Interview]
Patrick Jammes - Intoxygène
02/12/2002 - Paris
Rendez vous avait été pris le 02 décembre avec Patrick Jammes, manager des YOUNG GODS et créateur du label INTOXYGENE. Je vous invite à découvrir cet « homme de l’ombre » passionné, persévérant et très volubile.
-Parcours :
-« Mon parcours est lié avec ce qui s’est passé dans les années 80, c’est à dire l’émergence des radios libres (Carbone 14, Radio Libertaire...). J’ai pu diffuser sur les ondes la musique que j’aimais et que je trouvais sous représentée. D’autre part, cela m’a incité à rencontrer des musiciens pour les interviewer. Ce milieu me fascinait et la radio a été la meilleure opportunité pour y accéder.
J’ai fait de la radio pendant 5 ans avec de nombreuses rencontres de groupes et la découvertre de la scène parce qu’avec le temps des relations amicales se développent et donc l’opportunité des artistes pour amis, de pouvoir leur donner un coup de main pour la régie, le matériel lors des concerts.
En fait c’est la découverte du live et de la vie des groupes qui m’a conduit à effectuer le passage de la radio vers le spectacle, tout cela un peu par accident. En 1986, nous avons créé avec les gens d’une radio underground de l’époque une association pour monter des concerts: « LEMMING », qui est par la suite devenue une société. Cela correspondait au moment où la scène indépendante française a explosé. J’ai eu l’occasion de travailler avec BERURIER NOIR, LUDWIG VON 88, les WASHINGTON DEAD CATS mais également LEE SCRATCH PERRY, en temps que fan de reggae, mais aussi SWANS et déjà TREPONEM PAL que j’allais manager plus tard. Au départ, j’ai fait de la production de concerts sur Paris ce qui était financièrement très risqué et pour limiter la casse j’ai commencé à développer mes activités de tour manager. Grâce à cette nouvelle activité j’ai rencontré les YOUNG GODS dans divers festivals puis ils m’ont demandé en 1988 de devenir leur manager.
Cela a été le début d’une évolution. D’une part j’ai découvert l’international, les autres marchés (européen, américain) et d’autre part cela m’a permis de me détacher de la lourdeur de la production de live (problèmes administratifs, de gestion du personnel intermittent...). En parallèle, j’ai découvert le monde de l’édition; à l’époque TYG venaient de signer sur un petit label suisse et je leur ai conseillé de monter leur propre maison d’édition pour garder le contrôle. Ils l’ont fait avec « PAS MAL PUBLISHING », j’en suis devenu l’administrateur. Tout cela a permis au groupe d’acquérir une certaine autonomie face à leur producteur.
Faire tourner TYG dans le monde entier m’a permis de rencontrer plus de groupes et donc d’avoir plus de contacts. Cela a débouché en 1992 sur une demande de MINISTRY pour que je devienne leur tour manager sur la tournée LOLLAPALOOZA où ils étaient en seconde tête d’affiche avant les RED HOT CHILI PEPPERS. Cette expérience a été très intéressante et s’est achevée au moment où je me suis reconcentré sur TYG qui devaient être signés par une major américaine.
Pendant les deux années qui ont suivi, j’avais beaucoup de contacts avec divers groupes auxquels je conseillais de monter des structures à l’image de « PAS MAL ».
C’est à cette période qu’est née l’idée d’INTOXYGENE, en fait c’était une volonté d’avoir une structure fédératrice. C’est un concours de circonstances qui en a fait un label; premièrement BERTRAND SIFFERT (sonorisateur de TYG) a développé avec DOMINIQUE TORCHE le studio d’enregistrement RELIEF en Suisse, donc, je me suis retrouvé a être un conseil pour leur ramener une clientèle européenne. Deuxièmement, j’ai été motivé au vue de la dégradation du marché pour les artistes indépendants au milieu des anées 90.
Dans les années 70, les conditions de vie d’un artiste étaient ignobles. Dans les années 80, les structures indépendantes se sont développées pour arriver au moment où les majors se sont rendues compte de l’argent qu’elles perdaient. Elles ont donc mis leurs moyens financiers à disposition des indépendants. La concrétisation de ce phénomêne étant NIRVANA qui passe de SUB POP à GEFFEN, en gros. Cela arrive vers 1992 et a pour conséquence la main mise de l’argent sur la scène musicale.
