édito 13 Janvier 2008 :: 21:33]
2008, année des incertitudes
Après une période passée à constater les divers bouleversements ayant touché l'industrie du disque, en premier lieu via l'avènement du support numérique puis via sa dématérialisation, il reste à voir aussi que la musique, en tant que tel, a trouvé en l'Internet un mode de transmission empruntant désormais des canaux divers, légaux ou non. Leur profusion démultiplie l'accès à la production artistique.
C'est ce qu'on appelle "la facilité d'accès".
La relation à la musique, en tant qu'œuvre artistique, a largement évolué depuis le début du siècle. La culture de l'objet qui s'était développée autour d'elle a atteint une espèce de firmament avec le vinyle, dont la grandeur a fait face au format cassette : une "facilité de transport" qui a vulgarisé l'objet en tant que tel. Petite et peu robuste, moyennement fiable en terme de maintien de la qualité du son par rapport à un disque. Déjà, on le sentait, le plus petit n'impliquait pas une progression de l'amour pour l'objet. A bien y réfléchir, aujourd'hui, qu'est-ce que c'était vilain, une cassette.
Le CD, lui, a permis de toucher le miroir aux alouettes du support inusable, tout en rapetissant ce support mais sans le rendre aussi vulgaire que la bande chrome. Avec le mp3 ou le m4a, c'est une nouvelle phase qui s'entame : plus de support, une qualité pas forcément au rendez-vous ; et surtout, conséquemment, une dissolution importante de la culture de l'objet, culture qui avait vécu jusqu'au années 90. Le CD ne sert donc plus qu'à transporter de la musique. Utilise-le donc si tu la lis sur un autoradio ou une platine CD, point barre. Quoi ? Tu t'en fous ? Tu ne lis ta musique que sur un ordinateur ? Tu n'es pas mélomane, a priori, mais tu deviens sacrément majoritaire, lascar.
Et hop. Le CD est mort. Ou presque.
Du côté médiatique, même schémas : les médias papier parlant de musique, spécialisés ou non, se sont plus ou moins dématérialisés, optant pour une vitrine sur le net ou au contraire, mutant pour générer une source duale d'information. En parallèle, les webzines se sont multipliés sur la toile, faisant des citoyens les acteurs d'une communication tournant autour d'affinités culturelles qui leur sont propres. Là encore, évidemment, il y a boire et à manger ; et en ce qui concerne Obsküre, nous vous laisserons bien sûr toujours juges.
La dématérialisation de la musique n'a pas généré que des satisfactions. Les inquiétudes des labels pour leur avenir font suite aux changements touchant la culture du sacro-saint "consommateur" : via le Net, il a pu prendre goût à la gratuité. Ouille. Problème structurel en devenir.
En face, les artistes eux-mêmes ayant plié l'échine face au poids des intermédiaires obligés, voient aujourd'hui en le Net, et de plus en plus, le début d'une solution alternative. Les premières tentatives de lancement en indépendants de groupes mainstream (Radiohead, ou ce Saul Williams plus petit mais produit tout de même par Trent Reznor, de Nine Inch Nails, lui aussi tenté par l'aventure en indépendant) connaissent un bilan mitigé. Lorsque l'artiste propose un download libre avec paiement d'une somme laissée à la libre appréciation de l'internaute, la grande majorité des personnes choisissent le download gratuit, quitte à acquérir un support mp3 de qualité inférieure. Lorsque c'est radiohead qui opte pour ce système, le public touché est si important que le groupe s'en tire. Un cas exceptionnel. Rien ne dit alors que la musique n'y ait pas perdu au final, et le constat est là : la commodité de la gratuité l'emporte sur l'impératif quasi-moral qui devrait être celui de rémunérer l'artiste, fût-ce par une somme symbolique.
Les labels ont donc du souci à se faire, mais les artistes aussi. Leur travail ne se vend plus, ou bien moins et bien moins bien qu'auparavant, à l'époque du vinyle. Ce travail, fixé sur un support matériel ou non, reste néanmoins la forme primale dont la teneur, in fine, décidera ou non le public à aller voir l'artiste sur scène, dans le réel. On est toujours jugé sur ce qu'on fait, à défaut de le vendre. Ce réel, même l'Internet peut difficilement le remplacer ou le rendre gratuit. Les artistes devront alors maintenir un très bon niveau de production musicale, tout en acceptant le fait que le temps érode sans cesse la capacité de cette source sonore-là à leur générer un revenu. Les gens veulent écouter de la musique librement, ne savent plus vraiment ce qu'un album veut dire, et n'iront voir l'artiste que s'ils jugent son travail à la hauteur. Ca promet de très jolis prix pour un billet de concert. Des prix, qui, espérons-le, pourront être suivis par la majeure partie de fans.
Alors en attendant ces réjouissances, ne dormez pas sur vos deux oreilles et bon vent à tous.
Très bonne année de la part de toute l'équipe de www.obskure.com.
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