Interview]
Burgul Torkhaïn
10/2002 - par e-mail
Burgul Torkhaïn a été l’OVNI musical du mois de Novembre, mélange réussi entre death métal technique et influences ethniques. Devant l’ambition d’un tel projet, nous n’avons pas pu résister à la tentation de demander à Kristofer, initiateur et maître à penser du projet, de nous expliquer sa vision du groupe.
-Qu’est-ce qui t’a poussé à monter ce projet ?
-A l’origine je jouais dans un groupe dans lequel j’étais à l’aise musicalement, mais dont le mode de fonctionnement ne me convenait pas. Il y avait par exemple de gros problèmes de communication. Comme je pars du principe que c’est toujours facile de critiquer, mais qu’il vaut des fois mieux fermer sa gueule et essayer de faire mieux, j’ai donc décidé de commencer à travailler sur Burgul Torkhaïn, histoire de voir si, justement, je pouvais faire mieux. Ca c’est l’une des motivations de départ, mais il y en avait d’autres, comme le fait de disposer de compos qui n’était pas exploitable dans ce groupe mais que j’avais vraiment envie de jouer.
Ca devait d’abord être un projet parallèle. Par la suite je me suis retrouvé un moment sans groupe et c’est là que je me suis réellement décidé à me lancer. Je savais avec qui j’avais envie de travailler, ne restait plus qu’à contacter les personnes concernéesâ€'
-Comment as-tu rencontré Pat et Gilles, et comment les as-tu persuadé de s’inscrire dans ton aventure ? Et doit-on considérer B.T comme un projet solo ou un groupe à part entière ?
-Je connaissais les deux larrons depuis quelques temps déjà . Tous deux ont une réelle ambition dans la musique, chose assez rare, en France, puisqu’on a encore du mal, chez nous, à considérer ça comme un métier. C’était déjà une bonne raison pour avoir envie de bosser avec eux. Je savais que c’était des gars sérieux et bosseurs, qu’ils avaient un niveau plus que suffisant, qu’on serait capable de se supporter quelques temps sans se foutre dessus, donc que ça pouvait marcher. Je leur ai parlé du projet. Ils se sont tout de suite montrés enthousiastes. Je leur ai ensuite envoyé des bandes, ils ont accroché, et voilà : Burgul Torkhaïn était né !
Burgul, je le considère vraiment comme mon projet. Mais je tenais à ce que Pat et Gilles ne se sentent pas bridés, qu’il aient la place de s’exprimer, qu’ils puissent apporter leur touche à eux, de manière à ce qu’ils puissent aussi bien revendiquer cet album comme le leur. Je dis que c’est « mon » projet, pas un projet « solo », dans le sens où le but n’était pas spécialement de me mettre en avant en tant que musicien. Je ne suis pas un « bass-hero ». Je tenais avant tout à ce que les morceaux aient une sorte de vie propre, et à mon sens, ça n’aurait pas été possible si on s’était amusé à sombrer dans une débauche de démonstration technique.

-L’enregistrement d’un tel disque doit représenter un vrai défi. Comment s’est-il déroulé ?
-Tu n’imagines pas à quel point ! Comme je te l’ai dit, Pat et Gilles ont pu travailler sur des bandes que je leur avais envoyées. On s’est retrouvé en août 2001 pour 8 jours de répétitions intensives (entrecoupées de blagues molles, de pâtes et de bière). On a tout de suite enchaîné avec 8 jours de prises de son (au Midnight Studio, près de Lille), puis avec le mix et le master. Fin août, c’était dans la boîte. Un vrai marathon. Dès le début des répètes, je me suis rendu compte que j’avais fait les bon choix. On a tout de suite pu faire tourner plusieurs morceaux, et là , j’ai pu commencer à respirerâ€'
-Il est rare de voir un bassiste concevoir entièrement un album. Comment appréhendes-tu la composition, tant au niveau des parties de guitares que de batterie ?
-Certains riffs, je les compose directement à la guitare. Mais pour l’essentiel, je me sers de l’informatique pour travailler les structures des morceaux et les arrangements. Je travaille beaucoup en midi, ce qui présente un gain de temps formidable et permet de bien visualiser un morceau dans son ensemble. C’est à partir de ces morceaux midi que Gilles et Pat on pu avoir une idée générale de l’album et on pu commencer à travailler.
-Comment as-tu crée le personnage de Burgul ? Peux-tu nous éclairer sur ses aventures dans ce volet et ses prochains voyages, s’ils doivent avoir lieu ?