De plus, cette période voit l’explosion de la scène électronique qui change la donne et éloigne un public de jeunes d’une certaine musique plus rock. Il y a donc une scission, qui est en fait un pur produit marketing, mais qui devient préjudiciable à l’industrie du disque. Dans un même temps on assiste au début du développement de l’internet et donc d’un accés gratuit à la musique. Malheureusement, cela a eu pour conséquence le chute des ventes de disques « pointus » parce que, contrairement à ce que l’on peut croire, ce ne sont pas les produits de « masse » qui ont été le plus touchés mais les produits « pointus ».
Donc, vu les conditions contractuelles dans lesquelles se trouvaient certains artistes, nous avons préferé gérer le problême en interne sachant que cela nous permettrait de contrôler les moyens qui sont mis à leur disposition et d’éviter les droits de propriété à options sur leurs travaux ».(ndlr: ne pas vendre son âme au diable!).
-Les Artistes d'Intoxygene :
-« J’ai toujours aimé la musique, pas une musique. Ma connaissance d’un milieu ne limite pas mes goûts à celui-ci. De plus, il ne faut pas oublier que derrière l’artistique il y a une chose fondamentale qui est mon moteur: la relation humaine. Ceci explique l’éclectisme de notre catalogue.
Le premier artiste signé a été VIRTUART avec un projet drum’n’bass enregistré à RELIEF « Drumz, bass and double cream ». Par la suite, il a rélisé un albumd de trance psychédélique « Drekar ».
Quant aux autres projets, j’ai rencontré Vincent Haenni et Gabriel Scotti de PEEPING TOM par relations. Ils sont de Genêve
Les deux membres d’ELECTROBOLT étaient ingénieurs du son à RELIEF et ont réalisé l’album « Stay tuned ».(big beat/trip hop)
Sur ce, est arrivée la problématique TYG. Vu l’état du marché, on ne trouvait pas de solution économique intéressante et il était difficile de signer à long terme avec des gens que l’on ne connaissait pas. C’est là que la pas a été franchi, nous avons sorti le maxi « Lucidogen », l’album « Second nature », la version remasterisée du premier album et le « Live.Noumatrouff » enregistré à Mulhouse en septembre1997.
C’est pendant cette période que Y FRONT m’a contacté, leur démo était excellente mais aucune major n’a réagi, alors nous avons décidé de mettre en marche la production de l’album « Mellow cosmos ». Le projet a mis longtemps à se mettre ne place, environ 2/3 ans entre les différentes sessions, le mixage...
Notre dernière production est une compilation « Intox ». La réalisation de cette compilation a été motivée par l’idée de faire le point sur le label et le fait de prouver qu’il ne doit pas y avoir de barrière entre les différents styles musicaux.
En fait, actuellement nous commençons à sortir des productions qui sont en chantier depuis 2/3 ans. Cela prend énormément de temps vu la conjoncture actuelle.
Les YOUNG GODS sont entrain de préparer une nouvel album ambient et atmosphérique dans lequel se trouveront de nouvelles versions des titres du EP « Six dew points ». Cet album s’appelera « Music for artificial clouds ». Il sortira en 2003 mais nous ne savons si sera sur INTOXYGENE, je suis leur manager mais le label n’a pas d’exclusivité sur le groupe.
Dans les nouveaux projets il y a également: LOVE MOTEL, production d’un artiste genevois, qui sortira au printemps 2003. Musique électronique avec des influences funk; le résultat est assez surprenant. Il y a également ALEX CARTER qui prépare un album à mi chemin entre PLASTIKMAN et la Deep house. Un nouvel album de PEEPING TOM. Un projet trance psyché. de VIRTUART. « Missa furiosa » de Thierry ZABOITZEFF (ex ART ZOYD), projet pour une messe électronique en latin.
Voici donc quelqu’uns des projets d’INTOXYGENE en cours pour 2003 ».
N.B: Sur INTOXYGENE vous pouvez trouver également l’album solo de FRANZ TREICHLER « Brain dance » compilation des musiques pour les spectacles de danse contemporaine de Gilles Jobin (électro/ambient). Je vous conseille d’écouter l’album « Liquidsand » de PEEPING TOM: excellent mélange trip hop/jazz avec des textes rappelant l’univers d’ARTHUR H.
-Pour finir : un grand merci à Anna pour sa gentillesse et son thé vert. Mais également à Patrick pour sa disponibilité et son enthousiasme.
www.intoxygene.com .
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