieilli, certains groupes étaient insipides sur scène (le clip de Collection ne les dessert-il pas un peu ?), d’autres proposaient des clips conceptuels plutôt vides (Visible).
Les plus jeunes, nés après 1979 et qui n’ont pas traversé cette période, souriront sans doute en voyant les vêtements portés, les coupes de cheveux (la chanteuse d’Excès Nocturne évoque tout à la fois Stéphanie de Monaco et X-mal Deutschland, mais elle porte à merveille le tailleur années 40), les lunettes de soleil rondes, en entendant les musiques datées (ah les sons d’Opera Multi Steel et cette voix à la « Short Term Effect » des Cure !), la post-synchro souvent hasardeuse (effet voulu pour Complot Bronswick ?), le mixage aléatoire (Mary Goes Round et une voix plus absente que sur CD), et mangeront jusqu’à l’écœurement des tentatives avant-gardistes (Nini Raviolette va devenir culte !) ou des décors d’usine en ruines…
Les plus vieux crâneront en se disant que pas mal de groupes sonnent encore actuels aujourd’hui et avaient donc pas mal d’années d’avance, en ces temps de revival (la cold de Szajner, les expérimentations électro très FLA de La Nomenklatur, l’electro-clash de Martin Dupont, le titre de Nox en annonce de la vague noise et metal-indus).
On martèlera néanmoins une évidence : avec ce DVD, il n’est pas question de concours de beauté où les trois associations réunies auraient distribué les palmes de l’intégrité ou du bon son. Les 48 artistes réunis sur ce support ont eu l’audace d’exister à un moment où le public était clairsemé, où les émissions de radios se comptaient sur deux mains, où la presse rock généraliste les boudait et où les médias spécialisés n’étaient que de simples fanzines (de très grande qualité mais en distribution aléatoire). Bien sûr, internet n’existait pas. Tous ces artistes avaient plus de courage, d’abnégation que le moindre de nos contemporains. Ce qui n’enlève rien à la force de ceux qui sont nos amis d’aujourd’hui, confrontés à d’autres défis.

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En ouvrant leurs boîtes, placards et collections, en acceptant de retravailler des images issues d’un passé souvent enterré, c’est un don sans pareil que nous offrent Infrastition, Optical Sound, Gods And Beasts et tous les groupes présents. On y sent aussi une sorte de revanche sur l’histoire, revanche bien utile à l’heure où des encyclopédistes de tout poil s’approprient un pan de l’histoire du rock et osent encore nier ce qu’ils n’avaient pas daigné voir…

Photo 1 extraite du clip « Priscilla » de Jad Wio / Photo 2 extraite du clip « The Big Scare » de Bernard Szajner / Photo 3 extraite du clip « Bleu » de Etant Donnés / Photo 4 extraite du clip « Suis-je normale ? » de Nini Raviolette (voir tout en bas, après le sommaire...)

1. Achwgha Ney Wodeï « Petit Paul » (1986-2005)
2. Art & Technique « Radio City Deutschland » (1983-2005)
3. Asylum Party (1989-1990)
4. Babel 17 « Come Into Hell And Murder Hate » (1990)
5. Bernard Szajner « The Big Scare » (1984)
6. Clair Obscur « Statues » (1983)
7. Collection d’Arnell-Andrea « Anton’s Death » (1988-2004)
8. Complot Bronswick « Sparks » (1989)
9. Jean-Louis Costes « Belle et cruelle » (1990)
10. Dazibao « Can Ya Ma can » (1988)
11. Déficit Des Années Antérieures « 25 Pièces Sont Vides » (1984)
12. End Of Data « Sarhah » (1984)
13. Etant Donnés « Bleu » (1994)
14. Excès Nocturne « Cauchemars Blafards » (1986)
15. Geins’t Naït « Marinetti » (1987)
16. In Aeternam Vale « Live Lyon Atomic Café » (1984)
17. Jad Wio « Priscilla » (1989)
18. Kas Product « Never Come back » (1981)
19. Kni Crik « O Mana » (1991)
20. La Nomenklatur « Meosta » (1989-1990)
21. Lefdup et Lefdup « Noisy Neighbours » (1982)
22. Les Maîtres « Souvenirs » (1983)
23. Les Tétines Noires « Freaks » (1990)
24. Le Syndicat « Un » (1989)
25. Little Nemo « New Flood » (1989-1990)
26. Lucrate Milk « Nepla Relou » (1982-1983)
27. Marquis de Sade « Set In Motion Memory » (1979)
28. Martin Dupont « It’s So » (1985-2005)
29. Mary Goes Round « Mary’s Garden » (1989-1990)
30. Minimata « Niigata » (1984-2005)
31. MKB Fraction Provisoire « Le Chant Des Hyènes » (1988-1991)
32. Neva « Psykodrame » (1986-1988)
33. New Mixage « Badaboum » (1983)
34. Nini Raviolette « Suis-je Normale ? » (1980-1983)
35. Norma Loy « Black Jesus / We Want » (1989)
36. Nox « Crowd » (1988)
37. Opéra Multi Steel « Un Froid Seul » (1985-1997)
38. Pacific 231 « Live Broadcast Improvisation » (1988-2005)
39. Palo Alto « Aux Etablissements Phonographiques de l’Est [Fatale Coïncidence] » (1991-2005)
40. Passion Fodder « Blood Thicker Than Love » (1988-1989)
41. Ptôse « Ecraser La Vermine » (1984)
42. Resistance « Across The Ocean » (1989-1990)
43. Rosa-Crvx « Morituri » (1987-1999)
44. The Grief « Daedalus Part 6 » (1991)
45. Un Département « Elisabeth Stresa » (1981)
46. Visible « A Fine Aim In Life » (1983)
47. Vox Populi ! « On fait Comme On a Dit » (1989)
48. X Ray Pop « Alcool » (1985-1986)

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Sylvaïn


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