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Some kind of gothic : « A-Z of Doom, gothic & stoner metal » , « The dark reign of gothic rock », « Goth. Identity, style and subculture »

« A-Z of Doom, gothic & stoner metal », Garry Sharpe-Young - Ed. Cherry red, Londres, 456 p.
« The dark reign of gothic rock », Dave Thompson - Ed. Helter Skelter, Londres, 288 p.
« Goth. Identity, style and subculture », Paul Hodkinson - Ed. Berg, Oxford, 218 p.

Vingt ans après la sortie du « Reptile house » des Sisters of Mercy, pierre philosophale de la frange musicale du mouvement gothique, on ne s’étonne guère que divers auteurs se lancent sur des bilans de différentes natures : sociologique pour Hodkinson, historique pour Thompson, bio-discographique pour Sharpe-Young. A l’heure du néo-gothique Pinder Circus triomphant de Marilyn Manson, il n’est pas si inutile que cela de se remémorer (ou, pour certains, de découvrir tout simplement – mais il n’est jamais trop tard pour bien faire) où se situent les vrais valeurs de la culture gothique, de séparer in fine le bon grain de l’ivraie.

Dans cette perspective, ces trois livres constituent des références incontournables et vont replacer la dernière production de Mick Mercer (21st century goth) à sa juste place, c’est-à-dire celle d’un simple annuaire du cyberespace gothique, sans substance, sans profondeur, loin déjà de l’inoubliable Gothic rock black book. Et, la juste place d’un annuaire, c’est évidemment sous un meuble bancal.

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Garry Sharpe-Young

Cherry red, Londres, 456 p. 15 £

Commençons par le plus léger (en terme de réflexion, pas en poids) des trois ouvrages : dans la série des A-Z Rock detector que Sharpe-Young délivre à une cadence qui aurait fait passer Alexei Stakhanov pour fainéant (on lui doit déjà A-Z of Death metal, A-Z of Thrash metal, A-Z of Power metal, un Ozzy Osbourne et un Black Sabbath, chacun dépassant allègrement les 400 pages !), voici l’opuscule dédié à la frange lourde du metal, celle dont les ambiances de plomb l’ont rapproché du gothique originel. Reste que l’acoquinement doom-stoner-gothique a plutôt de quoi surprendre (ce que reconnaît et tente, malhabilement, de justifier l’auteur dans l’introduction).

Il va sans dire qu’on ouvre alors ce genre d’ouvrage avec circonspection, que la lecture ne se veut pas, de prime abord, avare de connaissance, mais plutôt à la recherche de la faute, de l’insuffisance disqualifiante. Filons tout de suite à la page 367, entrée « Sisters of Mercy ». 6 colonnes, soit 3 pages, sont consacrées au vieux Spiggy et à sa boîte à rythmes avalancheuse. Le line-up originel, les vrais patronymes d’Eldritch et de Marx, les dates des premiers concerts, toute une série de « détails » nous rassurent : Sharpe-Young connaît son sujet (disons qu’il a lu de très près les 4 numéros de Heartland, ce fanzine né en 1989 et qui deviendra la biographie officielle de ce qui persistait à se faire appeler SoM en 1990). Après la seconde mort des SoM en 1985 (l’arrivée de Hussey symbolisant la première), Sharpe-Young nous livre un historique très détaillé des incessants changements de line-up du groupe du désormais blondinet de Hambourg (où l’on se rend compte que même Dr Avalanche à recours au suicide pour échapper aux errances métalliques d’Eldritch). Agréable surprise, donc, à la lecture ce premier article qui réussit le tour de force d’aller à l’essentiel, sans omettre des détails qui donnent une profondeur historique au texte. Pas grand chose à redire non plus sur les entrées Christian Death (3 pages), The Cult (4 pages), Fields of the Nephilim (2 pages) ou The Mission (4 pages). Mais, bien évidemment, c’est en s’éloignant des grosses pointures que l’on pourrait plus aisément mettre en porte-à-faux l’ouvrage : en terme d’exhaustivité, les absences de Danse Society ou All About Eve restent compréhensibles puisque loin de la fibre métallique qui reste, en premier survol, le seul liant entre tous les groupes présents dans l’ouvrage ; celles de Rosetta Stone, d’Every New Dead Ghost sont déjà plus gênantes (alors que Love Like Blood, de notoriété comparable, est présent). Et que dire de Carn, premier groupe stoner français ayant plusieurs productions discographiques à son actif, dont il n’est pas fait mention (le seul groupe stoner national traité étant Low Vibes) ? Néanmoins, de bonnes surprises se rencontrent aussi ça et là : l’excellent groupe gothique heavenly voices australien Chalice est présent (mais justifie alors moins les manquements dénoncées plus haut), tout comme les Anglais de Nosferatu, les Autrichiens de Floodland ou encore les Allemands de Flowing Tears, quatre groupes parmi ceux, nombreux, que Carnets noirs, dans sa recension de la scène gothique internationale, a énigmatiquement occulté.