-Je savais depuis plusieurs années que si un jour je me lançais dans un projet perso, je l’axerais autour d’un personnage principal. Même si ce n’est pas évident au premier abord, l’histoire de « The adventures of Burgul Torkhaïn » se déroule sur de nombreux mois, et même vraisemblablement sur quelques années. La plupart des morceaux s’enchaînent, du moins de « Burgul Torkhaïn » à « The Prophecy », mais il s’ensuit alors des trous dans l’histoire. La raison en est que je voulais que cet album ait un début et une conclusion, au cas notamment, où il n’y aurait pas de suite.
Le deuxième album, que j’attends normalement pour début 2004, si tout va bien, reviendra justement sur cette période et poursuivra un peu au delà .
Si je fais un jour un troisième album, le cadre changera totalement, puisque Burgul quittera sa planète pour découvrir l’immensité de l’espaceâ€' Donc une évolution d’un point de vue strictement musical sont à prévoir.
Et il n’y aura une suite au-delà que si Burgul Torkhaïn est devenu d’ici là un véritable groupe à part entière dans lequel tous les futurs membres composerontâ€'
- L’aspect textuel de B.T. est très développé. Est-ce important pour toi, dans la musique en général, ou simplement un « instrument » supplémentaire ?
-Je suis assez surpris, à vrai dire, des réactions au sujet des textes. Je ne lis presque jamais les textes des groupes que j’écoute et j’ai tendance à considérer la voix comme un instrument à l’état pur. Mais quitte à mettre des textes, j’estime que c’est la moindre des choses que d’essayer de bien le faire. Ceci étant dit, j’étais jusque là loin de considérer mes textes comme l’un des points forts du groupe. Je voyais plus ça comme une nécessité que comme une fin en soit.
Ma vision des choses à ce niveau a depuis un peu évolué, et ça me fait super plaisir de voir que les gens qui prennent le temps de lire les textes aient l’air d’apprécierâ€' à moins que les autres aient préféré ne pas m’en faire part !
-Envisages-tu de donner vie à B.T sur scène ?
-Absolument. J’attends encore la réponse définitive des deux derniers membres potentiels du groupe, et de commencer les répétitions pour voir ce que donnera le nouveau line-up, Gilles et Pat n’étant pas disponibles pour un groupe supplémentaire à temps plein (enfin, façon de parler). Il faudra quand même attendre quelques mois avant de pouvoir fouler les planches, peut-être même la rentrée septembre 2003. Mais j’ai hâte d’y être. En attendant, mon autre groupe Tridus Elasticus, me permet entre autre de garder un contact avec la scène, chose primordiale pour moi.
-Contrairement à la musique d’Atheist ou Cynic, on rentre assez facilement dans l’univers de B.T., grâce aux plages ambiantes que tu aménages. Voulais-tu arriver à faciliter l’accès aux musiques techniques, ou bien ces ambiances sont-elles juste nécessaires au concept ?
-C’est marrant quand même que tout le monde nous compare à ces groupes ! Les ambiances, même si elles sont de différentes natures, on a essayé de les créer sur l’ensemble de l’album. Ca me paraît même être l’un des éléments principaux de notre musique. J’aime beaucoup ces deux groupes, mais Burgul Torkhaïn n’a rien d’un projet de démonstration musicale. La technique instrumentale, c’est bien si ça te permet d’enrichir tes morceaux, si ça te permet de diversifier ta musique, mais comme je l’ai déjà dit, la technique pour la technique, ça revient à faire de la musique pour musiciens. En tant que musicien, j’apprécie ce type de musique, mais ce n’est pas ce que j’ai envie de faire. Je veux faire une musique qui ne soit pas (ou peu) lassante. Faire des albums qu’on a envie d’écouter d’un bout à l’autre. Pour moi, un bon album, c’est quand à la fin tu te dis « mince, c’est déjà fini ? ». Si la technique instrumentale permet d’y parvenir, c’est un bon outil. Mais voilà , ce n’est qu’un outil. En quelque sorte, c’est comme si un maçon arrivait à faire des trucs super esthétiques avec sa truelle, mais qu’il en oubliait de construire son murâ€'
-Tu as travaillé les ambiances arabisantes sur cet album. Quels nouveaux domaines musicaux t’attirent ?
- J’aurais envie de dire : tous ! Je tiens à rester dans le métal, parce que c’est la musique que j’aime. Mais tout ce qui me permet d’enrichir ma musique me paraît bon à prendre. Avec peut être quelques restrictions : je n’ai jamais aimé le rap et c’est un élément que je n’intègrerais jamais dans ma musique. D’un autre côté je n’aime pas non plus la techno etâ€'Oui bon, enfin, de toutes façons, je n’en ferais qu’à ma tête, comme d’habitudeâ€'
-Le mot de la fin pour les lecteurs de www.obskure.com ?
-Le métal, c’est tous les jours ! (private joke, comme on dit)
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