Dossier Kultüre]

Control

Realisateur : Anton Corbjin
Acteurs principaux : Sam Riley, Samantha Morton, Alexandra Maria Lara, Joe Anderson
Date de sortie : Mercredi 26 Septembre 2007. Durée : 119 min

Inspiré du livre de Deborah Curtis ("Touching From A Distance" édité par Camion Blanc sous le titre "Ian Curtis et Joy Division, histoire d’une vie"), "Control" se veut avant tout un hommage vibrant à Ian Curtis, artiste névrosé et leader du mythique Joy Division. Ce dernier, sans même le savoir, deviendra une icône du Rock, l’initiateur du mouvement Cold Wave et l’âme du Post-Punk. Filmé en noir et blanc (comment aurait-il pu en être autrement !) dans la froideur déprimante des rues de Manchester par Anton Corbijn (photographe emblématique du rock anglais des eighties), " Control", au début de ce poignant long-métrage, met en lumière un Ian Curtis pudique, inhibé, amoureux des lettres et fan de Rock. Des traits de personnalité simples et familiers en somme ! On le découvre allongé sur son lit, fumant une cigarette, rêveur et écoutant un disque (Lou Reed, si je ne m'abuse) comme tout auditeur lambda puis mimant devant un miroir son idole de toujours : David Bowie. Ayant également son importance et soigneusement mis en valeur par le biopic, on découvre le contexte socio- géographique : L’Angleterre de la fin des années 70 marquée par une grave récession économique et une politique Thatchériste préparant le terrain à une contestation culturelle menée par une jeunesse désœuvrée.

Photo de Control 1

Sa rencontre décisive avec Deborah (magistralement interprétée par Samantha Morton), qui écrira avec lui les premières pages de sa courte vie d’adulte convulsif et tourmenté, esquisse un décor de vie sans nuages apparents. Mariage, naissance, les événements s’enchainent et se précipitent augurant un bonheur certain pour ce jeune couple s’aimant avec une sincérité touchante. Elément décisif également : la rencontre de Ian avec les autres membres du groupe lors d’un concert des Sex Pistols au Lesser Free Trade Hall (on découvre d’ailleurs amusé et sur les murs de la salle des affiches défraîchies de Throbbing Gristle et des Buzzcocks, ce qui accentue le souci du détail d’un réalisateur et amateur de musique rock avant tout, consciencieux de retranscrire le contexte culturel de l’époque).

Photo de Control 2

C’est bel et bien à cet instant que débute une carrière artistique placée sous le signe d’une révolution culturelle annoncée pour Ian et ses trois comparses. On assiste donc chronologiquement à la rencontre avec le manager et fantasque Rob Gretton lors d’un festival, la genèse de l’enregistrement de "Unknow Pleasures", les tournées incessantes dans leur pays natal, le début des problèmes d’épilepsie de Ian et ses visites chez des médecins foncièrement incompétents. C’est à ce moment que Ian Curtis fera la rencontre d’Annick Honoré, journaliste belge sexy, (interprétée par la belle Alexandra Maria Lara, la secrétaire d’Hitler dans "La Chute") dont il s’éprendra éperdument. Cette liaison pernicieuse signera pour lui le début de la fin. Charmante et attentionnée, elle suivra le groupe sur les routes du succès pour profiter de la star aimée !

Photo de Control 3

S’en suivent : mensonges, adultère, retours difficiles au domicile conjugal car poursuivi par sa conscience, crise de larmes, divorce imminent et en parallèle du drame amoureux vécu, une popularité sans cesse grandissante pour Joy Division. Tiraillé par le succès du groupe, un choix sentimental douloureux, la culpabilité et des crises d’épilepsies à répétition et de plus en plus rapprochées dans le temps, Ian perd une ultime fois le contrôle avant de mettre fin à ses jours le 18 mai 1980. Cette tragédie survint alors même que le groupe s’apprêtait à fouler le sol américain à l’occasion d’une tournée qui s’annonçait triomphale. Sobrement filmé avec pour fond sonore "Atmosphere" (c’est d’ailleurs à ce moment précis que l’on entend pour la première fois la véritable voix de Curtis car il est à notifier que toute la bande son fut interprétée par les acteurs eux-mêmes, ce qui mérite une révérence bien légitime), le suicide conclut logiquement le long-métrage, inhume le mythe Joy Division qui comme nous le savons renaitra ensuite sous le nom de New Order.

Photo de Control 4

Animé, vivant, avec pour toile de fond une inquiétante noirceur ambiante, ce film s’avère véritablement à la hauteur des attentes, mêlant avec adresse une dimension émotionnelle palpable grâce à un jeu d’acteurs époustouflant. La complexité de la personnalité névrosée de Ian Curtis et la rigueur d’une fiction s’apparentant parfois à un réel document historique parachèvent de la plus belle des façons le travail du réalisateur. Fourmillant de détails sur le personnage de Ian : le fameux imperméable avec l’inscription "Hate" dans le dos, les scènes filmées à l’intérieur de l’authentique demeure de la famille Curtis à Manchester, rien n’a été omis pour rendre à César ce qui lui appartient ! L’interprétation de Sam Riley et des principaux acteurs sont irréprochables en termes de retenue et de sincérité surtout sans ne jamais tomber dans l’ostentatoire vulgaire ou décadent et le démonstratif inutile. Il est indispensable de notifier que la véritable force du film se situe aussi dans l’interprétation de quelques titres représentatifs et phares du groupe ("Transmission", "She’s Lost Control", "Shadowplay"), traduits pour l’occasion et donnant dans toute sa dimension la force évocatrice et abrasive du groupe sur scène.

En bref, un biopic réussit avec tous les ingrédients pour émouvoir le spectateur bien que l’on puisse regretter l’insistance portée à la vie amoureuse chaotique de Ian Curtis plutôt qu’à l’historique et l’ascension du groupe lui-même. En tout état de cause, difficile de ne pas sortir la larme à l’œil de ces deux heures de projection d’un indéniable réalisme et d’une profondeur émotionnelle insondable. Il est utile de préciser le caractère universel et tout public de ce long métrage qui contentera sans peine les aficionados de Joy Division mais aussi tous ceux souhaitant se délecter d’une histoire aussi belle que tragique et filmée minutieusement avec un réel sens de l’authentique. La sortie Dvd est de ce fait immanquable pour tout à chacun car l’hommage d‘ Anton Corbijn est à la hauteur du mythe impérissable qu’est Joy Division.

Photo de Control 5

Yann Swäno


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