Passons sur les erreurs de composition (Treponem Pal devenant Treponom Pal), relativement nombreuses cependant, signalons que l’ouvrage est accompagné d’un CD 16 titres (comprenant entre autres Flowing Tears, The Gathering et Lacuna Coil) et que pour 23 euro environ, on a là un pavé dont on aurait tort de se passer.

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Dave Thompson
« The dark reign of gothic rock.
In the reptile house with the Sisters of Mercy, Bauhaus and The Cure »
Helter Skelter, Londres, 288 p. 15 £

Autre approche que celle de Dave Thompson qui va chercher loin, très loin, les racines du goth rock dans son analyse historique du mouvement. Si, au vu du titre, l’ouvrage ne semble s’attarder que sur trois groupes, la réalité est toute autre : de l’influence considérable de l’album The Idiot (Iggy Pop) sur Ian Curtis et Siouxsie, du rôle déterminant de Dave Vanian (The Damned) dans l’émergence du look obscur, du contexte socio-économique de l’Angleterre de la fin des années 70 et du désœuvrement d’une jeunesse qui voyait en « In the flat field » une lueur d’espoir, c’est une formidable remise en scène historique que propose The Dark reign of gothic rock. En seize chapitres de longueur inégale, Dave Thompson touche un peu à tout : de l’apparition balbutiante du mot « gothique » dans la presse rock, de la position des majors vis-à-vis de ce courant musical émergeant, etc. L’ouvrage est une mine d’informations, un recueil qui a su choisir ses sources et en extraire la quintessence. Reste que l’ensemble manque de structure, de cohérence. Si l’on ne reprochera nullement à l’auteur de ne pas suivre à la lettre un fil chronologique dont la linéarité n’aurait que peu d’intérêt, le renforcement des thématiques, leur concentration en des chapitres plus denses et aux objectifs plus clairement lisibles auraient pu en faire un ouvrage de référence (paradoxe : un livre sur le rock obscur se doit-il d’être lui-même obscur ?). Malheureusement, ce n’est pas le cas et c’est un vrai regret car Thompson avait la matière entre les mains. L’intitulé des chapitres révèle bien qu’il s’agit d’un essai journalistique et que les accroches ont été travaillées : « Release the bats », « Friday I’m in.. What ? », … dommage que l’effort se soit arrêté là.

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aul Hodkinson
« Goth. Identity, style and subculture »,
Berg, Oxford, 218 p. 16 £

C’est une toute autre matière que nous propose Paul Hodkinson. Désormais enseignant à l’Université de Surrey, cet ouvrage est en réalité la thèse de doctorat d’un sociologue pleinement impliqué dans le mouvement gothique britannique. Après une réflexion introductive sur l’ambiguïté du rôle d’acteur/observateur (le premier demandant un investissement plein dans les actions du groupe, le second une mise à distance nécessaire à la neutralité de l’observation), Hodkinson essaye de définir le mouvement à la lueur des théories de la sociologie la culture. L’appartenance à des groupes déviants, à une contre-culture, est souvent interprétée comme une forme de contestation sociale et c’est avec ce schéma originel que Hodkinson cherche à dresser le portrait de la scène gothique. A travers une série d’entretiens/questionnaire réalisés lors du Whitby festival de 1997, Hodkinson démontre, au contraire, que les membres de la scène gothique britannique sont moins motivés par des désirs de rejet de la société de consommation que par le besoin d’appartenir à une communauté de valeurs et de goûts, l’appartenance se manifestant en partie par la vêture mais aussi par le capital culturel (collection de disques, fanzines, connaissances historiques). Deux critères de distinction, mais aussi de disqualification, qui permettent à chacun de reconnaître l’un de ses pairs. Ce livre est évidemment le moins facile d’accès des trois, mais il est celui qui propose sans aucun doute le portrait le plus juste du mouvement, un portrait débarrassé de la poudre de riz et des épaisseurs de mascara qui font du rock gothic, au premier abord, un avatar de plus de cette immense et délicieuse supercherie industrielle qu’est le rock’n ‘roll.

Sämüel Ë


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